Scène 4
Ben, Samia, Idy, Tarek.Lynda, Claudia et Miguel arrivent.
Lynda - Où est le squatter ? Claudia prétend qu’il est mignon.
Claudia - Il fait son méchant, mais il a des yeux craquants.
Miguel - ( à Samia ) Il y a un nouveau venu et on n’est pas prévenus ?
Samia - Vois ça avec Idy.
Idy - Désolé, les amis. J’ai été trop naïf. Ce gars-là m’a roulé dans la farine.
Miguel - ( ramassant des canettes posées sur l’escalier ) Suivez les canettes vides et vous trouverez le Petit Poucet ! ( Tarek se tient debout à l’entrée du wagon ) Laisse nous passer. Tu es bourré ou quoi ?
Lynda - On ne peut plus entrer dans notre wagon ? C’est une plaisanterie ?
Idy - ( fort ) Tarek, ceux qui t’accueillent chez eux veulent te rencontrer.
Ils vont décider si tu restes ou non, alors explique-toi !
Tarek - Je ne veux voir personne ! Seulement le grand-père portugais.
C’est lui le vrai proprio du wagon, c’est à lui de dire si je peux rester ou non.
Claudia - ( en s’approchant de Tarek ) Il va venir, je l’ai prévenu. Lui aussi, il t’aime bien, va. Passe-moi la lettre de Céleste, comme ça ils verront que tu as bon fond. Si tu étais une racaille, tu ne m’aurais pas parlé comme ça tout à l’heure, pas vrai ? Il y a de la douceur dans ton regard. Moi j’ai vu ton vrai sourire, et…
Tarek - Oh ! tu veux me transformer en agneau ou quoi ? Ma prof de gaulois, elle aussi, elle a essayé de me comprendre. Elle disait qu’elle parlait à mon bon fond. Jusqu’au jour où on a décoré un peu sa petite voiture. Alors là, elle m’a décompris grave ! Je n’avais plus bon fond du tout ! Alors méfiez-vous du loup qui dort…
( il fait le méchant )
Miguel - Eh bien frangine, on dirait que tu viens de prendre encore un râteau.
Avec lui, l’eau de rose ça tourne vite en eau de boudin. Alors, tu votes toujours pour qu’il reste ?
Claudia - Bien sûr, imbécile ! Il aura au moins ma voix. ( elle s’assoit )
Samia - Vous avez vu ça ? Et vous voulez faire changer ce mec-là ? Je vous souhaite bien du plaisir !
Idy - Je ne comprends pas. Il n’a pas toujours été comme ça, vous savez.
Samia - Tu veux toujours qu’il reste ?
Idy secoue la tête, l’air accablé.
Karim arrive par la salle et s’assoit sur le praticable. De là, il assiste à la scène sans être vu par les jeunes.
Lynda - Si j’ai bien tout suivi, ce gars-là veut partir, mais il n’a aucun projet. Dans ce cas, que peut-il nous apporter ? Je ne vois pas très bien ce qu’il fait ici.
Samia - Ca fait déjà quatre voix contre une.
Ben - Pourquoi quatre ? Je n’en ai compté que trois, moi. Tu vas un peu vite, chérie… Je te ferai remarquer que je ne vais pas forcément voter comme toi.
Samia - ( le fixant droit dans les yeux ) Ah oui ?
Ben - Mais étant de sa famille, tu le connais mieux que moi, et j’incline à croire que ton jugement sur lui est le bon. Dans ce cas…
Claudia - Faux cul !
Samia - N’insulte pas mon homme, langue de vipère, sinon gare ! Et toi, Miguel, qu’est-ce que tu en penses ?
Miguel - Ma sister lui trouve un certain charme, ça devrait me mettre en alarme.
Claudia - Crétin !
Lynda - Tu ne pourrais pas être sérieux deux secondes ?
Miguel - On va essayer. Je me concentre… Est-ce que quelqu’un ici lui a donné sa chance ? Est-ce qu’on veut vraiment de lui en France ?
C’est ça que je me demande. Après tout, nous, on pourrait lui en laisser une. Bon, on risque une descente de flics, au pire. Ce n’est pas ça qui nous empêchera de partir. Lui, il risque beaucoup plus gros que nous, il s’est laissé entraîner dans des mauvais coups. Mais faut dire qu’il a chopé la rage, il a mis le doigt dans un engrenage…
Ben - Ca y est, ça le reprend, la maladie du vers.
Miguel - ( tourné vers le wagon ) Je sais comme toi, mon frère, que les bonnes places, c’est pour les faces claires. Ceux qui veulent te dicter leurs règles sont les mêmes qui te laissent à la traîne…
Samia - Tu es gentil, on ne fait pas un slam, là. Alors c’est oui ou c’est non ?
Miguel - Le wagon est assez grand pour un passager clandestin. Et puis si on ne peut pas essayer d’aider quelqu’un qui a un problème avec la France, autant ne plus nous réunir et faire bande à part.
Claudia - Tu remontes dans mon estime, frangin. Pour une fois que tu ne dis pas pareil que ta copine…
Lynda - Comment ! Ce gars refuse de nous parler, nous empêche d’entrer dans notre wagon, vide notre frigidaire, et toi, tu lui tends les bras ?
Pigeon !
Miguel - Ma Gauloise, tu sais bien que je ne vote jamais. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. Je m’abstiens, voilà. J’ai le droit, non ?
Claudia - Espèce de lâche !
Samia - Quatre voix contre, une voix pour, une abstention. Idy, c’est à toi de prévenir ton copain qu’il faut qu’il parte.
Comme Idy ne bouge pas, Karim monte sur scène et se présente au groupe.
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