Guy MASAVI - CHRESTOS - texte intégral

In Libro Veritas

CHRESTOS

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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Chapelle Sainte Marthe

    Dans une chambre sobre et dépouillée, aux murs blancs, de la Maison Sainte Marthe à un petit kilomètre de la chapelle Sixtine l’on entendait la ville qui hurlait de sirènes et de klaxons, plus que de coutume.

    Rome est exubérante, mais quand meurt son pape elle devient incontrôlable. Les radios hystériques rabâchaient une litanie, de circonstance, faite de biographies solennelles, de résumés pleurnichards sur le calvaire du Pape Jean Paul II, allant au-delà de ses forces pour mener le peuple de dieu

    — Le monde est en deuil de son pape ! S’écriait le commentateur de la télé.

    — La jeunesse de la planète pleure son berger !

    — Tous les représentants des monothéismes ou religions millénaires d’ici-bas se prosternent devant la carrière de celui qui fut un saint homme.

    Des images d’adolescents en pleurs sur la place Saint-Pierre occupaient l’espace de toutes les petites lucarnes du monde occidental.

    Le Cardinal Jean Marci s’était assoupi quelques instants et son vicaire venait de le réveiller. Il écoutait à présent les informations locales, pénétré par une pensée tenace, que lui avait procurée le rêve qu’il faisait avant l’entrée de l’abbé.

    La mort pitoyable de ce pape parkinsonien fera plus de bruit à Rome que la passion de Jésus-Christ à Jérusalem il y a 2000 ans : Pas de radios, pas de télés, que quatre misérables évangiles contradictoires .

    Le prestigieux prélat avait besoin de parler, il ne se faisait guère d’illusion ; le peuple en deuil, qui se pressait à Rome, était le peuple catholique fervent du jour, tiède d’hier, rameuté par les médias. Il remplirait la place Saint-Pierre quelques jours, pas les églises d’Europe pour l’avenir . 
— J’ai fait un drôle de rêve. J’étais devant le temple de Jérusalem le jour du saint supplice. La vie s’écoulait tranquillement, comme n’importe quel autre jour. Des marchands, des mendiants et des voleurs comme dans les écritures. Mais pas la moindre effervescence, pas l’ombre d’un calvaire sur le Golgotha. J’ai alors demandé des nouvelles de Jésus, personne ne le connaissait. En revanche tous me reconnaissaient et m’appelaient Seigneur. Incroyablement, tout le monde ignorait Jésus, mais les juifs du temple se courbaient devant le Cardinal Marci.

    — Ce n’est qu’un rêve monseigneur ! s’écria le vicaire

    Le Cardinal se raidit puis se relâcha en soupirant :

    — Non mon ami, étrangement, j’ai ressenti comme un soulagement .

    — Vous êtes très préoccupé par ce problème ! Il faut avoir confiance, bredouilla l’homme de dieu subalterne et accessoirement homme à tout faire du Cardinal.

    — J’ai téléphoné, il y a quelques instants, notre affaire avance.

    Jean Marci avait le regard perdu au-delà du mur blanc, au-delà du portrait de Jean Paul II qui ornait la chambre.

    — Prenez ce comprimé, cela vous apaisera.

    L’homme de dieu le prit et avala sans penser.

    Ses réflexions le hantaient, son passé défilait : le départ de Cassione pour Rome grâce aux recommandations du père Fitipaldi, l’abbé du village, pour poursuivre des études brillantes qui le conduirait au séminaire.

    Que sa mère et sa sœur étaient fières ! Quand il rentrait au village pour les vacances et qu’il énumérait ses notes et ses classements d’excellences. Le prêtre était toujours là pour accueillir son protégé. Jean Marci ne les avait jamais déçus au fil de ses années d’études. Il devait cela à sa famille, à l’abbé et à Dieu, et il en sera reconnaissant. 
    Dans la vaste salle d’accueil de la maison Sainte Marthe, d’autres cardinaux débattaient à quelques heures du premier conclave qui désignerait le successeur de Jean Paul II. L’on entendait des noms chuchotés, comme :

    Ratzinger….

    Marci……… !

    D’autres circulaient, mais semblaient moins faire débat.

    Il est vrai que les deux cardinaux incarnaient les deux courants opposés de l’église. L’un, que représentait le cardinal allemand Ratzinger, était le courant traditionaliste opposé à toute évolution concernant le célibat des prêtres et la féminisation des cadres de l’église. L’autre qu’influençait le cardinal Marci était plus nuancé sur ces questions et avait ouvertement condamné l’attitude du pape Jean Paul II dans sa passivité dans la lutte contre le SIDA et le port du préservatif. Leurs chances s’équilibraient : Ratzinger poursuivrait l’œuvre de l’ancien pape très populaire, l’autre aurait les faveurs des représentants du tiers monde, émanation de la majorité des fidèles catholiques de la planète.

    

    

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