La chapelle Sixtine
Peut-être y avait-il un kilomètre entre la chapelle Sainte-Marthe et la chapelle Sixtine. Le Cardinal Marci fut le seul à désirer s’y rendre à pied. Les autres cardinaux prirent les taxis mis à leur disposition. Cette nouvelle élection papale croulait sous le luxe : confort des chambres, simples, mais fonctionnelles, avec télé, toilettes et wc, hall de réception rénové et commode pour intriguer à souhait. Cela changeait des paillasses étroites, et des sanitaires au palier d’avant le pontificat de feu Jean-Paul II.
Le comprimé de son vicaire ne l’avait pas soulagé, et il se remémorait toutes les révélations qui avaient soudain surgi de son passé. Le doute de ses premières années au séminaire reprenait vigueur. Quelle épreuve Dieu lui réservait-il encore ? Est-ce un signe, ou bien… ?
Il était là, dans la cité vaticane, au pied de l’histoire de l’ère chrétienne. Il savait comme tous qu’il n’y avait ni tombe de l’apôtre Pierre, ni de l’apôtre Paul. Que tout ce qu’il savait de Jésus avait été écrit 400 ans après sa naissance . Quand Constantin fit édifier la première basilique en ce lieu.
L’on pourrait être tenté de dire qu’il se la fit édifier en son honneur.
Après quelques années de persécution, le christianisme devient religion d’État sous l’impulsion de l’empereur Constantin qui a besoin des chrétiens pour asseoir son empire. De cette religion, il devient le symbole, le Logo. Il est grâce à elle, un dieu vivant, presque l’égal du Christ. Il réunit un concile à Nicée et impose ses choix philosophiques et ses orientations, elles resteront pour l’essentiel les bases de l’Église catholique. Eusèbe de Césarée son écrivain maison va fonder les bases de l’histoire chrétienne en falsifiant les écritures qui sont à sa disposition.
Enfin, les textes qui formeront le canon du Nouveau Testament commencent à se compiler. Où était le Christ dans tout cela ? l’amour de son prochain, l’humilité, la pauvreté ? Se demandait le cardinal Marci. Les fastes de l’architecture, la crosse et la mitre du chef de l’état pontifical étaient bien loin des guenilles de Jésus. Les dizaines de papes qui s’étaient succédé sur ce trône avaient-ils eu la vertu de leur fonction ?
Tout, ici, transpirait l’homme sans dieu. Tout ici, depuis des siècles, était un affront aux enseignements des évangiles. Les révélations, qu’il venait d’avoir sur le père, lui dévoilaient le superficiel et le désuet de ces lieux. Comment allait-il tenir sa place dans ce conclave avec tant de doutes ?
Lui qui n’avait jamais intrigué, n’avait jamais compromis sa foi à sa carrière. Certains amis prélats disaient de son ascension, qu’elle était un vrai miracle !
Jusqu'à ce jour, il se sentait guidé par dieu ; ses origines modestes, la protection du curé du village, l'abbé Fitipaldi, ses études brillantes qui l’avaient propulsé très vite au plus haut de la hiérarchie lui donnaient la foi.
Mais le tournant de sa vie fut le choc quand il apprit le décès de sa mère et de sa sœur sous les bombes de la bataille de Cassino. Là, il le pensait jusqu'à ce jour, le Tout-Puissant était auprès de lui pour l’aider dans cette épreuve. Le père Fitipaldi en était l’intermédiaire. De ce jour, les tourments existentiels de jeunesse se dissipèrent, il s’accommoda tant bien que mal du vœu de chasteté, car sa vie ne serait qu’au service du Seigneur. Cependant, malgré le velours des bureaux de la hiérarchie chrétienne, il n’oublia pas ses racines et son enfance auprès des plus modestes ; il devint peu à peu le défenseur des causes du tiers monde, sa souffrance exigeait des moyens plus matériels que spirituels ; aussi s’opposa-t-il à Jean Paul II sur des sujets comme le port du préservatif pour lutter contre le SIDA en Afrique, la contraception et l’avortement dans les cas de viols.
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