Un beau matin, un petit lapin décide d'aller visiter la forêt qui entoure sa maison.
Un beau matin, un petit lapin décide d’aller visiter la forêt qui entoure sa maison. Il part le nez au vent. Il marche depuis quelques minutes à peine lorsqu’il entend un grand cri, un hurlement. Il fait deux, trois bonds en arrière et se cache dans l’herbe humide, les oreilles tire bouchonnées, sa petite queue blanche ébouriffée, sa douce fourrure grise hérissée. Par Saint Jeannot, quel monstre peut faire ce bruit ? Rassemblant son courage, il sort le petit bout de son nez frémissant entre deux feuilles de trèfle et… se retrouve nez à nez avec un petit tonneau de plumes orné de deux yeux. Et quels yeux ! Enormes !
« Saint Jeannot, au secours ! » hoquette le petit lapin.
« Hou, hou, hou » rit le monstre à plumes
« hou, hou, hou ». Il se roule dans la luzerne, secoue ses plumes perlées de gouttes de rosée en riant.
« Je ne vais pas te manger, je ne digère pas le civet, lapin froussard. Mon nom est Houloulou et je suis un hibou. Chouette, non ? »
Le petit lapin secoue doucement son petit museau et sort de sa cachette. « Toi alors, tu m’as fait une belle peur. Mon nom est Lapinou. Je suis venu découvrir la forêt. »
« Peureux comme tu es ! Bon, Lapinou, je vais t’accompagner. Tu sais, tu vas rencontrer plein de personnes différentes de toi, à plumes, à poils, certaines méchantes et d’autres bonnes, mais il n’y a qu’en faisant leur connaissance que tu le sauras. Je crois que je vais venir avec toi. »
Papotant, apprenant à se connaître, ils marchent. Chemin faisant, ils font une nouvelle rencontre. Lapinou tente de maîtriser sa peur en voyant une grande bouche entourée d’un corps vert.
« Croa, croa » fait la bouche.
« Tu trembles encore, Lapinou peureux, Voici Grenouillette la grenouille. Elle a une grande bouche, elle parle beaucoup, mais elle non plus ne mange pas de lapin. »
« Hou, hou, hou, croa, croa, croa », rient les deux compères.
« C’est fini, je n’ai plus peur, ils vont voir ce qu’ils vont voir » pense Lapinou.
Les trois amis gambadent et Lapinou découvre la forêt. Les grands arbres qui veulent chatouiller le ciel, les nuages qui dansent, le souffle du vent qui lui caresse les oreilles, l’herbe verte qui lui chatouille les pattes. Ses deux nouveaux copains qui, maintenant qu’il les connaît, l’amusent beaucoup.
Tout à coup, une grosse goutte s’écrase sur son nez. Surpris, il s’arrête. Une deuxième, une troisième ! Oh la la, que se passe-t-il ?
« Vite, vite, Lapinou, il pleut » lui crie Houloulou. Ils se mettent à l’abri sous un arbre qui leur prête ses grandes feuilles pour les protéger. Lapinou écarquille ses yeux. Des milliers de gouttes tombent du ciel, elles glissent le long des feuilles, forment des petits ruisseaux, se réunissent pour inventer de jolies flaques. Tout cela avec une petite musique, flic, flac, floc…
Le soleil, qui doit en avoir assez d’être caché par un gros nuage, revient enfin. Ses rayons irisent toutes les petites gouttes qui deviennent multicolores, et brillent de mille feux. La forêt a revêtu des parures de diamants.
La pluie cessant, Grenouillette, Houloulou et Lapinou repartent en promenade. Tout à coup, un silence tombe sur la forêt. Les oiseaux perchés en haut des arbres, tout près des nuages, ne chantent plus.
Les petits animaux, si petits que Lapinou a peur de marcher dessus, disparaissent dans la terre, les copines de Grenouillette ne font plus croa, croa, dans les mares. Lapinou continue à avancer, sans voir que ses deux copains s’arrêtent brusquement. « Eh bien quoi ? Qu’avez-vous vu ? » Lapinou se retourne et voit le plus bel animal existant. Son poil roux brille, ses yeux noisettes en amande sont ourlés de longs cils, ses belles dents blanches étincellent et il a une magnifique queue blanche et rousse. Lapinou se dit que ses dents doivent être bien pointues.
« Lapinou, Lapinou, va-t-en ! » Crient Houloulou et Grenouillette, affolés.
Lapinou regarde bien en face, sans trembler le nouveau venu.
« Tu ne pars pas ? Tu n’as pas peur ? Pourtant, tu devrais. Je m’appelle Foxy, je suis un renard, et je mange du lapin. »
Lapinou ne bouge plus. Ses oreilles ne sont plus toutes droites mais baissées, sa petite queue tremble d’effroi, et une grande tristesse l’envahit.
Foxy bouge un peu et lèche sa patte avant.
« Qu’as tu ? Tu as mal ? »
« Oui. Un chasseur m’a tiré dessus. J’ai mal à la patte. »
« Je peux regarder ? J’ai vu Maman faire. »
Lapinou regarde la patte et la nettoie avec l’eau de la pluie, puis pose des feuilles pour la protéger. Foxy soulagé, s’endort.
« Lapinou, vite, il faut t’en aller maintenant » dit Houloulou qui est resté à coté pour voir.
« Non, non, il aura besoin de moi à son réveil. »
« Pour te manger, Lapin têtu »
« Non, non, pour l’aider »
« C’est un renard, croa, croa, un vrai avec des dents pas un en peluche. Il mange des lapins. Il va te croquer ! »
Houloulou et Grenouillette crient tellement qu’ils ont réveillé Foxy, qui les regarde.
« Grr, grr » grogne le renard.
Les trois copains se taisent affolés.
« Grenouille, Lapin, vous êtes fous ! Je ne vais pas manger un lapin aussi courageux et qui a sauvé ma patte. C’est fini, je ne mange plus de lapin, seulement des feuilles et des herbes, et peut-être des grenouilles et des hiboux »
Voyant Grenouillette et Houloulou terrorisés, Foxy rigole, mais rigole, couché sur le dos, secouant ses pattes. Lapinou qui a compris la blague, se moque des deux autres aussi et rit aussi fort.
« Mais non, dormez tranquille, les amis de mes amis sont mes amis. Bon et maintenant, moins de bruit, je dors. »
Dans la jolie clairière parsemée de fleurs de toutes les couleurs et d’herbe tendre, les quatre nouveaux copains font une bonne sieste sous les rayons chauds du soleil qui veille sur eux, avec le gazouillis des oiseaux et le léger chant d’un petit ruisseau.
Cette histoire est arrivée, il y a longtemps, mais si par hasard vous passez dans la clairière un après-midi, ne faites pas de bruit, Foxy, Grenouillette, Houloulou et Lapinou y font la sieste tous les jours avant de jouer ensemble.