Guy MASAVI - CHRESTOS - texte intégral

In Libro Veritas

CHRESTOS

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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Evangélion

    Le ciel se lassait du soleil et se couvrait définitivement d’un rideau noir et lourd d’où s’échappaient des averses de gouttes démesurées.
    Le commissaire Simoneau vint se protéger dans un fourgon de gendarmerie au plus proche de l’entrée de l’église.
    Fallait-il interrompre cette messe païenne, ou attendre la fin pour faire sa besogne discrètement comme le préconisait le divisionnaire .
    Le devant de la chapelle était à présent débarrassé de presque toutes ses âmes. La pluie les avait chassés, quelques rares parapluies résistaient et sursautaient au rythme des trépidations de froid de leurs propriétaires. Il pouvait donc surveiller toute entrée et sortie.
Des obsèques dans une petite chapelle romane sur des fondations du Vème siècle, quand, au même moment un nouveau pape, premier du XXIe siècle de l’ère chrétienne, se faisait élire sous les voûtes somptueuses de la chapelle Sixtine ; une messe dite par un laïc athée devant un auditoire de simples villageois incrédules et muets, quand un conclave de cardinaux enrubannés d’or débattait de l’avenir d’une église planétaire ; le commissaire Simoneau planait dans cette ambiance étrange ou se mêlaient la piété religieuse millénaire et l’hérésie non moins millénaire.
    Le flic laissa là ses pensées, quand il crut reconnaître une silhouette et une démarche familière devant l’entrée de la chapelle. Mêlé aux parapluies du début de la cérémonie, il ne l’avait pas remarqué, mais à présent que ces derniers se faisaient plus rares, le seul encapuchonné et sans cet ustensile utile avait attiré son attention.
 
    Il ne faut pas attirer longtemps l’attention de Paul Simoneau. Aussitôt, une machine cérébrale à identifier alimentée par 30 ans de carrière se met en route.

    Lilian Barjac !

    Voilà un individu qui ne pouvait prendre de tel risque sans un but précis. Son cœur s’accéléra, un stress familier s’emparait du flic, le mobile de sa présence se construisait dans son esprit. Après ce que lui avait révélé Palombani, il y a quelques minutes au téléphone, il ne pouvait être là que pour éliminer quelqu’un de gênant.

    L’homme, probablement armé, ne serait pas facile à serrer. Le commissaire saisit un parapluie et vint discrètement se ranger auprès des courageux qui attendaient encore sur le parvis. Il se tenait à cinq mètres du gangster, l’œil aux aguets du moindre de ses gestes.

    Un K-way rouge apparut, soudain, de derrière l’église et pénétra dans le sanctuaire. C’est à cet instant que Barjac emboîta le pas derrière en même temps qu’il plongeait la main dans sa veste.

    Le sang de Simoneau se gela un moment, puis il se précipita à son tour dans l’église en essayant d’extraire son arme sous l’aisselle ; il se ravisa, tant de monde serré dans cette salle au milieu d’une fusillade aurait transformé la cérémonie en bain de sang.

    La porte grinça et le fantôme encapuchonné de pourpre se glissa jusqu’aux premiers rangs. Il ne sentait pas le souffle tabagique de son suiveur qui pointait déjà le canon d’un silencieux dans son dos. Simoneau qui se collait à présent sur Barjac dans la rangée du milieu, avec un sang froid incroyable, ceintura le tueur et lui asséna un violent coup de tête sur l’occiput. L’homme s’écroula sous la violence du choc et ne reprit à peine ses esprits que pour voir le pied du commissaire lui écraser sa main armée.

 
    Quand la chevelure blonde de Laurence vint éclairer l’autel, lorsqu’elle souleva son capuchon rouge, une onde de stupéfaction et d’effroi parcourut l’assemblée.
    Quelques personnes s’effondrèrent, d’autres se précipitèrent vers la sortie à la vue de ce spectre.
    Bientôt sa voix résonna sous la voûte :
    — Arrêtez ! cette mascarade ! Celle que vous accompagnez dans la mort est musulmane et se nomme Farida Mabouba.
    Laurence fondit dans les bras de son grand-père, leurs larmes se mêlaient.
    Sa mère resta sur son banc et perdit connaissance.
    Barjac désarmé et menotté quitta les lieux entre deux gendarmes.
    Quand Rouverolle se leva, deux mains se posèrent sur ses épaules.
    — Veuillez nous suivre s'il vous plaît M. Rouverolle. Le député n’eut pas besoin de se retourner pour reconnaître la voix du commissaire.
    Quelques flashs fusaient çà et là en direction de la scène de résurrection qui ne manquerait pas d’alimenter les journaux locaux demain.
    Monseigneur Barrot quitta discrètement l’église par une porte dérobée.
    Louis Gomez reprit le micro, les yeux pleins de larmes et la voix hésitante :
    Avant le jour, elles allèrent au tombeau
 
    Avec les parfums qu’elles avaient préparés

    Elles ne trouvèrent pas le corps, mais deux anges de lumière leur apparurent, qui leur dirent :

    Pourquoi cherchez-vous parmi les morts le vivant ?

    Sa voix murmura tout bas :

    Evangélion de Marcion .

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