Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

67

67
 
 
- Bonsoir, c’est Mathilde Amiel.
 
La grille de la clinique s’ouvrit devant la voiture et Mathilde entra au ralenti sur le parking. Elle se gara très mal et faillit glisser sur le sol gelé quand elle ferma sa portière. Il y avait un certain mouvement devant le bâtiment principal, de nombreuses voitures arrivaient ou s’éloignaient dans un ballet chaotique. Beaucoup de pensionnaires devaient rentrer dans leurs familles pour la soirée de Noël.
 
- Bonsoir, on m’a signalé un problème avec mon grand-père, monsieur Amiel.
 
- Bonsoir. Monsieur Amiel ? Euh… Je suis désolée, je ne suis pas au courant. Je… je me renseigne… un instant s’il vous plait…
 
La jeune fille qui tenait l’accueil semblait totalement dépassée par les évènements. Elle regarda Mathilde avec un sourire terrifié et se mit à consulter des fiches. Des voix mécontentes montèrent dans le hall.
 
- S’il vous plait mademoiselle, vous m’avez dit que la chambre 103 descendait tout de suite et j’attends depuis près d’un quart d’heure maintenant. Est-ce que je dois monter moi-même ?! demanda un homme replet dans le dos de Mathilde.
 
- Je vais voir, je… je me renseigne…
 
D’autres personnes impatientes commençaient à entourer le bureau et à se plaindre de tout et de rien. Mathilde fit quelques pas en arrière et se dirigea vers le visage connu d’un infirmier. Il parlait souvent d’Art avec son grand-père quand il avait encore des phases régulières de lucidité, surtout de peinture.
Par contre, elle avait oublié son nom.
 
- Bonsoir. Désolée de venir directement vers vous mais comme l’accueil à l’air un peu chargé. Est-ce que mon grand-père va bien ?
 
- Je pense, oui, répondit l’infirmier avec un sourire.
 
- C’était une crise violente ?
 
- Une crise ? Je ne sais pas. On ne m’a rien dit, remarqua-t-il avec perplexité. Vous êtes sûre qu’il a eu une crise ?
 
- Oui, on m’a appelée il y a trois quarts d’heure.
 
- C’est plutôt étonnant. J’étais pourtant dans les parages tout l’après-midi. Venez avec moi, on va vérifier.
 
L’infirmier entraîna Mathilde jusqu’à une petite salle privative. Il y entra et commença à promener son doigt sur un tableau accroché au mur en faisant des petits bruits secs avec sa langue.
 
- Amiel, Amiel… non, il n’y a rien de signalé sur une éventuelle crise ou un problème.
 
- Mais qu’est-ce qui se passe alors ? demanda Mathilde inquiète. Qu’est-ce que ça veut dire ?
 
- Allons voir votre grand-père pour vérifier. Mais ne vous en faites pas, on vous a juste fait une mauvaise blague.
 
 
L’ascenseur montait avec une lenteur exaspérante. Mathilde tentait de se dire que tout ça n’était pas grave. Qu’il ne s’agissait que d’une erreur ou d’une incompréhension. Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent soudain et elle ne put retenir un cri de surprise.
 - Vous allez bien ? lui demanda gentiment l’infirmier.
 
- Oui. Excusez-moi… je suis un peu nerveuse.
 
Mathilde suivit l’infirmier à travers le couloir, jusqu’à la chambre de son grand-père. Un agent de police était assis sur une chaise devant la porte et lisait un magazine. A la vue des deux arrivants, il se leva en rentrant son ventre et s’efforça de prendre un air sévère mais juste. Il s’agita dès l’instant où il reconnut Mathilde.
 
- Mademoiselle Amiel ! On vous cherche, vous savez. Il faut absolument que vous contactiez le commissaire Larcher, il faut…
 
- Je vais le faire tout de suite, coupa la jeune femme. Mais nous avons un problème avec mon grand-père. Quelqu’un m’a appelée pour me dire qu’il avait eu une crise. Vous savez quelque chose à propos de ça ?
 
L’agent regarda Mathilde avec des yeux qui voulaient dire « pourquoi moi ? J’étais si tranquille…».
 
- Je n’ai rien remarqué d’anormal.
 
- Le plus simple est d’aller voir, proposa l’infirmier.
 
Il frappa à la porte. Comme on ne répondait pas, il se saisit de la poignée et l’abaissa.   
 
- Monsieur Amiel ? dit-il assez bas. C’est Franck. Est-ce que tout va bien ? Je suis avec votre petite-fille.
Il poussa la porte. La lumière était éteinte, seules les fenêtres offraient un peu de clarté à la pièce. Mathilde enclencha l’interrupteur. Il n’y avait personne dans la chambre qui se révéla. Le lit était fait, le bureau rangé. Tout était impeccable.
 
- Mais où est-il ? Où est mon grand-père ?! interrogea la jeune femme prise de panique.
 
- Je vais demander dehors, répliqua l’infirmier.
 
A tout hasard, Mathilde se précipita vers la salle de bain. La pièce était tout aussi vide que la chambre. La jeune fille commençait à sentir son cœur qui s’emballait. L’agent de police restait au milieu de la chambre, l’air hagard.
 
- Mademoiselle Amiel ? demanda l’infirmier en revenant dans la pièce.
 
- Oui, je suis dans la salle de bain. Alors ? Vous savez où il est ?
 
- Non. Personne de votre famille n’aurait pu passer le prendre dans l’après-midi ?
 
- Absolument pas !
 
- Bon. Attendez-moi ici, je vais prendre des renseignements en bas. Je… on va forcément le trouver.
 
- Je vous accompagne, articula le policier. Je dois tout de suite prévenir…
 
Et sans finir sa phrase, il s’élança à la suite de l’infirmier et fila jusqu’à l’escalier, laissant Mathilde seule. Une forte envie de vomir avait envahi la jeune femme. Une panique absolue montait en elle. Soudain, il lui sembla voir un reflet au-dehors.
Elle s’approcha d’une des fenêtres. La nuit était étrange, parsemée de brumes et de nuages. La tête lui tournait un peu. La chambre lui parut tout à coup bouger autour de ses yeux. Ca n’allait pas. Il y avait un goût qui grandissait dans sa bouche et dans ses narines. Elle baissa les yeux et put voir un large flacon ouvert. Immédiatement elle tenta de reculer. Mais elle fut incapable de bouger car une poigne violente la bloqua au-dessus des effluves. Elle tenta de se débattre mais la prise était trop ferme et ses forces disparaissaient très vite. Elle se mit soudain à trembler alors qu’elle perdait conscience. Son dernier éclair de perception lui fit entrevoir une ombre immense qui se penchait sur elle et la couvrait de nuit.
 

Chapitre suivant : 68