Guy MASAVI - CHRESTOS - texte intégral

In Libro Veritas

CHRESTOS

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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Premier siècle

    Le ciel prenait des allures orageuses, quelques rafales froides venues de l’Ouest engendraient, avec elles, des gouttes de pluie qui tombaient, lourdes, énormes, parfois en averses violentes ponctuées d’un rayon de soleil .
    À l’intérieur, les mots de l’apôtre Paul sortaient des lèvres du vieux Gomez. Des épîtres qui peu à peu devenaient hérétiques aux oreilles des deux prélats présents. Hérétiques parce que sortant de sa bouche, hérésiarque, parce qu’ils n’étaient pas du canon d’origine qu’ils connaissaient. Mais cela, eux seuls le savaient. L’auditoire ignorant s’en accommodait très bien. Ils ne savaient pas tous les sacrilèges qui se déroulaient sous leurs yeux en cet après-midi.
    Le commissaire Simoneau se démenait au mieux pour cacher ses sentinelles en uniformes ; tant de képis pour arrêter un homme, quel luxe ! Que craignait son supérieur, une prise d’otage, un attentat ?
    Il est vrai que les dernières heures furent riches en rebondissements. À tel point qu’il ne savait plus très bien ce qui l’attendait encore.
    Son impatience légendaire s’étiolait au fil de l’enquête. Une lassitude ou plutôt une résignation s’installait chez ce flic qui en vingt ans de carrière en avait vu des malfrats, escrocs ou criminels. Mais jamais il n’avait eu à faire avec la foi et la bonne conscience comme mobiles.
    Le souvenir de l’interrogatoire du vieux Gomez lui revenait toujours à l’esprit.
    — Croyez-vous en Jésus Commissaire ? demanda-t-il.
 
    — Honnêtement, je m’en moque de son existence ou non Monsieur Gomez ! ce qui m’intéresse c’est où est votre petite fille.
 
    — Il ne faut pas vous en moquer, c’est la question phare des 2 derniers millénaires ! S’en moquer c’est collaborer à l’œuvre abrutissante des clergés de tous les monothéismes.
    — Mais nom de Dieu monsieur Gomez !! Venez-en aux faits !
    — Je vous en prie mon jeune ami, ne jurez pas ! Le vieux ne manquait pas d’humour
    — Tout a son importance pour comprendre, commissaire, y compris le mystère de ce premier siècle de l’ère chrétienne. Où chacun cherche un Jésus, il n’y a qu’un courant religieux qui entoure la méditerranée qui attend le sauveur. Là où vous cherchez une jeune femme et son manuscrit hérétique, vous trouverez peut-être un système implacable couvrant le crime des crimes.
    Voilà des mots qui éteignirent dans l’œuf le désir de savoir vite du flic pressé, et le vieil homme se lança dans une longue catéchèse inversée.
    — Dans les courants religieux du premier siècle, il y a, pour vous résumer, commissaire, trois tendances :
    La première, et à tout seigneur tout honneur, si j’ose dire, le judaïsme du moment, celui qui tourne autour de Jérusalem. C’est un vieux monothéisme qui sévit en ces lieux, à la frontière de l’Égypte depuis environ 1500 ans avant l’ère chrétienne. Son temple historique se trouve à Jérusalem. Son credo : des écrits transmis et inspirés de leur dieu, du moins le croient-ils. Dans la période qui nous intéresse et depuis presque un siècle, cette religion se divise en courants multiples, sous l'effet des différentes invasions qui vont soumettre le peuple juif.
L’un de ces courants : les esséniens.
    Ils sont en rupture avec le temple de Jérusalem. Ils mènent une vie monastique et ascétique en communauté à l’extérieur tout en étant juifs et en vénérant les écritures ; ils glorifient la parole d’un homme appelé maître de justice qui leur a donné tous les enseignements ; ils attendent le retour d’un messie, ils croient en l’immortalité et surtout à la valeur d’une mort glorieuse afin d’être récompensés dans l’au-delà.

    L’on sait tout cela grâce à la découverte, il y a quelques décennies, de manuscrits dans une grotte, les manuscrits de la mer Morte ; voilà les structures dogmatiques d’une église à venir.(1)

    La deuxième est développée plutôt en Égypte, Alexandrie, Damas, Antioche. C’est un monde très hellénisé, très imprégné des philosophies grecques, des cultes juifs, des reliquats des croyances égyptiennes, et surtout d’une religion : la gnose. C’est une religion basée sur la dualité entre le dieu mauvais créateur de la matière, du mal, des ténèbres et un dieu bon, céleste, créateur de la lumière et de l’esprit. Pour éveiller les êtres vers ce dieu bon, des sauveurs et des prophètes sont envoyés d’en haut pour donner la révélation ; voilà Jésus et le christ qui se profilent, donc le Nouveau Testament.

