IV
Athanase Fraimoulu habitait, rue Vivienne, un immeuble à lui appartenant, fort belle maison qui contribuait pour une grosse part aux soixante mille livres de rente qu'il possédait.
Jusqu'à ce jour, un fort modeste logement de garçon, composé de deux pièces, avait suffi au célibataire qui ne mangeait pas chez lui.
Maintenant que sa santé lui ordonnait impérieusement la vie d'intérieur, le local devenait trop exigu.
Donc, en ouvrant les yeux après sa nuit secouée par le cauchemar, la première pensée qui vint à l'esprit d'Athanase, homme logique, fut que tout d'abord, avant de se procurer une cuisinière, il fallait avoir une cuisine.
Chaque matin, il était d'usage que le concierge montât chez le propriétaire pour lui offrir ses services au saut du lit. Cette fois, quand le fonctionnaire se présenta, Fraimoulu l'accueillit par cette question :
-L'appartement du second sur le devant est-il toujours vacant ?
-Cela dépend de monsieur, répondit obséquieusement le portier.
-En quoi ?
-Après être resté longtemps sans amateurs, le local a fini par en trouver un. Hier, sur les deux heures, s'est présenté un monsieur. Il a dit qu'il s'en accommoderait, si le propriétaire lui accordait quelques petits changements qu'il compte demander. Il m'a prévenu qu'il reviendrait aujourd'hui pour s'entendre avec vous.
La veille encore, Fraimoulu se serait réjoui d'avoir trouvé un locataire pour son appartement inoccupé ; mais aujourd'hui le local convenait trop bien à la réalisation du nouveau mode de vie qu'il allait mener pour qu'il se souciât du preneur qui s'offrait.
Jusqu'à ce jour, un fort modeste logement de garçon, composé de deux pièces, avait suffi au célibataire qui ne mangeait pas chez lui.
Maintenant que sa santé lui ordonnait impérieusement la vie d'intérieur, le local devenait trop exigu.
Donc, en ouvrant les yeux après sa nuit secouée par le cauchemar, la première pensée qui vint à l'esprit d'Athanase, homme logique, fut que tout d'abord, avant de se procurer une cuisinière, il fallait avoir une cuisine.
Chaque matin, il était d'usage que le concierge montât chez le propriétaire pour lui offrir ses services au saut du lit. Cette fois, quand le fonctionnaire se présenta, Fraimoulu l'accueillit par cette question :
-L'appartement du second sur le devant est-il toujours vacant ?
-Cela dépend de monsieur, répondit obséquieusement le portier.
-En quoi ?
-Après être resté longtemps sans amateurs, le local a fini par en trouver un. Hier, sur les deux heures, s'est présenté un monsieur. Il a dit qu'il s'en accommoderait, si le propriétaire lui accordait quelques petits changements qu'il compte demander. Il m'a prévenu qu'il reviendrait aujourd'hui pour s'entendre avec vous.
La veille encore, Fraimoulu se serait réjoui d'avoir trouvé un locataire pour son appartement inoccupé ; mais aujourd'hui le local convenait trop bien à la réalisation du nouveau mode de vie qu'il allait mener pour qu'il se souciât du preneur qui s'offrait.
Il ouvrait la bouche pour refuser le locataire en question, quand il en fut empêché par le concierge qui poursuivit :
-Le malheur veut que ce soit boucher un trou pour en voir s'ouvrir un autre ; car en même temps que je louais presque le second étage, j'étais prévenu par M. Picador, le locataire du premier, qu'il renonçait à son appartement. Telle est même sa hâte de s'en aller qu'il m'a prévenu que, si vous consentez à la résiliation du bail, il abandonnerait ses six mois de loyer d'avance.
Ce M. Picador était un trop bon locataire pour que Fraimoulu lâchât le personnage, qui avait encore quatre années de bail. De plus, le logement du second lui convenait en tous points. Mieux valait donc tout à la fois s'y installer et d'un autre côté laisser l'appartement du premier, pendant quatre années encore, sur les reins de M. Picador.
La résolution d'Athanase était arrêtée.
