Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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La voiture conduite par les hommes de Marient passa facilement la frontière et déposa Domfront sur le parking de la gare d’Annemasse. Il n’avait même pas eu à indiquer l’endroit, ses chaperons savaient exactement où se trouvait la berline. Ils disparurent ensuite très vite, sans le moindre mot, alors que le temps commençait à se gâter. Une neige légère tombait en petits flocons. Domfront frissonna en rejoignant le véhicule, il allait vraiment falloir qu’il trouve des vêtements plus chauds s’il voulait continuer à avancer dans ce temps. Alors qu’il glissait la main dans sa poche pour prendre les clefs de la voiture, il sentit le contact de billets neufs. Les hommes de Marient lui avaient repris les cartes et les papiers trouvés dans le coffre mais lui avaient laissé l’argent liquide.
 
- La dernière cigarette du condamné, pensa Domfront.
 
Il enleva la contravention qui ornait le pare-brise en ayant une pensée rapide pour le père de Mily puis il s’installa à bord. Ce retour était la dernière ligne. Une image de combat sur une montagne lui vînt en tête. Peut-être commençait-il à entrevoir son Ragnarok.
 
 
Grâce au service de guidage satellite de la voiture, Domfront avait pu éviter les énormes embouteillages aux abords des stations de sport d’hiver. Il avait laissé l’autoroute dans sa partie la plus fréquentée et choisit de faire un petit détour par des routes secondaires bordées de lacs. Il roulait depuis près de deux heures et pourrait bientôt rejoindre les grands axes avant de foncer vers le Nord-Ouest.
Sans cesse, tout en essayant de ne pas se perdre, il faisait le point sur ce qu’il avait pu apprendre.
 
- D’abord, ce n’est pas Marient qui a tué Dampierre. Ce n’était visiblement pas son intérêt. Marient est un homme puissant qui peut obtenir ce qu’il veut par d’autres moyens. L’argent par exemple. Non, c’est autre chose. Mais qui alors ? Sûrement la même personne que celle qui a tué l’infirmière.
 
Domfront se forçait à ne pas penser que ce puisse être Vincent. C’était la seule chose à laquelle il pouvait encore se raccrocher : son frère n’y était pour rien. Rien. Rien ! La route suivait maintenant une pente escarpée. Les virages succédaient aux virages, et Domfront devait retenir la voiture pour qu’elle n’aille pas trop vite. La neige avait cédé la place à une brume froide.
 
- Dampierre a attiré Vincent. Mais pourquoi ? On bute toujours à ce niveau. Vincent est linguiste. Il pourrait avoir eu besoin de lui. Le fait que toute l’histoire se déroule près de
la Heurtene pouvait pas être un hasard, c’est inimaginable. Tout est lié à ce sang de l’Ogre. Dampierre a donc dû amener Vincent dans un but bien précis. Pour atteindre ce qu’avaient touché les Nauville ? Etait-ce vraiment cela que Marient avait acheté ? Le trésor ? Non. Marient ne correspond pas. Du moins, ce qu’il m’a dit ne correspond pas. Marient semble être là sur un autre niveau, comme un parasite. La véritable affaire lui est totalement étrangère. Pourtant il connaissait ce terme de « sang de l’Ogre ». Mais alors quel est le sens de tout ça ? Qui a tué le notaire en lui coupant la gorge ? Et où est Vincent ? Il y a forcément quelque chose d’autre.
Soudain, une petite explosion se fit entendre. Domfront crut d’abord qu’on lui avait tiré dessus. Mais il comprit bientôt que ce n’était pas le cas : l’explosion s’était produite sous la voiture. De la fumée s’échappait le long des flancs du véhicule.
 
- Et merde…
 
Les pressions sur les pédales de la voiture n’avaient plus le moindre effet. Ni frein, ni accélération, ni embrayage. Domfront n’eut pas plus de succès avec le frein à main. A présent en roue libre, le véhicule filait à toute allure dans la descente, de plus en plus vite. Domfront tentait tant bien que mal d’éviter la paroi rocheuse et le fossé dans le tonnerre de klaxons des voitures qu’il doublait. Il y avait peu de circulation mais il frôla tout de même deux camions dans de grands bruits de frottements de métal.
 
- Ils n’ont pas pu programmer à l’avance la détonation pour un endroit précis, donc ils doivent me suivre, et de près. Mais pourquoi ? Quel est leur intérêt de me tuer maintenant, après m’avoir laissé partir ? A moins que ce ne soit pas Marient…
 
L’élan l’emportait toujours. Le véhicule avait pris trop de vitesse pour être contrôlé. La seule chance de Domfront était de le faire quitter la route et de glisser sur un terrain mou pour qu’il ralentisse. Au sortir d’un virage très serré, la pente devenait un peu plus douce et il tenta un grand coup de volant vers la droite, où s’étendait une plaine d’herbe gelée. Après une glissade, la voiture ripa contre un talus avant de retomber sur ses roues. Mais, toujours poussée par la force d’inertie, elle continua sa route sur une plaque de pierres verglacées avant de faire une chute de quelques mètres dans un lac.
Elle disparut tout à fait sous les eaux en moins de trente secondes.   
 

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