Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Il n’était pas facile de trouver des vêtements dans le petit supermarché d’autoroute mais Domfront put tout de même dénicher de quoi se changer. Il ressemblait à un touriste mais au moins il n’était plus gelé. L’eau chaude sur son visage et un rasage rapide lui firent également beaucoup de bien. Son esprit n’était plus qu’un intense champ de bataille où chaque morceau d’histoire explosait sans cesse. Il s’interdit de trop penser à ce que lui avait appris Line avant d’être tout à fait rétabli et finit par la rejoindre dans la salle du self-service.
 
- Vous avez meilleure mine, lui dit-elle sur un ton qui tranchait avec sa retenue précédente. Vous voulez manger quelque chose ?
 
Un peu surpris, Domfront déclina l’offre et se contenta de prendre un café. Il aurait voulu dormir un an. Deux, s’il avait été sûr de ne pas faire de rêves. Ils ne parlèrent d’abord pas beaucoup. Sous les nouveaux airs de sûreté de Line, on voyait parfois filtrer des signes d’angoisse profonde que la jeune fille tentait de dissimuler derrière un sourire. Domfront lui, était gêné par la fièvre et sa respiration lui était douloureuse. Mais il apprécia ces instants d’apparente normalité, même s’il ne relâcha jamais tout à fait sa garde. 
 
 - Vous pensez qu’on va s’en sortir, demanda finalement Line en terminant son plat.
 
- Tout dépend ce qu’on appelle s’en sortir, je pense.
- Vivre. Vous croyez qu’ils vont nous tuer ?
 
- Je ne sais pas mais je vois mal quelqu’un comme Marient prendre tous les risques pour nous supprimer sans y être obliger. Il a eu une occasion ce matin, il a tenté sa chance. Pour le reste, je ne comprends pas son jeu.
 
- Qu’est-ce que je dois faire alors ?
 
Domfront tourna le regard vers Line. A cet instant, elle paraissait vraiment une innocente et naïve jeune lycéenne. Le tableau était trop beau et tout l’esprit de Luc lui cria de faire bien attention.
 
- Vous connaissez plus de truands que moi, vous trouverez bien, finit-il par répondre.
 
- Vous vous trompez sur moi, répliqua la jeune fille qui ne souriait plus.
 
- Je vous le souhaite, sincèrement.
 
- J’aime Vincent, je veux être auprès de lui.
 
- Oh, pitié…!
 
- Mais c’est la vérité, moi aussi je veux sauver Vincent ! Dampierre a fait pression sur moi grâce à des…
 
- Ecoutez, je vais être clair, prononça lentement Domfront. Un, je me fous de vos histoires. Deux, je me fous de vous. Vous m’avez sauvé et je vous en remercie, j’oublie les petits reproches que j’avais à vous faire et ma forte envie de vous frapper bien au milieu du visage. Mais pour le reste… je ne vous dois rien. Trois, savez-vous où est Vincent ?
- Non, il m’a juste dit qu’il était parti rejoindre Dampierre en Normandie comme je vous l’ai dit.
 
- Avez-vous déjà vu la marque que j’ai sur la joue ? demanda Domfront en tournant la tête.
 
- Je ne crois pas, répondit Line surprise de la question.
 
- Vous connaissez le nom de Nauville ? Jehan de Nauville ?
 
- Non, je ne l’ai jamais entendu.
 
- Et celui d’une opération qui porterait le nom de code « Fenrir » ?
 
- Je ne sais rien, je vous l’ai dit, affirma la jeune fille.
 
- Alors comment vous êtes vous retrouvée à travailler pour Marient ?
 
- Je ne travaille pas pour lui. Il m’utilise comme lien avec ceux qui pourraient connaître Vincent.
 
- Il vous paie pour ça ou vous le faites juste pour rigoler un peu ? demanda Domfront.
 
- Arrêtez de croire que je suis une sorte de monstre ! J’ai un fils Luc, il a trois ans. Ils sont venus me voir au début de la semaine quand je le récupérais à la sortie de l’école.
 
- Vous auriez pu aller voir la police.
 
- Oui, dit-elle avec agacement. J’aurais aussi pu trancher moi-même la gorge de mon fils.
- Vous auriez aussi pu me dire la vérité quand nous nous sommes rencontrés.
 
Line baissa la tête comme une fillette prise en faute. Mais ses yeux brûlaient toujours d’un éclat de colère et Luc demeurait méfiant devant ce que lui disait la jeune fille.
 
- Vous savez pourquoi Marient cherche Vincent ? reprit Domfront.
 
- Dampierre l’a floué dans une affaire. Il croit que Vincent porte une part de responsabilité.   
 
- Est-ce que vous avez entendu parler d’un certain Amiel ? Jérôme Amiel ?
 
- Non, désolée.
 
- Et vos nouveaux amis vous ont dit s’ils ont tué Dampierre ?
 
- Ils ne m’ont pas parlé de ça. Mais quelque chose est bizarre : ils connaissaient sa mort avant la police.
 
- Avant que je parte en Normandie ? demanda Domfront, surpris.
 
- Oui.
 
- Vous voulez dire que vous saviez déjà que Dampierre était mort avant que je quitte Paris ? dit-il avec vigueur.
 
- Oui, admit-elle entre ses lèvres.
 
- Et vous prétendez aimer Vincent ? s’emporta Luc. Qu’est-ce que vous pensiez qu’ils lui feraient une fois qu’ils auraient mis la main dessus ?
- Dès le début, Marient m’a juré qu’il ne lui arriverait rien, se justifia-t-elle.
 
- Vous avez vu Marient ? Ou ça ?
 
- A Paris. Il est passé à mon appartement.
 
Luc était abasourdi. La toile était donc déjà en place avant même qu’il ne fasse le premier pas !
 
- Quand est-il venu vous voir ? demanda-t-il.
 
- Je me rappelle plus très bien. Après le départ de Vincent. Mais quelle importance ?
 
- Marient a pris le risque de venir en France en personne ! dit Domfront tant pour elle que pour lui-même.
 
- Oui, je vous le jure.
 
Ca ne s’accordait pas avec la situation. Mais pourquoi Line mentirait-elle sur ce point ? Non, elle disait vrai. Marient était venu. Ce ne devait donc pas être une simple affaire de marchandise comme il l’avait prétendu dans son repaire de Suisse. Marient avait tout suivi depuis l’arrivée de Luc, il s’était mis en danger de mort en terrain découvert. Il était sorti de sa montagne comme le dragon de la fable.   
 
- Et cette lettre dont vous m’avez parlé au téléphone, elle existe ou pas ? demanda-t-il.
 
- Je vous ai dit ce que j’avais vu. Pour donner le change…
 
- Vincent vous avait parlé de nos parents ?
- Très peu. Il avait du mal à se souvenir d’eux sereinement. Vous croyez que cette lettre aurait un rapport avec eux ?
 
- Vim était le surnom que notre père donnait à Vincent.
 
- Et votre père pourrait être en vie ? interrogea-t-elle avec une candeur qui exaspéra Luc.
 
- Non.
 
Ils se taisèrent. Luc se sentait fiévreux. Toujours cette impression que tout ce qu’il apprenait le poussait vers un seul et même point. Un point dont il ne voulait pas franchir le seuil. Il finit par se lever.
 
- Ne bougez pas. Je vais voir si je peux prendre quelques informations. Je reviens tout de suite.
 

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