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Spleen de France

ATTENTE OU L'EPITRE POSTHUME

couverture du livre ATTENTE OU L'EPITRE POSTHUMECher Lecteur,

Nous le savons tous: la vie tient à peut de chose et elle reste un grand mystère. Depuis ma plus tendre enfance, j'avais pour voisin, pour ami, pour confident, un camarade de classe qui était bien différent de moi. Cette différence était profonde, lui fils de militaire, moi fils d'ouvrier. Mais l'amitié qui nous a lié pendant plus d'une quinzaine d'année n'a plus jamais trouvé son pareil. Au fil du temps nous étions devenu des frères, au sens littéral du terme, lui avec (je dirai maintenant malgré) sa maladie génétique, moi avec mes ignorances, mes doutes et surtout mes espoirs en un avenir plus doux, plus heureux, moins douloureux. Je l'ai souvent porté à bout de bras, je l'ai toujours écouté, il avait pour moi une aveugle, une terrible confiance. Je lui dois aussi les plus beaux jours de notre adolescence commune. Unis comme les doigts de la main, malgré nos différences, nous n'avions pas les mêmes origines mais notre coeur patriotique vibrait pour tout et pour rien. Nous étions heureux, adolescents, insouciants, et je peux dire malgré le poids des années passées que nous étions les rois du monde.
Aujourd'hui tout en évoquant son souvenir passé, quelques chaudes larmes coulent sur mes joues. Se sont tellement de souvenirs qui remontent à la surface de ma mémoire, mes années insouciantes chez mes parents, mes soeurs, ma ville de mon enfance, mes sorties avec les autres copains de la bande, mes joies et mes peines amoureuses, mes études de droit, les difficultés annonciatrices d'un difficile démarrage dans la vie.
Je n'ai rien gardé de cet ami, rien que de des souvenirs, rangés au plus profond de mon âme, dans un album d'adolescence.

Mon estimé Lecteur ne verra pas d' inconvéniant que j'illustre mon propos par un long extrait de Montaigne qui réunit tout ce que l'on peut dire, penser ou écrire sur un ami 'qui n'aime pas la nuit', comme le chantait dans les années 80 le chanteur populaire Michel Sardou.

Parce que c'était lui, parce que c'était moi, de Montaigne...

'Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant: «Parce que c'était lui, parce que c'était moi.»

Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous entendions l'un de l'autre, qui faisaient en notre affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. Il écrivit une satyre latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé (car nous étions tous deux hommes faits, et lui de quelques années de plus), elle n'avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation. Celle-ci n'a point d'autre idée que d'elle-même, et ne se peut rapporter qu'à soi. Ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille: c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui, ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne; qui, ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne, d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.

L'ancien Menander disait celui-là heureux, qui avait pu rencontrer seulement l'ombre d'un ami: il avait certes raison de le dire, même s'il en avait testé. Car à la verité si je compare tout le reste de ma vie, quoiqu'avec la grâce de Dieu je l'aie passée douce, aisée et, sauf la perte d'un tel ami, exempte d'affliction pesante, pleine de tranquillité d'esprit, ayant pris en paiement mes commodités naturelles et originelles sans en rechercher d'autres; si je la compare, dis-je, toute aux quatre années qu'il m'a été donné de jouir de la douce compagnie et société de ce personnage, ce n'est que fumée, ce n'est qu'une nuit obscure et ennuyeuse. Depuis le jour que je le perdis, je ne fais que traîner languissant; et les plaisirs même qui s'offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte'.

Essais, livre Ier, chapitre XXVII.

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