Codex
Le vieux Gomez habitait une petite maison du village dans une ruelle fraîche et humide. Il n’occupait que le rez-de-chaussée depuis quelques années, depuis, en fait, sa dernière poussée d’arthrose qui lui interdisait l’escalier raide, aux marches usées.
Sa chambre avait l’apparence d’un garage, pas trop de poussière, ni de crasse, mais un désordre incroyable.
Essentiellement des ouvrages et des polycopiés qui se chevauchaient aussi bien au sol que sur les étagères. Verticaux, horizontaux, parfois en diagonale, les ouvrages avaient pour thème l’histoire et l’archéologie, il y avait peu de romans.
Le lit, fait sommairement, n’échappait pas aux piles de publications. Sur une table basse, qui faisait office de table de nuit, trônait un ordinateur portable soigneusement relié à la prise téléphonique. Laurence n’en revenait pas : son octogénaire de grand-père maniait la souris et l’Internet avec autant de dextérité qu’elle.
Sur un pan de mur, une armoire provençale occupait le reste de l’espace. La petite-fille n’osait imaginer le désordre qui devait y régner.
Et bien non ! Quand Louis ouvrit les battants, elle put constater que tout le linge était méticuleusement rangé et repassé.
D’un grand tiroir, le vieil homme sortit un objet soigneusement protégé par un carton et plusieurs journaux. Il déplia presque religieusement la chose et Laurence put reconnaître un vieux codex en parchemin dont l’aspect pouvait déjà lui donner une approximation sur son très grand âge. Louis le tendit à sa petite-fille presque solennellement.
Une autre interrogation la pénétrait, quel rapport ce manuscrit avait-il avec l’inscription de la crypte ?
Devant l’étonnement de sa petite-fille, Louis la fit asseoir au bord du lit.
— Je vais te raconter l’histoire de ce vieux grimoire, elle est longue et n’a rien d’un conte de fée. Il te faudra oublier ton catéchisme, peut-être ta foi. Je ne sais pas où tu en es à ce sujet.
— Ce que tu tiens dans les mains pourrait être un évangile, mais, tu le constateras toi-même, il diffère beaucoup du canonique. Il ne parle que du CHRIST, il n’est jamais fait mention de son prénom pour une simple cause : Jésus n’est peut-être pas connu de lui. Il faut dire que Jésus comme le Christ n’est connu d’aucun historien contemporain non chrétien. Pourtant, en ces temps du début du premier siècle de l’ère chrétienne, il ne manquait pas d’hommes de lettres et d’érudits parcourant le monde romain et helléniste pour témoigner d’un être accomplissant des miracles et drainant des foules énormes, autour de Jérusalem.
Pour ne citer que les plus connus : Sénèque, Pline l'ancien, Plutarque, Juste de Tibériade, et surtout Philon d'Alexandrie.
En effet, c'est un homme qui s'intéressa essentiellement à la religion et à la philosophie, il n’aurait donc pas pu négliger la vie de Jésus. Bizarrement, tout l'enseignement de Philon aurait pu se dire chrétien ; au point que certains philosophes et écrivains n'ont pas hésité à le surnommer le vrai père de l'Église. Il vit dans le temps où l'on a placé l'existence du Christ, il est déjà célèbre avant le Christ, plus étonnant encore il parle du logos, du verbe, exactement comme le quatrième évangile, sans pourtant nommer une seule fois le Christ ! Jamais dans aucun de ses nombreux ouvrages !
Flavius Josèphe, historien de l'époque, comme Philon, a écrit une monumentale histoire du peuple juif de plus de 30 volumes. On y trouve deux passages de quelques lignes qui témoignent en termes élogieux de la vie de Jésus. Voici une bien maigre contribution pour un personnage aussi célèbre tel que le décrivent les évangiles. Flavius Josèphe juif orthodoxe et pratiquant n'aurait pas pu être aussi indifférent à la venue d'un Messie, lui qui l’attendait en vain depuis si longtemps et que tous les juifs orthodoxes attendent encore de nos jours. Ces lignes suspectes ne sont plus reconnues par les théologiens de notre temps. Elles ont été ajoutées, hors contexte, hors style par des faussaires religieux des troisième et quatrième siècles.
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