Scène 4
Claudia, Miguel, Lynda, Samia, Ben puis Karim.Claudia soupire en suivant des yeux le départ de Tarek. Samia et Ben sortent du wagon.
Samia - Qui c’était ?
Claudia - Un vieux bonhomme égaré. Il me fait de la peine.
Le téléphone de Miguel sonne, celui-ci décroche et s’avance jusqu’au bord de la scène.
Miguel - Allô ? ( son visage s’éclaire ) Grand-père ! Eh ! Si tu peux m’appeler, c’est qu’ils t’ont libéré ! ( il le félicite en Portugais. Claudia, qui l’a rejoint avec Lynda, lui fait signe qu’elle veut lui parler elle aussi ) Claudia t’embrasse très fort. Dépêche-toi d’arriver au wagon : on a retrouvé quelque chose qui te fera très plaisir… Comment tu as deviné ?
Tu es trop fort. Nous qui voulions te faire la surprise… Comment ? Tu veux que Claudia la lise à voix haute devant tout le monde ? Oui bien sûr, on a juré de tout se dire entre nous. Mais cette histoire ne regarde que vous deux ! Ah bon. Bon, d’accord, si tu y tiens. Allez, à tout à l’heure ! ( il raccroche )
Claudia - Tu aurais pu me le passer, espèce d’égoïste !
Miguel - Pour quoi faire ? Il va arriver. Il veut que tu lises la lettre de Marie Céleste.
Claudia - Merci, je ne suis pas sourde. Et pour la surprise, tu repasseras ! Je croyais qu’il n’y avait que moi qui ne savais pas tenir ma langue…
Claudia sort la lettre de l’enveloppe jaunie et s’assoit sur le banc pour lire la lettre de Marie Céleste. Miguel s’assoit derrière elle et lit pardessus son épaule.
Claudia sort un mouchoir, Miguel renifle. Ils parlent tout bas ensemble.
Ben - Qu’est-ce qui vous arrive ?
Miguel - Vous le saurez tout à l’heure, quand notre grand-père sera là.
Claudia - ( en séchant ses larmes ) On va dire que le passé s’est invité dans le présent.
Samia - Voilà bien des mystères !
Ben - Quelles têtes vous faites ! On dirait que le Portugal a déjà perdu.
Lynda - ( faisant le geste de repousser le sort ) Kss ! Kss ! Ne va pas nous porter le mauvais oeil, toi !
Samia - Comment, ça, « nous » ? Tu es pour le Portugal, toi, maintenant ? C’est nouveau.
Claudia - ( essayant de sourire un peu ) C’est pour se mettre bien avec les parents de son chéri. Elle va même porter le maillot pour venir regarder le match chez nous.
Lynda - Ca, sûrement pas ! Peu m’importe la couleur du maillot. Moi, ma couleur est la somme de toutes les autres.
Miguel - ( à Ben ) Un responsable politique vient de déclarer qu’il y a trop de Noirs dans l’équipe de France.
Samia - La stupidité du coq gaulois… les Américains, eux, ne se plaignent pas du fait que leurs champions olympiques soient pratiquement tous Blacks. Du moment qu’ils gagnent !
Lynda - D’abord, la seule couleur de l’équipe de France, c’est le bleu.
Miguel - Toi, chérie, tu as de la chance, tu peux choisir de supporter qui tu veux, mais moi ? Mes deux patries vont s’affronter. Et comme à chaque fois, j’ai l’impression que je vais me battre contre moi-même.
En vrai, j’en ai marre de me sentir coupé en deux ou dilué dans ma double identité. Cette fois, je n’ai pas honte d’être fier d’être portugais.
Et tant pis si on perd !
Claudia - Tu as une mentalité de vaincu, toi. C’est suspect, ça.
Claudia s’approche de son frère et soulève son maillot. En dessous, apparaît un tee shirt bleu.
Claudia - Regardez ça ! En dessous, il porte les couleurs de la France.
Miguel - Eh ! Je l’ai pas fait exprès !
Lynda - Si c’est inconscient, alors c’est encore pire.
Claudia - Pauvre Miguel. Tu seras toujours tiraillé. Mais cette fois, je sens qu’on va gagner.
Karim fait une apparition remarquée : il arbore le maillot français.
Karim - Salut, les wagonistes ! C’est gentil de m’avoir invité à votre petite teuf.
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Tous les jeunes le considèrent en silence.
Karim - Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?
Il y a quelque chose qui ne va pas ? ( tirant sur son maillot ) Ah ! C’est ça qui vous gêne ? Eh oui, voyez, j’assume.
Ben - Au moins, ça rééquilibre.
Samia - Je ne sais pas qui t’a invité, mais sois le bienvenu.
Lynda - Cherche pas, je suis sûre que c’est Idy. Encore une fois, il a oublié de nous prévenir.
Karim - Tiens, au fait, où est-il ?
A cet instant, Idy apparaît, un journal à la main. Il a l’air triste, il secoue la tête.
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