L'évêque
Dans le salon feutré de l’évêché, Monseigneur Barrot trônait sur un fauteuil Louis XV, derrière un bureau, non moins, Louis quelque chose. Un ordinateur portable présidait tandis que le, non moins, téléphone du prélat nasillait à son oreille.
— Oui Castelforte ! Comprenez mon inquiétude ! Ce document est très compromettant, il faut absolument l’arrêter !
L’écouteur renchérissait :
— Il faut absolument l’arrêter ! Je contacte nos amis de Rome et je vous tiens au courant ! l’interlocuteur coupa aussitôt.
L’évêque paraissait peu rassuré. Il tapa rageusement sur son clavier lisant et relisant ce qui paraissait être un fichier de base de données.
Eh oui ! Le réseau intranet du Vatican arrosait la planète au même titre que tous les autres médias.
L’accès confidentiel était réservé, suivant le degré de la hiérarchie, par un code, permettant un courrier électronique sécurisé, histoire de s’affranchir du piratage.
Mais Monseigneur Barrot était plus qu’un évêque ordinaire, il était le coordinateur d’un réseau vieux de 100 ans, le sodalitum planum. Créé en 1909 sous Pie X, c’était une organisation secrète ayant pour but de collecter des informations sur les prêtres animés d’une quelconque dissidence ou développant une hérésie interne. Sorte de police interne au sacerdoce. Officiellement dissoute en 1920, elle a toujours continué ses activités, les complétant d’influences occultes sur toutes les organisations parallèles à l’église, comme l’opus dei ou des associations pseudo laïques comme famille de France. Devenu les RG du Vatican, le sodalitum planum usait du réseau Internet pour faciliter son emprise qui s’exerçait à tous les étages de la société pour collecter des informations.
Ce jour un événement exceptionnel venait frapper le prélat, un bout de papier très loin de l’internet qui sortait de la paroisse d’un village voisin.
Monsieur le Curé (Monsieur l’évêque),
Ayant été baptisée en l’église Saint-Nazaire le 15 mai 1975
Sous le nom de Laurence Rouverolle, je vous serai reconnaissante de bien vouloir porter sur le registre de baptême et en regard de mon nom la mention suivante :
a renié son baptême par lettre datée du 10 janvier 2005.
En effet, mes convictions philosophiques ne correspondent plus à celle des personnes qui ont estimé devoir me faire baptiser. Ainsi, vos scrupules de vérité, et les miens seront apaisés, et vos registres, purs de toutes ambiguïtés.
Dans l’attente d’une confirmation écrite, je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments distingués.
Fait à Nîmes le 10 janvier 2005.
La signature de Laurence ponctuait la missive.
L’évêque était effondré, la fille du député se débaptisait, la fille du président local de famille de France et correspondant actif du réseau sodalitum planum reniait sa religion.
Comment annoncer cela à son père qui ne manquait pas une messe ni une occasion pour afficher sa foi ?
Il se rassura en se disant que pour le jour il n’y avait pas urgence et que là était pour l’instant le moindre mal, après les révélations qu’il venait d’avoir au téléphone.
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