Scène 7
Paco, Tarek.Paco le policier apparaît à l’avant-scène et se tourne vers le wagon.
Paco - Profitez-en bien, mes mignons. Vous n’allez pas vous amuser longtemps, je vous le dis.
Tarek arrive en marchant avec une canne, voûté, le visage caché par la capuche de la djellaba. Il tourne autour du flic, puis se plante devant lui et se redresse.
Paco - Encore un vieux qui vient me harceler… C’est pas possible, ils se sont donnés le mot. Qu’est-ce que vous me voulez, grand père ?
Tarek - Monsieur l’agent, je me rends. Il faut m’embarquer.
Paco - Ca va comme ça ! Les délires de gâteux, j’en ai eu ma dose pour aujourd’hui. Alors circulez !
Tarek - Je ne veux pas circuler, je veux que vous m’arrêtiez.
Paco - Je ne sais pas ce que vous avez, vous, les vieux, à vous acharner contre moi. Vous m’avez eu une fois, pas deux. Qu’est-ce que je vous ai fait ? Vous êtes payés par mes collègues pour me couvrir de honte, c’est ça ?
Tarek baisse sa capuche, enlève ses lunettes noires et sa fausse barbe.
Tarek - Vous me reconnaissez, maintenant ? Je suis celui que vous recherchez. Faites votre devoir : coffrez-moi.
Paco reste les bras ballants, incrédule, tandis que Tarek lui tend les bras.
Paco - Ah, mon lascar ! Tu croyais me tromper comme ça ? Ridicule, ton déguisement à deux balles ! Je t’ai tout de suite repéré. Je renifle ma racaille à deux kilomètres, moi.
Tarek - Bien sûr. Bon, alors, vous me les passez, ces pinces ?
Paco sort les menottes mais hésite encore.
Paco - Pas si vite ! Cette hâte à se faire serrer me paraît bien suspecte.
Pourquoi es-tu si impatient que je te coffre, d’abord ? Ne serais-tu pas recherché par quelqu’un ? Quelqu’un que tu aurais volé, par exemple.
J’ai visé juste, pas vrai ? Tu ferais mieux de tout me déballer tout de suite. Ce sera moins pénible pour toi. ( Il saisit Tarek au col, mais il se reprend et le lâche ) Sinon je te laisse là, attaché comme la chèvre de Monsieur Seguin, et j’attends, caché, que le loup arrive.
Tarek - Vous vous la racontez grave, vous. J’ai pas envie de vivre comme un lapin, voilà tout. Je préfère aller au gnouf tirer ma peine.
Parce que je ne veux pas qu’on me mette dans la peau d’une racaille.
Je ne suis pas ça, moi. Faut que je me respecte.
Paco ricane toute en le retournant pour lui passer les menottes dans le dos.
Paco - C’est ça, petite frappe ! Tu feras l’agneau devant le juge. Cela dit, j’apprécie ton geste plein de lucidité. Tu t’es dit que de toute façon tu ne pourrais pas m’échapper.
Tarek - Hé ! Vous leur direz que je me suis rendu de mon plein gré, au moins ! Je compte sur vous !
Paco - C’est ça ! Pour que les copains se foutent encore de ma pomme…
Tu peux te brosser. Mais, je mettrai dans mon rapport que tu n’as fait aucune résistance et que tu as été coopératif. Ca te va comme ça ?
On n’entend pas ce que lui répond Tarek : une exclamation générale monte du wagon : le Portugal a marqué.
Miguel - C’est l’égalisation !
On saute de joie, on se congratule, tandis que Paco et Tarek, indifférents à cette allégresse, s’éloignent et sortent.
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