Catéchèse
Laurence emporta le parchemin chez elle le soir même, non sans les recommandations de son grand-père.
— Surtout, ne le confie à aucun scientifique dont tu ne connais pas la foi, l’essentiel des docteurs en théologie est chrétien et leur analyse, même scientifique, ne les libère jamais du paradigme de l’existence historique de Jésus. Parce que nés chrétiens, protestants, voire juifs religieux, ils ont pratiqué le livre, ils y sont attachés de toutes leurs fibres. Ils n’en sont pas conscients heureusement, sinon ils seraient des imposteurs. N’oublie jamais cela.
La jeune femme se plongea pendant de longs mois sur le manuscrit, avec l’aide de quelques amis spécialistes du latin et du grec ancien ou de la datation des vieux grimoires ; elle put approcher et prouver une date vers la première moitié du Vème siècle. C’était un texte traduit du grec, parfois d’une manière grossière. Il avait donc été interprété par un esclave lettré, mais avec peu de soins, ou par une personne peu aguerrie aux expressions spécifiques de cette langue antique. Cette réalité rendait donc plus authentique l’écrit d’origine. Tout portait à penser que ce codex était très vieux.
Peut-être pouvait-on le placer un peu après le codex vaticanus, référence la plus archaïque des évangiles canoniques. Sans doute s’agissait-il d’un écrit apocryphe non référencé et très proche de l’évangile de Luc.
Mais, ce qui l’avait le plus frappée dans ces événements, cela avait été les circonstances de découverte du livre. Son grand-père avait trouvé ce manuscrit dans des conditions aussi dramatiques que surréalistes. Ce fut au beau milieu d’une bataille de la Seconde Guerre mondiale, à Castelforte au pied du mont Cassin, que l’officier Louis Gomez, des forces françaises libres, découvrit le précieux ouvrage.
Ses recherches la conduisirent via l’Internet vers un professeur d’archéologie de la faculté de Rome. Il savait beaucoup de choses et paraissait très intéressé par la découverte de Laurence.
Il est inutile de préciser que les parents de Laurence ne virent pas d’un bon œil les retrouvailles de leur fille avec son mécréant de grand-père. Elle leur cacha, bien sûr, l’existence du manuscrit antique. Mais ne put dissimuler son admiration pour Louis Gomez, et ne tarda pas à reprocher à ses parents sa mise à l’index de la famille.
La religion ne l’avait jamais interpellée, elle avait suivi docilement, de son baptême à sa communion puis à la confirmation, les catéchèses et sacrements réservés aux enfants de la sainte Église universelle.
Elle avait bâillé aux messes de minuit, grimée en paysanne et plus tard, même, en Sainte Vierge. Elle aurait sans doute fait subir le même sort à ses enfants si elle en avait eu. La charité, la bonté était par tradition sous la voûte des églises, le mal dehors et chez les incroyants ; pendant longtemps même chez les pratiquants du temple protestant ! Ne parlons pas des athées !
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