Farie
Les giboulées balayaient la garrigue qui entourait l’église Saint Nazaire, parfois un rayon de soleil fin comme un pinceau venait illuminer les tuiles romanes de son toit.
Le commissaire avait une impression étrange, empreinte de mysticisme. Le ciel et la nature, par leurs extrêmes complexités sont des illusionnistes de génie, sachant donner un sens à la vie et aux événements quand l’homme fragile ou dans le doute en est le témoin. Le chant de la rivière, la forme d’un nuage, un rayon de soleil, un orage de grêle, un cataclysme quelconque dont notre planète a le secret pour l’instant ne seraient-ils pas les signes d’une présence universelle intelligente ?
Par bonheur, les signes qui préoccupaient le flic étaient ceux qu’il allait chercher, traquer, pourchasser, pas ceux qui tombaient du ciel.
Il se replongeait en pensée dans l’interrogatoire du député Rouverolle. Celui de sa femme à son domicile, trop choquée, n’avait pas donné grand-chose.
C’était dans un bureau, que l’épithète de ministériel décrirait le mieux, qu’il fut reçu : sous main de cuir impeccable, sans tache ni graffitis ? Pas comme au commissariat !
Des stylos à plume rangés dans une boîte en acajou, un vieux porte-buvard, un agenda étrangement flambant neuf, pour cinq mois d’existence, qui fleurait bon l’agenda vide ou corrigé. Un code de procédure pénale qui faisait sérieux et menaçant, à se demander pourquoi, vu sa fonction et les circonstances.
L’homme ne paraissait pas affecté par les évènements, une rigidité d’esprit et de corps l’imprégnait totalement.
— Je m’excuse Monsieur Rouverolle de vous importuner en de telles circonstances, mais comme vous le savez la mort de votre fille n’est pas accidentelle. Je me dois donc de faire une enquête et de vous infliger quelques questions pour la faire avancer.
— Faite, mon ami. dit le député d’un air condescendant
— Votre fille avait disparu depuis son voyage en Italie, en connaissiez-vous les motivations ?
— Non. Vous savez à 35 ans, elle peut partir ou bon lui semble sans m’en référer, surtout si le déplacement a des motifs professionnels comme je le pensais.
— Vous étiez vous-même en Italie ! je crois.
— Oui en effet, vous êtes bien informé, je vois.
dit-il sur un ton agacé. La rigidité du député semblait parfois se déverrouiller.
— C’est votre épouse qui me l’a dit. Vous étiez accompagné de votre secrétaire, donc en voyage d’affaires j’imagine ?
— Écoutez, commissaire, vos questions m’importunent et je ne vois pas ce que ma mission en Italie peut apporter à une enquête sur un meurtre qui s’est déroulé dans notre ville !!! Mais si vous tenez à le savoir, j’avais une audience avec le Saint-Père en tant que président local de l’association famille de France. Mais, vu le décès du Pape, je n’ai pu rencontrer que le Cardinal Ratzinger !
Là la rigidité frisait la cassure.
— Excusez-moi, vous avez peut-être raison, mais 30 ans de pratique m’ont souvent démontré que le détail est parfois la clef de voûte d’une affaire. Mais j’arrête là mes questions. J’aimerai cependant interroger votre secrétaire.
— Farie Marbrier est en congé depuis quelques jours, compte tenu des circonstances, vous comprenez….
— Ah ! avant de partir, votre épouse m’a signalé que Laurence garait sa voiture dans le jardin par sécurité, quand elle s’absentait comment expliquez-vous qu’elle ne l’ait pas fait cette fois .
Je n’en ai aucune idée peut-être était-elle pressée.
L’entrevue s’arrêta là. Rouverolle raccompagna le commissaire avec courtoisie jusqu’au perron de sa permanence de député.
Simoneau avait la sensation que quelque chose lui échappait dans cette entrevue, un mot, un nom il ne savait pas. Un peu comme lorsque l’on cherche un nom propre familier dans sa mémoire et qu’il refuse de sortir, pour lui c’était un indice. Il y avait bien l’évocation du procès Borel à Nîmes où Rouverolle et les associations affiliées à famille de France, avaient pris la défense de l’abbé. Non ce n’était pas cela, autre chose de plus subtil.
L’inspecteur Blanc vint le rejoindre dans la Rue.
— Patron ! le professeur Cialdi est mort accidentellement en faisant des fouilles dans une église de Castelforte en Italie, il y a 6 jours, dixit le courrier de la sierra, la police locale et la secrétaire de l’archéologue que nous avons pu contacter !
Le commissaire écoutait sans acquiescer, comme plongé dans ses pensées. Puis soudain ses yeux s’illuminèrent.
— S-e-c-r-é-t-aire ! Bon sang ! Farie Marbrier !!! FM !! Farida Mabouba !!! FM ?
Voilà ce que je cherchais. Va te renseigner sur la secrétaire de Rouverolle vite !
Blanc ralluma sa cigarette en bougonnant.