Guy MASAVI - CHRESTOS - texte intégral

In Libro Veritas

CHRESTOS

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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DAVINCI CODE

    Dans la crypte millénaire, penchée sur la dépouille des fondateurs de l’un des courants du christianisme, Laurence et Cialdi entendirent, soudain, un brouhaha dans l’église. Comme des pas et des bancs qui tombent, des cris dont ils ne pouvaient discerner l’origine. Mais le calme ainsi troublé de ce lieu de culte n’avait rien d’habituel.
    Le professeur grimpa l’échelle et se hissa dans la salle apparemment déserte. Quand il avança plus avant dans la lumière d’un vitrail, une nouvelle détonation retentit amplifiée par l’écho des voûtes.
    Cialdi s’effondra brutalement. Il vit les coupoles tournoyer puis son visage s’éteignit dans l’air interrogatif qui était l’expression la plus coutumière de son vivant. Un homme fit quelques pas en sa direction, quand une chaise s’éleva au-dessus de lui, brandie par Pierre, et s’affala avec une force inouïe sur son crâne. Le tueur s’effondra alors, à son tour inanimé. Un violent coup de pied sur le visage du meurtrier allongé, paracheva l’anesthésie dans un jet de sang qui jaillit de ses narines tuméfiées.
    Un silence envahit les lieux, Cialdi gisait au sol avec un petit trou sanguinolent sur le front.
    Laurence sortit terrorisée de son antre antique avec les précautions d’usage, après les échos qu’elle avait pu entendre et qui évoquaient un combat.
    La première chose qu’elle put distinguer fut un homme accroupi dans une rangée. Quand elle eut identifié la silhouette de Pierre, sa peur se convertit en rage et elle se précipita sur lui.
 
    — Salaud ! Voleur ! Pourquoi m’as-tu volé les feuilles du manuscrit……..
    Quand elle vit les deux corps sans vie, sa voix se suspendit, elle s’agenouilla près du cadavre du professeur et fondit en larmes. Les émotions de la découverte, l’émoi du jeu de piste presque puéril qui les animait tous deux, s’évaporait dans un bain de sang et de mort. Sa vie avait basculé de l’enfance triste, mais dorée, bercée de contes de fée puis d’études universitaires sans faille sur de vieux textes et de vieilles pierres, dans un cauchemar meurtrier dont elle ne percevait pas le mobile.

    Elle se releva et se jeta sur Pierre dans l’intention de le frapper, le mordre. Il put la maîtriser, ce qui renforça son envie de crier sa haine envers lui.

    — Fumier ! tu étais là pour nous épier, entraver notre découverte ! Tu n’étais qu’un espion, à la solde de qui ?

    Du Vatican peut-être ?

    Elle se débattait pour se dégager de l’étreinte de Pierre. Celui-ci la plaqua violemment contre lui et la regarda droit dans les yeux, ce qui eut pour effet d’anéantir un instant l’agitation de la jeune femme .

    — Laurence, écoute-moi ! Tu n’es pas dans un remake réel de DAVINCI CODE !! Tu m’entends ! L’homme qui gît à côté du professeur est un tueur qui n’avait rien à faire de ton manuscrit . Ça fait des siècles que les églises de tout bord s’accommodent de leurs contradictions historiques ou dogmatiques. Les exégètes s’en délectent, même !

    Ce tueur est peut-être à la solde du Vatican pour sa besogne, mais pas pour les raisons que tu crois. Il a tué Cialdi par accident, c’est moi qu’il cherchait dans cette église où je me suis réfugié par hasard.
Les mots griffonnés, vus sur la photocopie du parchemin, ont été écrits de la main d’une jeune femme torturée à mort avec sa mère dans la crypte de l’église par un abbé pervers et pédophile.
    Marie Marci l’auteur de ces mots d’agonisante faisait appel à son frère par ses initiales : J.M , précisément JEAN MARCI actuel Archevêque de Milan et fils secret du père Fitipaldi pervers pédophile connu par la hiérarchie de l’époque.

    D’autres tueurs attendent probablement dehors et ta présence à mes côtés te met en danger.

    Prends cette clef USB. Elle contient un fichier confidentiel qui apporte la preuve de tout ce que je te dis. Prends-la et cache-toi dans la crypte une bonne demi-heure. S’il devait m’arriver un problème, transmet le fichier à Maître Bayard, avocat à Nîmes, tu trouveras facilement. Tu as bien compris Maître Bayard ! Dit-il en appuyant ses mots tout en la secouant à son tour comme pour la réveiller de son cauchemar .

    Il ne put réprimer l’envie de poser une dernière fois ses lèvres sur celle de Laurence et s’enfuit.

    À peine fût - il sorti de l’église, qu’un homme lui colla le canon de son arme de poing dans le dos. Un acolyte pénétra dans l’église à la recherche de son compagnon et de Laurence qu’il savait dans le sanctuaire.

    L’homme marchait lentement, laissant l’écho s’estomper entre chaque pas pour discerner le moindre bruit étranger à lui. Il ne tarda pas à trouver les cadavres de son complice et de Cialdi.