-Je prends l'appartement du second étage pour moi, annonça-t-il au portier. En conséquence, vous annoncerez au visiteur d'hier qu'il doit renoncer à cette location... Quant à M. Picador, vous l'avertirez que je lui refuse de rompre son bail.
Puis curieusement, il demanda :
-Mais à propos de quoi M. Picador, qui se plaisait si fort hier encore dans son appartement, veut-il donc, à cette heure, si prestement décamper ?
-Autant que j'ai pu comprendre par le peu qu'en a dit le valet de chambre, qui n'est pas grand causeur, il paraît que c'est à propos de la cuisinière.
A ce mot, Fraimoulu dressa l'oreille.
-La cuisinière ? répéta-t-il.
-Le malheur veut que ce soit boucher un trou pour en voir s'ouvrir un autre ; car en même temps que je louais presque le second étage, j'étais prévenu par M. Picador, le locataire du premier, qu'il renonçait à son appartement. Telle est même sa hâte de s'en aller qu'il m'a prévenu que, si vous consentez à la résiliation du bail, il abandonnerait ses six mois de loyer d'avance.
Ce M. Picador était un trop bon locataire pour que Fraimoulu lâchât le personnage, qui avait encore quatre années de bail. De plus, le logement du second lui convenait en tous points. Mieux valait donc tout à la fois s'y installer et d'un autre côté laisser l'appartement du premier, pendant quatre années encore, sur les reins de M. Picador.
La résolution d'Athanase était arrêtée.
-Je prends l'appartement du second étage pour moi, annonça-t-il au portier. En conséquence, vous annoncerez au visiteur d'hier qu'il doit renoncer à cette location... Quant à M. Picador, vous l'avertirez que je lui refuse de rompre son bail.
Puis curieusement, il demanda :
-Mais à propos de quoi M. Picador, qui se plaisait si fort hier encore dans son appartement, veut-il donc, à cette heure, si prestement décamper ?
-Autant que j'ai pu comprendre par le peu qu'en a dit le valet de chambre, qui n'est pas grand causeur, il paraît que c'est à propos de la cuisinière.
A ce mot, Fraimoulu dressa l'oreille.
-La cuisinière ? répéta-t-il.
Cette fille est-elle experte en son état ? ... Est-ce qu'il la congédie ?
-Non, il la garde... Quant à son talent, le valet de chambre dit qu'elle en sait juste assez pour apprêter de la mort aux rats.
Pourquoi M. Picador, au prix de l'abandon de six mois d'avance, quittait-il son appartement à propos d'une cuisinière qu'il conservait, bien qu'elle cuisinât si mal ? Il y avait là un mystère qui allait intriguer le propriétaire, s'il n'eût été distrait par cette phrase du portier :
-Il est un moyen qui concilierait tout en vous permettant d'empocher les six mois d'avance de M. Picador.
-Quel moyen ?
-Que monsieur laisse partir M. Picador et prenne son local en laissant l'appartement du deuxième étage à M. Grandvivier.
-Hein ! Grandvivier ! ! ! fit le propriétaire en tressaillant à ce nom.
-Oui, c'est ainsi que se nomme le locataire venu hier pour la location du deuxième étage.
-N'a-t-il pas une tournure de magistrat ? insista Fraimoulu ayant en tête le maître de la fameuse Cydalise.
-J'ignore si c'est la tournure d'un magistrat, mais elle est celle d'un monsieur qui ne rit pas tous les jours. Un grand sécot à favoris grisonnants et menton rasé, froid comme un marbre, triste comme la pluie.
-Et il s'appelle Grandvivier ?
-C'est le nom qu'il m'a donné, ainsi que son adresse, pour que j'aille aux références... Il demeure rue de Turenne, 174.
-C'est bien le maître de Cydalise ! pensa Fraimoulu, heureux de voir venir sous sa main celui dont il voulait conquérir la cuisinière.
Cependant le concierge avait continué :
-Non, il la garde... Quant à son talent, le valet de chambre dit qu'elle en sait juste assez pour apprêter de la mort aux rats.