    Ha !! La troisième, hé ! bien c’est Rome, peuplée d’esclaves et de notables. Là, on vit dans un environnement païen issu de tous les polythéismes de l’empire. Un livre écrit en grec, allie un certain nombre d’opposants à la Rome impériale, c’est la septante(2) : Traduction en Grec des textes sacrés juifs qui court dans tout l’empire romain depuis deux siècles mais que, singulièrement, les israélites ne reconnaissent pas.

    Les esclaves lettrés l’adoptent, parce que la description de ce peuple opprimé sous la loi d’un dieu unique et qui attend un messie, se calque sur leur condition d'asservis.

    Et si ce messie ressemblait à Spartacus l’esclave révolté qui fit trembler Rome ; et voici l’Ancien Testament.

    C’est ainsi que naît le christianisme du premier siècle : trois courants géographiquement distincts, mais unis dans la croyance en un dieu unique ou duel, et dans l’attente d’un sauveur.

    Quand survient le cataclysme de 70 de l’ère chrétienne où des juifs du courant zélote, en révolte permanente contre l’autorité de Rome, conduisent cette dernière à détruire le temple de Jérusalem et à chasser les juifs de Palestine, toute une diaspora juive se répand alors dans l’empire romain et en particulier ce courant singulier , essénien.

    Il est grand temps que le sauveur tellement attendu arrive. C’est un certain Paul de Tarse qui va annoncer la bonne nouvelle de la venue du messie appelé christ. Il ne l’a ni vu, ni entendu, il ne sait rien de sa vie, mais Dieu lui aurait révélé sa venue.

    Paul a-t-il existé ? Il y a probablement un rédacteur unique de quelques lettres qui seront envoyées dans tout le bassin méditerranéen aux différentes communautés que l’on peut à présent appeler chrétiennes.

    

    À partir de ce moment, le christ prend forme, des morceaux de son passage sur terre, sont imaginés çà et là par des groupes chrétiens disparates.

    Ce sont les loggias ou extraits de la vie et des paroles du Christ. Il y en aura des centaines aussi diverses que contradictoires qui s’accumuleront pendant deux siècles.
    Elles formeront plus tard les dizaines d’évangiles apocryphes qui seront pillées pour former les quatre évangiles canoniques que nous connaissons et qui achèveront leur élaboration vers le VIe siècle.

    Il y aura beaucoup d’églises qui se formeront et s’organiseront pendant quelques décennies. L’une d’elle, très inspirée du gnosticisme, se développera particulièrement, sous l’impulsion d’un certain Marcion.

    Bien sûr, elle se déploiera, dans un premier temps, dans le Moyen-Orient. Elle se distingue par un courant de pensée qui rejette les écritures juives. << après tout, quelle confiance peut-on accorder au dieu des juifs qui n’a pas su les protéger de la destruction de leur temple et de l’éparpillement de son peuple soi-disant élu>>. Pensait Marcion.

    L’église de Marcion a un support : les épîtres de Paul, curieusement encore inconnu, et un texte évangélique, le premier, il se nomme l’Evangèlion . Il conte le passage sur terre du Christ.

    Il est situé dans le temps.

    L’évangile de Marcion commençait ainsi :

    La quinzième année du principat de Tibère,

    Christ, descendu du ciel, apparu à Capharnaüm.

    Ayant pris semblance d’homme, il paraissait âgé de 30 ans.

    Voilà ! Commissaire ! vous savez tout !
    Le commissaire Simoneau fulminait, ces jugulaires se congestionnaient, et son visage s’empourprait.

    — Vous ! vous moquez de moi ! Monsieur Gomez !! Je n’en ai rien à foutre de Marcion et de son évangile. Ce que je veux savoir, c’est où est votre petite-fille !!

    Il n’en savait apparemment rien.

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1. L'église catholique a longtemps glorifié ses martyrs, développée des ordres prônant la pauvreté et le recueillement dans des monastères, enfin les paroles de Jésus des évangiles ressemblent étrangement aux enseignements du maître de justice qu'honoraient les esséniens.

2. La Septante (LXX, latin : Septuaginta) est une traduction de la Torah en langue grecque, qui aurait été réalisée  au IIIe siècle av. J.-C., pour les juifs qui y étaient alors relativement nombreux, à la demande des autorités grecques.

    Lors de sa traduction latine, la Vulgate,Les Églises catholique et, orthodoxe garderont l'ordre des livres de la Septante.le Pentateuque (= les cinq livres de la Loi, les cinq "étuis"),les livres historiques (regroupant les premiers Prophètes et certains des autres écrits,les livres poétiques et de sagesse,les écrits des prophètes.
   Tout cela participant à l'élaboration de l'ancien testament de  la bible chrétienne au fil des siècles.

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