Le papier peint
Alex était arrivé vers huit heures, tirant à nouveau Amélie de la douce torpeur matinale. Je ne sais pas comment vous faites pour être aussi frais le matin, j’ai un mal de chien à décoller moi ! La tenue d’Amélie prouvait toutefois qu’elle s’était levée avec de bonnes intentions, elle avait enfilé à nouveau la salopette prêtée par sa copine.
Tiens, vous avez passé votre superbe tenue de maçon à l’eau cette semaine !
Bien sûr Alex, vous ne vouliez pas que je reste en sale avec une salopette pleine d’enduit qui gratte ? En disant cela Amélie s’était approchée d’Alex en passant ses bras autour de son cou. J’aurais risqué de vous griff... Un baiser vint étouffer le reste de la phrase.
Bon, il faut attaquer, j’ai ramené ma table à tapisser et quelques outils, je vais vous donner un coup de main à installer tout ça et on commence ! Alex avait parfaitement remarqué que le tee-shirt n’était pas le même qu’il y a quinze jours. Plus moulant, plus ajusté, plus décolleté aussi. Il en avait fait la remarque pour lui même, sans rien en laisser paraître à Amélie. Une remarque de ce genre et le sujet du jour risquait de passer de la pose du revêtement mural à la vie des animaux sauvages, très sauvages mêmes.
Le chantier avançait gentiment. L’avantage du papier peint, quand on s’y prend bien, c’est que le chantier reste propre. Amélie n’avait pas encore remis ses bibelots sur les meubles, on ne risquait donc pas grand chose. Encore une fois Amélie découvrit des détails techniques qu’elle ne maîtrisait pas vraiment, les raccords, l’emploi du fil à plomb pour vérifier la forme des murs, l’importance de laisser le papier s’imbiber correctement avant de l’appliquer pour éviter les bulles.
A la pause de midi les trois quarts de la pièce étaient faits. Le repas fut donc détendu et joyeux, Amélie était contente de l’avancement, elle trouvait son papier très joli mais par dessus tout elle était contente de la présence d’Alex. Elle posa sa main sur celle de son amant.
Je suis heureuse que vous soyez là Alex, pour le coup de main, pour moi aussi, tout simplement. Petit à petit j’ai l’impression de revivre, de redevenir une femme. Vous savez le divorce a été un passage de ma vie très difficile. C’est moi qui ai pris l’initiative à l’époque, c’est donc moi qui suis passée au yeux de tout le monde pour la vilaine, celle par laquelle le scandale était arrivé. J’ai été très seule pendant très longtemps. Quand nous nous sommes séparés j’ai acheté cette petite maison seule, c’est lourd pour mon petit budget mais je gère au plus juste. Les travaux, je les fais quand je peux, quand mes moyens me le permettent et à chaque fois c’est une nouvelle étape pour moi. Simplement là c’est une étape plus importante que les autres, je ne suis plus tout à fait seule.
C’est très gentil ce que vous venez de dire Amélie, très gentil j’aimerais que les étapes suivantes de votre vie soient elles aussi heureuses, et qui sait, marquées par ma présence.
A ces mots Amélie s’était levée. Elle était venue vers Alex toujours assis à table mais qui avait fait reculer sa chaise. L’instant d’après elle s’asseyait sur ses genoux comme une enfant sur les genoux de son papa. Alex ferma ses bras sur Amélie et la serra très fort contre lui. J’aime bien vous sentir contre moi comme ça, vous serrer.
La tête d’Amélie reposait sur l’épaule d’Alex. Une main d’Alex avait quitté de dos pour glisser sur l’épaule, puis sous le menton qu’elle releva doucement. Le baiser fut d’une douceur empreinte de tendresse et de respect, léger, peu appuyé, rapide aussi. Amélie se mit à rire, sa main venait d’agripper le poignet d’Alex, elle pesait, faisant glisser les doigts, le cou, la gorge....
Il devait être quatre heures quand ils se remirent au chantier. Amélie avait décidé qu’il faisait trop chaud, qu’elle travaillerait en sous-vêtements dans sa salopette. Le spectacle qu’elle offrait à Alex semblait plaire à celui-ci, tout heureux de voir le visage souriant d’Amélie éclairer la maison. La travail avançait vite, l’entraînement mais aussi l’envie d’en terminer, de voir enfin la pièce dans son état définitif donnait des ailes. Vers dix huit heures le papier était posé, il fallait encore débarrasser pour profiter vraiment du nouvel aspect de la pièce. Amélie se chargea de laver des outils pendant qu’Alex pliait la table et remplissait la poubelle avec les chutes de papier.
Enfin c’est fini ! Amélie venait de porter les derniers outils à la porte, elle ne voulait pas sortir habillée comme elle était. Le voisin ne se serait certes pas plaint de sa tenue mais il n’était peut-être pas nécessaire d’attirer son attention.
Ayant terminé de ranger Alex rentra à nouveau et pris enfin le temps de voir le travail accompli. Il avait passé le bras par dessus l’épaule d’Amélie. Venez, on peut s’asseoir maintenant avait dit cette dernière. Ce faisant elle avait désigné à Alex le canapé qui semblait attendre les tourtereaux. Amélie se lova contre Alex, ils admiraient, se congratulaient, évoquaient les passages difficiles aussi, ce fichu coin près de la cheminée, à croire que la verticale était une notion qui n’existait pas vraiment à l’époque lointaine ou la maison avait été construite.
La main d’Alex s’était égarée dans la salopette. Curieusement les doigts partirent précisément à la découverte de la peau et des formes que cachaient encore les bonnets. Le jeu n’avait pas échappé à Amélie. Alex, ne soyez pas timide, faites glisser les bretelles, toutes les bretelles. La soirée va être longue Alex, j’aimerais vraiment être à l’aise, très à l’aise.
Alex posa ses lèvres sur celles d’Amélie. Un premier baiser, il savait qu’il devait se retirer vite, ne pas laisser ses lèvres à portée, le second serait vorace, la lionne qui sommeillait dans la salopette allait se réveiller.
Je vous aime Amélie.