Pourquoi M. Picador, au prix de l'abandon de six mois d'avance, quittait-il son appartement à propos d'une cuisinière qu'il conservait, bien qu'elle cuisinât si mal ? Il y avait là un mystère qui allait intriguer le propriétaire, s'il n'eût été distrait par cette phrase du portier :
-Il est un moyen qui concilierait tout en vous permettant d'empocher les six mois d'avance de M. Picador.
-Quel moyen ?
-Que monsieur laisse partir M. Picador et prenne son local en laissant l'appartement du deuxième étage à M. Grandvivier.
-Hein ! Grandvivier ! ! ! fit le propriétaire en tressaillant à ce nom.
-Oui, c'est ainsi que se nomme le locataire venu hier pour la location du deuxième étage.
-N'a-t-il pas une tournure de magistrat ? insista Fraimoulu ayant en tête le maître de la fameuse Cydalise.
-J'ignore si c'est la tournure d'un magistrat, mais elle est celle d'un monsieur qui ne rit pas tous les jours. Un grand sécot à favoris grisonnants et menton rasé, froid comme un marbre, triste comme la pluie.
-Et il s'appelle Grandvivier ?
-C'est le nom qu'il m'a donné, ainsi que son adresse, pour que j'aille aux références... Il demeure rue de Turenne, 174.
-C'est bien le maître de Cydalise ! pensa Fraimoulu, heureux de voir venir sous sa main celui dont il voulait conquérir la cuisinière.
Cependant le concierge avait continué :
-Ah ! par exemple, ce monsieur, avec son air de porter le bon Dieu en terre, m'a rudement étonné en me parlant de ses projets pour l'appartement... Il compte y donner des dîners, des fêtes, des bals...
Il n'a pourtant pas l'allure d'un enragé meneur de cotillons.
A ce qui étonnait tant son portier, Fraimoulu, en se rappelant les détails fournis par Ducanif, trouva facilement une explication :
-Sans doute, se dit-il, que le magistrat va faire revenir près de lui sa fille qu'il avait envoyée dans le Midi à cause de sa poitrine faible.
Afin de la marier, il veut la produire dans ces bals qu'il projette de donner.
A ce moment une voix cria du dehors :
-Anatole ! Anatole !
-C'est mon épouse qui m'appelle du bas de l'escalier. Sans doute affaire de service. Monsieur permet-il que j'aille me montrer par-dessus la rampe ? demanda le portier.
-Faites, dit Fraimoulu.
Et, deux secondes après, on entendit la voix de l'épouse d'Anatole qui criait :
-Dis au propriétaire que c'est le monsieur qui est venu hier pour l'appartement à louer. Il attend dans la cour. Dois-je le laisser monter ?
-Allez le chercher, Anatole, commanda le propriétaire accouru sur le carré.
Au bout de cinq minutes, M. Grandvivier fit son entrée, conduit par le concierge qui se retira aussitôt.
-Bigre ! on peut le mettre derrière n'importe quel corbillard, il aura toujours l'air d'être de la famille du mort conduit en terre ! Pensa Athanase à la vue de l'air profondément triste du magistrat.
Il n'a pourtant pas l'allure d'un enragé meneur de cotillons.
A ce qui étonnait tant son portier, Fraimoulu, en se rappelant les détails fournis par Ducanif, trouva facilement une explication :
-Sans doute, se dit-il, que le magistrat va faire revenir près de lui sa fille qu'il avait envoyée dans le Midi à cause de sa poitrine faible.
Afin de la marier, il veut la produire dans ces bals qu'il projette de donner.
A ce moment une voix cria du dehors :
-Anatole ! Anatole !
-C'est mon épouse qui m'appelle du bas de l'escalier. Sans doute affaire de service. Monsieur permet-il que j'aille me montrer par-dessus la rampe ? demanda le portier.
-Faites, dit Fraimoulu.
Et, deux secondes après, on entendit la voix de l'épouse d'Anatole qui criait :
-Dis au propriétaire que c'est le monsieur qui est venu hier pour l'appartement à louer. Il attend dans la cour. Dois-je le laisser monter ?
-Allez le chercher, Anatole, commanda le propriétaire accouru sur le carré.
