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avatarProposé par
djey

La guerre du Péloponnèse en 16/9

couverture du livre La guerre du Péloponnèse en 16/9A défaut d'un lit, me voilà assis sur un banc. On est une bonne cinquantaine à en faire de même, on baille tous le cul posé sur du bois, comme des cons. La majorité d'entre nous aurait sûrement préférés un lit -on se fait grave chier- mais l'université où je suis ne fournit que des bancs. S'ils croient que c'est ça, qui va nous empêcher de dormir, ils se plantent. Du coup on dort assis. C'est du service public tout craché, il vise à côté des véritables besoins. Ils sont tout aussi à côté pour le recrutement des enseignants, ces mecs ne veulent pas enseigner, c'est clair. Ils ne véhiculent aucune espèce d'émotion, de conviction, ils ne font que régurgiter un cours prédigéré pour endosser un joli chèque à la fin du mois, qu'importe le montant, ça sera dans tous les cas trop cher pour du vomi. Aujourd'hui, l'un d'entre eux est là pour me montrer que « l'exception confirme la règle ». Terrible coup du sort pour un enseignant qui nous parle de « passion » avec le regard vitreux d'un poisson mort. La règle confirme aussi la règle. On m'a toujours dit que la fac de philosophie ça m'amènerait nulle part. Peut-être aurais-je dû écouter ceux qui m'affirmaient que, le commerce c'était l'avenir, et que la philosophie c'était le chômage. La philosophie au chômage, ça sonne juste et bien. Ce cétacé continue inlassablement à chier son cours, malgré le mal qu'il se donne à ne pas être écouté, je fais l'effort d'être attentif, enfin... durant 5 minutes. C'est abyssal. Finalement je sombre dans mes pensées, et m'offre un cours de mon propre cru. J'ai toujours été comme ça, le mec pensif. Heureusement que j'ai cet échappatoire, sinon je pense que je serais comme lui, un gars qui ne croit en rien et qui voit flou à l'air libre. Abreuvé de merde, lorsqu'arrive notre tour, on abreuve les autres de cette même merde. Reproduction sociale on appelle ça. C'est en écoutant des mecs comme ça, qu'on devient un véritable zombie, un lobotomisé de plus. Lorsque ma soupape de sécurité me fait sombrer dans mes pensées, c'est que le réel m'ennuie profondément. Dans ce cas précis, mes idées fusent, et j'essaye de voir la passion dans mon quotidien. Plus j'y réfléchis, plus je me rends compte que la passion m'est étrangère. C'est par cette conclusion que je retombe dans le vrai, je suis toujours face à mon énergumène qui déblatère sans cesse ses conneries avilissantes avec le charisme d'une huître. Sauf pour ma part, il laisse tout l'amphithéâtre indifférent. Je me dis alors: « Encore se taire ou bien se révolter »1. Pris d'une pulsion révolutionnaire, je décide de mettre fin à ce calvaire. Ça me prend des fois, je punis mes agresseurs, ça me soulage sur le moment. En m'adressant à ce pauvre mammifère marin, je lui lance un : « Hep toi là bas ! » d'un ton terriblement désinvolte. Ce gros phoque m'entend, se coupe. Dans son silence délicieux, il balaie la salle en écarquillant les yeux. Il semble agacé et cherche l'auteur de cet outrageux outrage. Je rajoute d'un ton lourd de condescendance: « Comment pouvez vous, cher monsieur le professeur de philosophie, nous parler de « passion » avec autant de dédain pour ce sujet » -notez l'effort que je me donne à y mettre une forme universitaire-. Ce genre d'interventions personnelles ne s'admet pas dans l'éducation industrielle, encore moins lorsqu'il remet en question la divinité du mentor. En l'occurrence, notre fruit de mer national se méprend pour Poséidon. Ce rapport entre les divinités et les simples êtres humains, les apprenants, nous enferme dans un état semi végétatif: l'un parle l'autre écoute (en principe). Mon intervention soulève un étonnement, pas seulement de la tête de thon, mais de tout l'amphi. Ça chuchote de toutes parts. Ce même gars me dévisage avec une expression qui de loin, m'apparaît comme celle d'un homme passionné, il me semble alors qu'il passe de verdâtre à rouge violacé. Il est désormais panné. Il ouvre la bouche pour extérioriser son trop plein de haine. Je prends les devants, en le coupant net : « Voilà un regard qui se rapproche du sujet, merci monsieur le professeur...» je rajoute: « ...de philosophie. » Je n'aurais pas parié que ce poulain, ce poulain des mers, allait m'apprendre quoique ce soit. Finalement, c'est lui, lui même, qui m'apprend que l'ego, est un sujet hautement passionnel dans nos belles sociétés. Passion de son ego, égocentrisme exacerbé, nombrilisme à perte de vue. Je ne crois pas qu'il soit le seul à réagir passionnément lorsque son ego est posé sur la table, nu, devant un public. Public apathique, mais public quand même ! Dans le jargon, on peut dire qu'il est « vexé jusqu'au trou du cul ». Ce genre d'expérience me fait déganter, de mon utopie enchantée, je sombre à une désillusion cauchemardesque. Le mec, une nouvelle fois encore change de couleur, je me suis mépris, cet homme n'est ni prof, mi poisson, ni dieu, il est caméléon. Sa métamorphose me laisse le temps de me lever et de me tirer. J'entends gueuler derrière mon dos. Je quitte le navire avant le naufrage.

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Auteur : Abittbol Georges

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