Guy MASAVI - CHRESTOS - texte intégral

In Libro Veritas

CHRESTOS

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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Romance à Castelforte

    L'arrivée de Laurence au petit gîte du centre de Castelforte, la sortit définitivement de son état second.
    Comme tous les bourgs alentour, Castelforte ne dérogeait pas à la règle. C'était une ville de cure, et les hôtels étaient bien remplis. Un remplissage amplifié par la mort du pape.
    Trouver une chambre à deux lits fut une chance qu'ils acceptèrent sans problèmes. Ce n'était pas une hôtellerie de luxe. Les chambres sympas donnaient sur une rue peu fréquentée. La première chose que fit Pierre en entrant fut justement de regarder par la fenêtre. Il avait par moments des réflexes d'homme traqué, il portait une inquiétude en lui qui s'évaporait parfois dans un immense éclat de rire. Comme lorsqu'il testa le lit en sautant et que le sommier failli s'effondrer.
    Laurence appréciait ce compagnon du hasard, la perspective de partager sa chambre avec lui ne l'effarouchait pas du tout. Il en aurait été autrement il y a peu, mais à cet instant, plus rien des convenances désuètes du passé et de son éducation ne l'effleurait.
    Elle prit une douche pour se détendre, mais pas seulement, elle voulait plaire. Elle en sortit avec un tee-shirt moulé sur des seins droits, qui laissaient découvrir leurs naissances dans un discret décolleté en v. Les cheveux détachés, son corps nimbé dans un parfum qui l’auréolait d'un appel muet.
    Pierre feuilletait les photocopies du parchemin.
    Quand il aperçut Laurence, il se demanda un instant si c'était la même femme qui l'accompagnait dans le train. Elle était passée de l'intello coincée à la femme désirable. Il resta un instant sans voix puis bredouilla
 
    — vous êtes heu.......... super.
 
    Pierre n'était pas du genre fin hâbleur devant les femmes. Mais son intonation et l'expression de son visage en disaient long sur l'effet qu'avait produit la sortie de Laurence de la salle de bain.
    — je me suis permis de feuilleter votre parchemin, je suis fasciné par cette écriture millénaire. On croirait se pencher sur un grimoire magique comme on les voit dans les dessins animés.
    — C'est vrai ! Et celui-ci a peut-être son secret ici, à Castelforte.
    Elle s'assit à côté de Pierre, peut-être plus près qu'il n'était nécessaire.
    — C'est un extrait d'un évangile apocryphe qui ressemble à celui de Luc avec quelques lettres de l'apôtre Paul. Alors qu'ils tournaient les pages, le regard de Pierre fut attiré par un griffonnage au crayon au milieu du texte, et le fit remarquer à Laurence.
    — C'est vrai, je ne l'avais pas repéré, peut-être que la photocopie en augmentant les contrastes l’a fait ressortir.
    Ce qui est sur c'est qu'il s'agit de mots italiens et bien récents.
    Elle sortit une loupe de son sac et commença à déchiffrer :
    aiuto.......... J Ma .......... figliodello.......... del.......... padre Fit........
    Au secours J M fil du père Fi.......... L'écriture était hésitante irrégulière, la ligne s'achevait par une tache qui aurait pu être de sang.
    Laurence ne remarqua pas le visage blême de Pierre.
 
    Elle lui conta les circonstances de la découverte du codex. Puis la trouvaille sur Internet du professeur Cialdi, éminent spécialiste d'histoire de l'antiquité, habitant Cassino, avec lequel elle avait pu communiquer et qui pouvait lui révéler beaucoup de choses sur ces manuscrits.
    Il mangèrent ensemble dans le restaurant de l'hôtel. Leur vie passa au crible de leur conversation, du moins les souvenirs les plus gais, ceux qui pouvaient alimenter leurs soifs de se connaîtrent sans décevoir l'autre, sans interrompre le flux de leur allégresse et de leur rire.

    Là, les souvenirs d’enfance dans le mas de Pierre, sur la route de sauve, là, les fous rires à la messe avec une copine. Le vin aidant, il lui effleura la main qu’elle ne retira pas. Pour une fois dans sa vie ses pommettes ne s’enluminèrent pas de pourpre. Elle le regarda dans les yeux dans un bref silence puis reprit le fil de sa conversation. Dormir dans la même chambre rire de tout et d'un rien, se tenir la main. Il n'y avait pas l'ombre d'un doute sur la fin de leur soirée et de leur nuit. Ce doute n'effleurait pas Laurence, elle irait au bout de son désir avec un homme qu'elle connaissait à peine, parce qu'elle en avait envie. Il était charmant, sympa et très sensible à sa grâce. Est-ce que cela ne suffisait pas ? Pourquoi aurait-elle retirée sa main et rougi ; au non de quoi ?

    Au non de la sainte loi de la peur du sexe. Quel impur désir la possédait-elle ? Si ce n'était tout simplement le plaisir. Le plaisir de la chair tendre qui glisse sous la main. D'une caresse dans une fente humide, d'un sexe tendu, habillé de latex, avalé par un autre. Au diable les épîtres de Saint-Paul et sa haine névrotique des femmes et du sexe, au diable les chastes baisers et l'attente pudique.

    Ce soir le baiser dans l'ascenseur accompagna la main de Laurence sur un sexe déjà dur. Il n'y aurait pas d'équivoque de faux-semblants de fausse pudeur.
 
    Nous avons envie de jouir ! Voilà ce que disaient ses deux cœurs d'adultes consentants qui se jetèrent sur l'un des lits de la chambre.
    Au petit matin, Laurence dormait encore, quand Pierre se leva. Il la regarda un instant puis recouvrit tendrement une épaule nue avec la couverture. Il s’habilla sans bruit et descendit dans la rue embrumée, à peine éclairée par un jour naissant.
    

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