Au bout de cinq minutes, M. Grandvivier fit son entrée, conduit par le concierge qui se retira aussitôt.
-Bigre ! on peut le mettre derrière n'importe quel corbillard, il aura toujours l'air d'être de la famille du mort conduit en terre ! Pensa Athanase à la vue de l'air profondément triste du magistrat.
L'appartement convenait parfaitement à M. Grandvivier qui, sans marchander sur le prix, était tout disposé à le louer si le propriétaire consentait à modifier la disposition de certaines pièces. Il s'agissait de deux cloisons à déplacer. Elles étaient pour ainsi dire, volantes.
Cela ne nuirait en rien à la solidité des plafonds. Du reste, le locataire prendrait à sa charge tous les frais et le travail s'exécuterait sous les yeux de l'architecte du propriétaire.
-Je n'ai pas d'architecte, avoua Athanase.
-Alors je me permettrai, pour notre mutuelle tranquillité, de vous présenter un de mes amis, très compétent dans la partie, un ancien entrepreneur, retiré des affaires après grosse fortune faite, du nom de Camuflet, proposa le magistrat.
En entendant ce nom, le propriétaire eut peine à retenir sa surprise.
Était-ce le Camuflet qui avait trois cuisinières dont il ne se servait pas ? ? ? Où demeurait-il ?
M. Grandvivier ajouta qu'une importante affaire judiciaire dont il s'occupait actuellement, retarderait de quinze jours au moins son emménagement. Cela ferait que les travaux auraient le temps d'être exécutés. Fraimoulu, impatient de savoir à quoi s'en tenir à propos de Camuflet, plaida le faux pour savoir le vrai.
-Camuflet ? répéta-t-il, mais j'ai un ami de collège s'appelant ainsi...
Il demeure rue Bossuet.
-Le mien habite la rue Méhul.
-Oui, Méhul ! Bossuet ! je me trompais de musicien... Oui, rue Méhul, 18.
-Mon ami est au 29.
-Alors, ce n'est pas le même, avoua Fraimoulu sachant, maintenant, la rue et le numéro.
Cela ne nuirait en rien à la solidité des plafonds. Du reste, le locataire prendrait à sa charge tous les frais et le travail s'exécuterait sous les yeux de l'architecte du propriétaire.
-Je n'ai pas d'architecte, avoua Athanase.
-Alors je me permettrai, pour notre mutuelle tranquillité, de vous présenter un de mes amis, très compétent dans la partie, un ancien entrepreneur, retiré des affaires après grosse fortune faite, du nom de Camuflet, proposa le magistrat.
En entendant ce nom, le propriétaire eut peine à retenir sa surprise.
Était-ce le Camuflet qui avait trois cuisinières dont il ne se servait pas ? ? ? Où demeurait-il ?
M. Grandvivier ajouta qu'une importante affaire judiciaire dont il s'occupait actuellement, retarderait de quinze jours au moins son emménagement. Cela ferait que les travaux auraient le temps d'être exécutés. Fraimoulu, impatient de savoir à quoi s'en tenir à propos de Camuflet, plaida le faux pour savoir le vrai.
-Camuflet ? répéta-t-il, mais j'ai un ami de collège s'appelant ainsi...
Il demeure rue Bossuet.
-Le mien habite la rue Méhul.
-Oui, Méhul ! Bossuet ! je me trompais de musicien... Oui, rue Méhul, 18.
-Mon ami est au 29.
-Alors, ce n'est pas le même, avoua Fraimoulu sachant, maintenant, la rue et le numéro.
Et, tout joyeux de sa ruse, il se promit d'aller au plus vite, à l'adresse indiquée, s'assurer si ce Camuflet était le même qui se payait trois cordons bleus inutiles.
Entre le propriétaire et le magistrat, l'affaire de la location fut conclue séance tenante et M. Grandvivier partit avec son bail en poche.
-Au lieu du deuxième étage, j'habiterai le logement de M. Picador. Le magistrat, qui se propose de donner des bals, fera danser sur ma tête...
