Guy MASAVI - CHRESTOS - texte intégral

In Libro Veritas

CHRESTOS

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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Préambule

   
 

L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger, mais que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?

    
VOLTAIRE

 
 Le scriptorium est glacé ou plutôt, ce qui en fait usage : une crypte cachée, depuis que la chapelle est occupée par les chrétiens de Rome. 

    Depuis quelques années, les Romains se sentent investis d’une nouvelle mission par le disciple direct de Jésus : L’empereur Constantin.

    Rien ne doit résister à l’Église catholique universelle, nul ne doit se référer à d’autres documents que les quatre évangiles canoniques qui se constituent.

    Symmaque a les doigts fendus d’engelures, son corps est plié sur son écritoire depuis dix heures, tout son être le fait souffrir. Mais rien ne le détournera de son travail, ne le déviera de ce parchemin velu et mal préparé qui fait crisser le calame de roseau .

    Il le sait, il va peut-être terminer cette version latine de cet évangile, désormais hérétique, et cette perspective lui donne du cœur à l’ouvrage.

    Au-dessus, dans la rue pavée, martèlent les sandales des colonnes de soldats de l’empereur qui quadrillent la ville.

    Mais sa crypte est bien protégée et inaccessible.

    Son Labeur s’achèvera tard dans la nuit, il se hissera hors du caveau et repoussera, avec les forces qui lui restent, la lourde roche qui doit en obstruer l’entrée. Il ne sait pas que de 1500 ans elle ne sera plus touchée.

    Symmaque finira ses jours dans une prison romaine et refusera d’abjurer sur une bible qu’il ne connaît pas.

    Sera-t-il le dernier ?

                                                       §§§
    Les doigts d’un homme courent sur son clavier dans la douce chaleur de son salon. Parfois il relève la tête du pupitre pour observer l’écran et siroter une tasse de café. Il en est ainsi tous les soirs et jusqu’à des heures avancées de la nuit .

    Le clapotis des touches et leurs inscriptions instantanées sur le moniteur le fascinent. Il ne travaille pas, il joue ; un jeu absurde, mais qui l’occupe des heures après son travail , cracker, pénétrer, pirater la planète, ou plutôt son représentant virtuel : l’internet.

    Voilà des semaines, qu’il cherche, teste tout ce qu’il se fait de mieux pour trouver un mot de passe. Puis, soudain, il ne saura jamais pourquoi, la page d’accueil de sa victime s’offre nue, sans condition prête à se donner.

    Comme de coutume, sa découverte est sans intérêt, son seul plaisir est de pénétrer le système et rien d’autre .

    Pourtant, cette fois, il en est différemment et il ne sait pas le prix qu’il va payer en fouillant plus loin les fichiers qu’il peut, à présent, ouvrir à sa guise.

    1500 ans séparent les deux hommes.

    L’un travaille comme une bête de somme pour laisser à ses fidèles une trace d’encre.

    L’autre joue à faire apparaître quelques pixels de couleurs éphémères sur un écran à la simple pose d’un doigt sur une touche.

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