    Il commença une fouille minutieuse de la salle, de l’autel aux travées de bancs.
 
    Laurence dans la crypte entendait l’exploration stricte et savait que l’homme au-dessus ne serait pas long à trouver l’entrée de la cache. Quelle issue s’offrait-elle ?
    Dire qu’elle avait peur serait trop humain. Elle était en survie, un animal traqué n’a pas peur, il est sous l’influence de son instinct, pas de ses sentiments. Laurence était pareille à une souris face à son prédateur. À la vue du sarcophage de Marcion et de Marcellina, elle éteignit sa lampe, apprécia en tâtonnant la largeur de l’ouverture de la pierre tombale.
    Puis au prix d’efforts surhumains en vidant sa cage thoracique, elle put pénétrer dans l’étroit rocher taillé et se blottir dans un coin, contre les illustres squelettes millénaires.
    Comment réprima-t-elle la nausée et l’envie de tousser dans cette boîte de poussière ?
    Elle n’entendit pas le tueur descendre avec prudence l’échelle. Le faisceau de la torche balaya l’excavation dans tous ses recoins pour enfin se fixer sur le sarcophage.
    Il avança doucement jusqu’à lui. La lumière éblouissante avala soudain l’obscurité de la cache, pour ne laisser voir au criminel que deux crânes se faisant face. L’étroitesse du passage que laissait la lourde pierre tombale, rassura l’homme.
    Laurence était dans un état cataleptique entre conscience et hypnose. Mais la toux fut plus forte. Ses poumons oppressés laissèrent échapper un râle qui fit froid dans le dos de l’homme au pistolet. Quand il se retourna, le faisceau de la lampe surprit la course d’un rat.
L’homme parut soulagé, ce râle avait quelque chose d’humain, et la présence de ses squelettes dans cette crypte lugubre avait déstabilisé la vigilance du tueur. L’on peut être aguerri à toutes les horreurs, et craindre le surnaturel. Il lui tardait de remonter, et de faire un signe de croix en passant devant l’hôtel, ne sait-on jamais !
 
    
    Pour Pierre, le dessein de ses types armés ne faisait aucun doute. Ils voulaient l’éliminer tôt ou tard.
    Cette arme collée à son dos lui rappela un vague souvenir de ses années de jiu-jitsu. Il ne se souvenait que du début : pivoter brusquement pour dévier l’arme, le reste il ne savait plus. Le geste fut efficace, l’individu surpris ? laissa tomber son pistolet. Pierre compléta le mouvement martial par une fuite effrénée, l’expression, les jambes à son cou, prenait, pour lui, et à cet instant, toute sa valeur. Il disparut à l’angle d’une rue.
    Après quelques jurons péninsulaires de circonstance, les deux hommes partirent à sa poursuite.
    Combien de temps Laurence resta-t-elle recroquevillée dans son cercueil millénaire ?
    Elle renouvelait 60 ans plus tard l’aventure de son grand-père dans les mêmes lieux.
    Quand elle reprit ses esprits, le silence régnait. Elle ne céda pas à la panique, quand elle réalisa qu’elle ne pouvait pas trouver la force pour ressortir, ses épaules n’ayant pas l’agilité suffisante pour arracher son corps du rocher taillé. Alors, millimètre par millimètre, elle ripa le lourd couvercle pour enfin s’extraire.
 
    §§§
 
    Les rues de Rome grouillaient de pèlerins, de catholiques pressés, fétichistes. La ville était dans un indescriptible remue-ménage. Le chauffeur de taxi qui ramenait Laurence à la gare maniait autant le juron que l’accélérateur et le frein. Elle réprimait sans cesse une envie quasi obsessionnelle de regarder derrière elle. Mais quels véhicules étaient plus suspects qu’un autre dans cette cohue dévote .
    Elle se repassait le fil tumultueux des évènements. La rencontre de Pierre, leur nuit d’amour, la crypte, puis l’assassinat du professeur.
    Elle aurait pu aller à la police, tout raconter. Mais que serait devenu son compagnon ? N’aurait-il pas eu plus de mal à échapper à ses agresseurs avec en plus la police de Rome aux trousses .
    Et quoi lui expliquer à la force publique, un assassinat pour un parchemin ou pour une clef USB dont elle ne connaissait pas le contenu .
    Et surtout, quand et comment aurait-elle des nouvelles de Pierre ? Elle s’accrochait à une brève confession lors de leur repas de Castelforte.
    Le Mas des crottes près de Nîmes, ce n’est pas une dénomination que l’on oublie.
    C’était là qu’il passait ses week-ends à faire du cheval ou regarder la cheminée crépiter. C’était sa résidence secondaire. Si elle avait été poursuivie, c’est là qu’elle serait allée.
    Un autre dilemme la tenaillait, que contenait de plus cette clef, quel autre secret tenait-elle dans ses entrailles pour justifier un meurtre et une chasse à l’homme.
 
    Elle traversa la gare sur ses gardes, mais la foule la protégeait, toute filature dans cette ville bondée, était vaine. Elle prit ses billets au guichet en tremblant et s’évapora dans la multitude.
 

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