Pour me consoler de ce futur désagrément, je bénéficie des six mois de loyer d'avance abandonnés par M. Picador, se dit Fraimoulu en quittant son immeuble sur les onze heures pour aller déjeuner.
Quitter son logement pour prendre le vaste local de M. Picador nécessitait pour Athanase un supplément notoire de meubles et, surtout, une batterie de cuisine. De là vint qu'après son déjeuner, pris au restaurant, Fraimoulu entra chez son tapissier, habile homme qui s'engagea, en quarante-huit heures, à lui monter son appartement au complet.
-Cuisine comprise ? appuya le propriétaire.
-Cuisine, et même, si vous le désirez, cuisinière comprise... Cela ne rentre pas dans mon assortiment ; mais, pour vous être agréable, je puis m'en charger... Je m'adresserai à mon boucher qui...
-Non ! non ! s'écria Fraimoulu avec terreur en se rappelant quels échantillons de cuisinières fournissaient les bouchers.
Quand Athanase sortit de chez son tapissier, il était environ deux heures. Jusqu'à six heures, moment où il irait dîner chez Ducanif, il avait un long temps à tuer... Que ferait-il ? ... Alors le démon de la curiosité vint le tenter en lui rappelant cette adresse de Camuflet qu'il avait surprise à M. Grandvivier.
Entre le propriétaire et le magistrat, l'affaire de la location fut conclue séance tenante et M. Grandvivier partit avec son bail en poche.
-Au lieu du deuxième étage, j'habiterai le logement de M. Picador. Le magistrat, qui se propose de donner des bals, fera danser sur ma tête...
Pour me consoler de ce futur désagrément, je bénéficie des six mois de loyer d'avance abandonnés par M. Picador, se dit Fraimoulu en quittant son immeuble sur les onze heures pour aller déjeuner.
Quitter son logement pour prendre le vaste local de M. Picador nécessitait pour Athanase un supplément notoire de meubles et, surtout, une batterie de cuisine. De là vint qu'après son déjeuner, pris au restaurant, Fraimoulu entra chez son tapissier, habile homme qui s'engagea, en quarante-huit heures, à lui monter son appartement au complet.
-Cuisine comprise ? appuya le propriétaire.
-Cuisine, et même, si vous le désirez, cuisinière comprise... Cela ne rentre pas dans mon assortiment ; mais, pour vous être agréable, je puis m'en charger... Je m'adresserai à mon boucher qui...
-Non ! non ! s'écria Fraimoulu avec terreur en se rappelant quels échantillons de cuisinières fournissaient les bouchers.
Quand Athanase sortit de chez son tapissier, il était environ deux heures. Jusqu'à six heures, moment où il irait dîner chez Ducanif, il avait un long temps à tuer... Que ferait-il ? ... Alors le démon de la curiosité vint le tenter en lui rappelant cette adresse de Camuflet qu'il avait surprise à M. Grandvivier.
-Si j'allais le voir ? se demanda-t-il.
Le mystère du monsieur aux trois cuisinières dont il n'usait pas intriguait trop Athanase pour qu'il pût résister à son désir.
Vingt minutes après, il était devant le numéro 29 de la rue Méhul.
En somme, il avait son entrée toute faite chez ce monsieur. Il se présenterait pour parler des cloisons à changer, dont M. Grandvivier devait confier la surveillance à son ami.
-M. Camuflet est-il chez lui ? s'informa-t-il à la loge qui, en ce moment, contenait portier et portière.
Le mari regarda sa femme en demandant :
-A-t-il rompu sa laisse ?
-Non, il n'a pu encore décamper, répondit la portière.
-Au troisième, la porte en face, enseigna le concierge après cette réponse.
En arrivant sur le carré du troisième étage, Athanase hésita fort à sonner. Derrière la porte qui lui avait été désignée retentissait une tempête de piailleries féminines. Deux cents pintades n'auraient pu arriver ensemble à produire un pareil tintamarre.
Au bruit de la sonnette que Fraimoulu s'était décidé à agiter, le silence se fit tout à coup, puis un pas traînant résonna et la porte fut ouverte par un petit homme d'une quarantaine d'années.
C'était M. Camuflet en personne.
