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La galerie et la première pièce n’étaient rien en comparaison de ce qui s’offrit à eux quand ils empruntèrent le passage du fond. Des couloirs naturels immenses s’ouvrirent devant eux.
- Il y a tout un réseau, s’extasia Mily malgré l’angoisse.
- Ce sont de vieux conduits de nappes phréatiques, expliqua Domfront. Ils doivent être asséchés depuis des siècles. On a mis en place des fondations pour que ça ne s’effondre pas. C’est incroyable que tout cela ait tenu. C’est tellement ancien.
Des tunnels plus petits croisaient par endroits leur route mais se retrouvaient vite obstruées. Il ne semblait possible de suivre que le chemin principal, comme si le temps avait clos toutes possibilités de sortie. Ils avancèrent encore sur plusieurs centaines de mètres avant de parvenir à une nouvelle salle. Sa taille était beaucoup plus imposante que la première qu’ils avaient découverte. Quand l’homme de tête entra et braqua sa lumière à l’intérieur, il ne put s’empêcher de reculer de surprise.
- Mon dieu, mon dieu, marmonna Karimey à sa suite. Que voilà une découverte bien intéressante.
La grande pièce minérale était remplie par des dizaines, peut-être des centaines de cadavres. Il y en avait dans tous les coins, dans tous les sens, offrant le spectacle macabre d’un sol d’os et d’étoffes déchirées. Une impression de cendre et de catacombes montait. C’était là un de ces replis du monde dont peu d’humains osent imaginer l’existence.
Le groupe avançait toujours, mais la peur faisait serrer plus fermement les armes. Au centre de la pièce, s’élevait un promontoire, ils s’en approchèrent avec méfiance.
- C’est un puits ? suggéra Mathilde.
- Oui, regardez les gravures ! Nous sommes sur le bon chemin, ajouta Karimey qui semblait fasciné.
- Mais qui étaient ces gens tout autour, reprit la jeune femme. Pourquoi sont-ils venus mourir ici ? Vous avez vu combien il y en a ?
- Des centaines et des centaines, prononça Luc.
- Et de toutes les époques, remarqua Mathilde. Regardez là, c’est une armure romaine et là, des casques vikings et… un fusil du dix-septième ! C’est impossible.
- Ils ont tous l’air d’être des soldats, des guerriers, fit remarquer Mily. On dirait que la plupart sont morts les armes à la main.
- En effet, dit Karimey. Et si vous regardez bien, je dirais même que la plus grande partie d’entre eux est morte de sa propre main.
Ces mots les firent sursauter. Tous les regards se portèrent vers les corps. Pas de doute possible, beaucoup semblaient tendre leurs armes vers eux-mêmes. Des lames serrées par une main restaient plantées dans les étoffes du même homme et les quelques armes à feu visibles gisaient dans des postures peu compréhensibles pour des combattants. Ils s’étaient donc tués ?
- Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui a pu leur inspirer une telle terreur ?
- Vaste question, à laquelle nous n’avons pas encore la réponse princesse, trancha Karimey. Peut-être ne faut-il pas s’en plaindre d’ailleurs. Continuons.
- Vous avez vu ? Le passage descend maintenant, chuchota Mily.
Après ce moment, la tension grandit dans le groupe. Il sembla que les hommes de Karimey surtout, se méfiaient autant des prisonniers que de ce qui pourrait surgir de ces grottes. Quand un des hommes braqua son arme vers un bruit, Karimey s’en prit violemment à lui. Ils avancèrent encore de nombreuses minutes dans des galeries profondes qui prenaient souvent l’aspect de chambres de mastaba égyptien. Ils croisaient à chaque instant des cadavres enchevêtrés sur des passages pointus ou recroquevillés entre d’immenses mâchoires de rocs.
Enfin, une large ouverture en ogive se dessina en avant d’eux. Elle permettait de traverser un mur de pierres taillées qui coupait la partie basse de la galerie. Ils pressèrent le pas et entrèrent dans la nouvelle salle. Elle était vaste, aussi vaste que celle du puits et de l’armée morte. Mais elle était aussi beaucoup plus travaillée : le sol était pavé, les murs faits de pierre, il y avait même des colonnes symétriques pour soutenir la voûte élancée. Mais surtout, le mur qui faisait face au passage était uniquement composé d’une immense porte de métal noir. La surface en était damasquinée et les gravures étaient si hautes qu’elles avaient parfois la taille d’un homme tout entier.
- La porte, s’exclama Mathilde. Elle existe réellement. Alors, il n’y a pas d’impossible ?
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