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On avait un peu tiré les rideaux, mais les crêtes neigeuses étaient encore bien visibles par les larges fenêtres. Le silence régnait dans la chambre et une certaine torpeur occupait l’espace. Les radiateurs chauffaient à plein. Philip Marient était assis au bord du lit, les yeux perdus dans les lueurs des bougies qu’on avait allumées sur le chevet. Son visage remuait parfois dans un soubresaut incontrôlé mais le reste de son corps ne bougeait plus depuis de longues minutes déjà. C’était à peine s’il respirait. C’était à peine s’il était là. Tant de choses lui revenaient en tête. Tant d’images et d’impressions. Des lieux et des saveurs, des gens et des lumières. Des sons et des voix, aussi. Alors cela se pouvait ? Cela était en train d’arriver ? Il était déjà trop tard pour faire marche arrière, il lui faudrait le vivre. Et rien ne pourrait plus jamais être comme il l’avait rêvé. Tout était perdu. Tout.
Un pas étouffé se fit entendre de l’autre côté de la porte, dans le couloir. Après un instant, quelqu’un frappa avec douceur. Le vieil homme resta immobile, comme s’il était à un autre endroit, à un autre moment. La lumière des mèches brûlantes donnait à ses yeux des reflets d’or. Une voix monta derrière la porte.
- Monsieur ? Veuillez excuser mon insistance, mais nous avons des nouvelles… urgentes.
Le visage de Marient n’exprima aucune émotion, aucune réaction. Il semblait toujours écrasé par l’inertie. Pourtant, avec une raideur d’automate, il releva peu à peu la tête et la tourna vers la porte.
Après avoir avalé sa salive, il demanda d’une voix blanche à l’homme d’entrer. Celui-ci poussa la porte et avança en se faisant le plus petit possible malgré sa carrure massive. Il s’approcha de Marient et se baissa vers lui avec humilité.
- Il est encore en vie, monsieur. La fille est intervenue. Les hommes se sont laissés surprendre, chuchota-t-il.
Marient restait figé mais, en étant très attentif, on pouvait voir tressaillir le coin d’une de ses paupières. Il serra soudain les dents et entreprit de se lever. L’homme l’y aida en lui tenant le bras. Sans un mot, Marient marcha lentement vers un petit secrétaire en bois précieux qui se trouvait à l’opposé. Il se saisit d’une canne qui reposait contre un de pieds du meuble puis il revint vers le lit. Il resta un instant immobile à fixer les flammes des bougies, de nouveau comme envoûté par les volutes. Et puis soudain, dans un geste d’une violence inouïe, il frappa à toute force l’homme de sa canne. Celui-ci, stupéfait par la haine du coup, tomba à genoux. Marient leva de nouveau la canne et frappa aux côtés et aux jambes. L’homme hurla de douleur et tenta de se mettre debout. Mais le vieil homme frappa plus vite et plus fort. Son visage était envahi par un rictus d’effroi. Ses doigts maigres se crispaient sur le pommeau de la canne en prenant l’aspect d’une serre.
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