A la demande d'un entretien adressée par son visiteur, il marcha en avant pour le guider vers la pièce qui lui servait de bureau.
Sur leur passage, plus l'ombre d'une femme ! C'était à croire, pour Fraimoulu, que ses oreilles l'avaient trompé.
Seulement, l'air qu'on respirait dans le local était saturé des senteurs culinaires les plus disparates.
Le mystère du monsieur aux trois cuisinières dont il n'usait pas intriguait trop Athanase pour qu'il pût résister à son désir.
Vingt minutes après, il était devant le numéro 29 de la rue Méhul.
En somme, il avait son entrée toute faite chez ce monsieur. Il se présenterait pour parler des cloisons à changer, dont M. Grandvivier devait confier la surveillance à son ami.
-M. Camuflet est-il chez lui ? s'informa-t-il à la loge qui, en ce moment, contenait portier et portière.
Le mari regarda sa femme en demandant :
-A-t-il rompu sa laisse ?
-Non, il n'a pu encore décamper, répondit la portière.
-Au troisième, la porte en face, enseigna le concierge après cette réponse.
En arrivant sur le carré du troisième étage, Athanase hésita fort à sonner. Derrière la porte qui lui avait été désignée retentissait une tempête de piailleries féminines. Deux cents pintades n'auraient pu arriver ensemble à produire un pareil tintamarre.
Au bruit de la sonnette que Fraimoulu s'était décidé à agiter, le silence se fit tout à coup, puis un pas traînant résonna et la porte fut ouverte par un petit homme d'une quarantaine d'années.
C'était M. Camuflet en personne.
A la demande d'un entretien adressée par son visiteur, il marcha en avant pour le guider vers la pièce qui lui servait de bureau.
Sur leur passage, plus l'ombre d'une femme ! C'était à croire, pour Fraimoulu, que ses oreilles l'avaient trompé.
Seulement, l'air qu'on respirait dans le local était saturé des senteurs culinaires les plus disparates.
Cela vous prenait au nez et à la gorge et vous soulevait le coeur. Un affamé de la Méduse, en respirant ce composé étrange, aurait immédiatement perdu l'appétit.
En vingt mots, Athanase eut expliqué l'affaire des cloisons, et ce que M. Grandvivier attendait de la complaisance de M. Camuflet.
-Croyez que je surveillerai ce travail au mieux de votre intérêt commun, promit le petit homme.
Fraimoulu, qui suffoquait, avait hâte de s'en aller sans plus rien demander. Il se leva donc en disant :
-Je pars, car je crains de vous avoir dérangé au moment où vous alliez vous mettre à table.
-Ah ! oui, vous dites cela à cause de l'infection qui règne ici... En ce moment, il y a sur le feu, une soupe aux choux, une autre à la bière, et une troisième à l'oignon.
Et, après avoir ouvert une fenêtre pour faire rentrer un peu d'air respirable, Camuflet ajouta d'un ton tranquille :
-Ça empoisonne, c'est la vérité, mais ça possède aussi son bon côté.
Par ces fortes chaleurs, je n'ai pas une seule mouche ici... Elle n'y vivrait pas !
En vingt mots, Athanase eut expliqué l'affaire des cloisons, et ce que M. Grandvivier attendait de la complaisance de M. Camuflet.
-Croyez que je surveillerai ce travail au mieux de votre intérêt commun, promit le petit homme.
Fraimoulu, qui suffoquait, avait hâte de s'en aller sans plus rien demander. Il se leva donc en disant :
-Je pars, car je crains de vous avoir dérangé au moment où vous alliez vous mettre à table.
-Ah ! oui, vous dites cela à cause de l'infection qui règne ici... En ce moment, il y a sur le feu, une soupe aux choux, une autre à la bière, et une troisième à l'oignon.
Et, après avoir ouvert une fenêtre pour faire rentrer un peu d'air respirable, Camuflet ajouta d'un ton tranquille :
-Ça empoisonne, c'est la vérité, mais ça possède aussi son bon côté.
Par ces fortes chaleurs, je n'ai pas une seule mouche ici... Elle n'y vivrait pas !
Chapitre suivant : V