Guy MASAVI - CHRESTOS - texte intégral

In Libro Veritas

CHRESTOS

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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Epître de Paul

    Le climat se faisait toujours plus pesant dans la petite église champêtre. Curieusement, un car de gendarme avait pris discrètement position non loin de là. L’intervention du grand-père n’était pas du goût de certains ?
    Le vieux Gomez posa sa Bible sur le pupitre et plaça sa main dessus.
    — Combien de coquins ont juré sur la bible !
    Combien d’hommes et de femmes sont morts pour elle, des croisades aux guerres de religion d’après la réforme, en passant par le zèle de l’inquisition !
    De quels drames de l’humanité elle, son dieu et ses églises, nous a-t-elle préservées : de l’esclavagisme noir ?
    Des millions de morts de la guerre 14-18 ?
    Du nazisme et de la shoa ?
    Du génocide rwandais ?
    De l’épidémie de SIDA ?
    Des millions de femmes et d’enfants battues ou violées au fil des siècles ?
    À chacun de ces tristes jalons de l’humanité, elle se tut, parfois, elle y collabora.
    Si le dieu que défendent les évangiles avait eu un brin de lucidité, il aurait choisi comme image fidèle des calvaires de l’humanité présents et futurs, non pas simplement un homme juif, mais une femme juive à la couleur de peau noire.
    Pour certains, dans cette église, un tel crucifix serait sacrilège, j’imagine ?
    Je ne vais pas me défiler face aux traditions funéraires de notre sainte église et je vais vous lire un extrait d’une épître de Paul.
 
    Il se racla la gorge, puis solennellement comme l’aurait fait n’importe quel curé : 
    — Épître de Saint-Paul aux romains 14,7 -12 !!!
    Frères : Nul ne vit pour soi-même et nul ne meurt pour soi-même.
    Mais soit que nous vivions, c’est pour le Seigneur que nous vivons ; soit que nous mourrions, c’est pour le seigneur que nous mourrons.
    Donc, soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous appartenons au Seigneur.
    En effet, si le Christ est mort et s’il est ressuscité, c’est afin d’être le Seigneur des morts et des vivants.
    Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ?
    Et toi, pourquoi méprises-tu ton frère ?
    Puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal du Christ.
    Car il est écrit :
    Je suis vivant dit le seigneur ; et tout genou fléchira devant moi et toute langue rendra gloire à Dieu.
    Ainsi chacun de nous rendra compte à dieu pour soi-même…………..
    $$$$

    Le vieil homme se replongeait quelque 80 ans en arrière quand, orphelin et pensionnaire dans le lycée Godefroy de Bouillon à Clermont Ferrand, il accompagnait la messe dominicale comme enfant de cœur.

    Son père était mort à la guerre 14-18 comme bien d’autres pères, sa mère l’avait suivi quelques années plus tard. Louis Gomez se retrouvait donc orphelin à 12 ans, seul au monde dans ce lugubre et austère lycée jésuite.

    De ses années d’enfance il ne gardait en souvenir, qu’un dortoir glacial, des douches collectives gelées, les coups de triques d’un frère, les propositions ambiguës d’un autre. 
    La cire brûlante d’un cierge béni qu’une sœur, à l’infirmerie, lui faisait couler dans le cou pour soigner ses furoncles d’adolescent.

    Et puis la haine, sa vengeance à coup de poing sur le premier frère des écoles chrétiennes qui passait dans le couloir le jour de sa sortie à 21 ans, sa majorité.

    Cette haine et cette violence lui furent bien utiles pour embrasser la carrière militaire. Les hasards de ses affectations le conduisirent à Alger où il prit son premier commandement d’officier. Au début de la guerre 39-45, il était lieutenant.

    L’armée française d’Afrique rejoignit les troupes anglo-américaines alliées.

    À la tête d’une section composée pour l’essentiel d’Algériens, il participa à la reconquête de la Tunisie. Il concourut à la campagne d’Italie, où la 3e division d’infanterie algérienne, à laquelle il appartenait, s’illustra dans le dénouement de la bataille du Monte Cassino où il fut blessé à la cuisse. Ce qui en terme de médecine militaire se traduit par un fémur broyé. Il en garda une boiterie prononcée et sa guerre s’arrêta là.

    À la libération il fut nommé commandant dans une caserne à Nîmes. C’est dans cette ville qu’il connut sa future épouse, une magnifique fille brune aux allures altières, issue d’une riche famille de l’agglomération qui possédait un domaine dans un village voisin.

    Sa famille qui n’avait pas brillé dans la résistance à l’occupant, loin de là ! Ne fut pas fâchée de la marier, à cet officier héros de la guerre. Lui, ne fut peut-être pas fâché de refaire ce que la vie lui avait interdit jusqu’alors : fonder une famille. 
    C’est ainsi que le 14 avril 1948 Louis Gomez épousa à l’église saint Paul !! de Nîmes Élisabeth Boisset.

    Ce fut sa dernière entrée dans une église jusqu’à ce triste jour.

    Des feux de l’amour, naquit Mathilde.

    Le couple, au passé et aux origines si différentes, ne vécut pas sous un ciel serein.

    Élisabeth n’épousa pas le Gaullisme puis l’anticléricalisme du bel officier. Louis n’adopta pas le bon goût et les manières désuètes des familles bourgeoises. Élisabeth se crut investie du devoir de protéger sa fille de son païen de père, elle brima et écrasa toutes velléités d’amour entre le papa et sa fille. L’enfant avait dix ans, quand le couple se sépara dans la douleur cela va de soi.

    Louis ne revit plus Mathilde, ni sa petite-fille Laurence quelques années plus tard ; pour laquelle, par défi, il ne fut invité qu’au baptême et aux communions et où il ne se rendait pas bien sûr.

    À sa retraite, l’ancien officier se retira dans le village où il s’était fait, toutes ces dernières années, un cercle d’amis. La famille Boisset quitta la petite paroisse pour Nîmes tout en gardant la propriété familiale.

    C’est dans ce village que Louis Gomez s’intéressa, sur ses vieux jours, à la petite chapelle Saint Nazaire.

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