Scène 5
Claudia, Miguel, Lynda, Samia, Ben, Karim, Idy.Idy - Ecoutez ça, mes amis ! ( il lit un article du journal ) « Le cadavre d’un jeune homme africain a été découvert samedi dans le train d’atterrissage d’un avion gros-porteur d’Air France à l’aéroport de Roissy. Le corps sans vie se trouvait là depuis plusieurs jours. L’avion en provenance de Brazzaville avait effectué plusieurs escales. On ignore dans quelle ville la victime, qui n’avait pas de papiers sur elle, s’est cachée dans ce piège mortel. » Voyez ! Voilà jusqu’où certains peuvent aller pour quitter l’enfer de leurs vies.
Il jette le journal. Silence, puis murmures dans le groupe.
Lynda - ( frissonnante ) C’est horrible.
Idy - Ce gars ne savait même pas qu’il n’avait aucune chance de survivre dans le froid des hautes altitudes. Personne n’était là pour lui dire qu’il allait à une mort certaine. Il rêvait peut-être de devenir un footballeur en Europe.
Claudia - Comme ton frère Moussa ?
Idy - Exactement ! Alors il faut arrêter de parler !
Samia - J’ai lu, moi, dans un journal qu’un garçon qui s’était enfui par ce moyen avait survécu en s’emmitouflant dans un duvet. Il était gelé, mais il était vivant. Le journaliste parlait d’un vrai miracle. Je me demande ce qu’est devenu ce mec…
Karim - Eh ! Moussa n’est pas un naïf, tu m’as dit qu’il était malin et rusé. Un type comme lui doit pouvoir s’en sortir. Tu penses vraiment qu’il a disparu ?
Idy - Corps et bien, c’est certain. S’il avait survécu, il nous aurait donné signe de vie. Je me suis fait des illusions en croyant que j’allais le retrouver. Pour quitter le pays, il était capable de tout.
Karim - Tu sais, la honte de l’échec, ça rend muet. Je ne voulais pas te le dire encore, mais… J’ai parlé de lui à un ami qui est dans une association d’aide aux jeunes footballeurs africains. Il a cherché son nom dans leur fichier, et il l’a trouvé.
Idy - Cela ne prouve rien. Notre nom de famille est très répandu au pays.
Karim - Tu sais quoi ? L’homme en question est congolais, footballeur et en attente de régularisation.
Idy - C’est vrai ? ( se renfrognant ) Ils doivent être des centaines dans ce cas.
Karim - Tu as sans doute raison. Mais on ne sait jamais. Mon copain essaie de contacter cet homme par son réseau, pour savoir qui il est et d’où il vient. Ca risque de prendre du temps. C’est pour ça que je ne t’en ai pas encore parlé. Je ne voulais pas te donner un nouveau faux espoir.
Idy - Tu as bien fait. ( il sort de sa poche une photo de Moussa et la donne à Karim ) Tiens ! Prend cette photo de Moussa et passe-la à ton copain. Comme tu dis, après tout on ne sait jamais. Moi, je ne peux plus la regarder.
Ben - ( prenant Idy par l’épaule ) Allez, amigo ! Tout espoir n’est pas perdu. Si ça se trouve, tu vas bientôt apprendre une très bonne nouvelle.
Claudia - Tu sais, Tarek est passé, tout à l’heure. Il voulait te parler, et puis il a changé d’avis. Je crois qu’il regrette sincèrement de t’avoir menti. Sinon, pourquoi serait-il revenu ?
Idy - En tout cas, il a trouvé une bonne avocate. Tu as raison de le défendre. Mais il a trahi notre amitié. Qu’on ne me parle plus de lui.
Bon, j’espère que je n’ai pas gâché votre fête, avec mes histoires. Il vaut mieux que je rentre chez moi.
Comme Idy va pour s’en aller, ses amis l’entourent et le retiennent.
Samia - Ah non ! Tu ne vas pas nous faire ça, on a tout préparé !
Ben - En plus, tu m’as promis que tu danserais pour nous !
Miguel - Reste, compagnon ! Sans toi, pas de vraie fête au wagon. Tu sais mettre l’ambiance avec ton djembé, alors tape dessus et fais-nous bouger ! Des amis vont partir, il faut leur souhaiter un bon départ dans la joie et l’allégresse.
José Manuel fait irruption, un petit drapeau portugais à la main.
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