Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Le jour se levait peu à peu, l’air était devenu encore plus froid à mesure que Domfront s’aventurait dans les Alpes. Il longeait à présent la frontière suisse par le Sud, en direction d’Annemasse. Pas question en effet de tenter de quitter la France à bord de cette voiture. Un simple hasard, et un coup de fil soupçonneux des douaniers au propriétaire inscrit sur la carte grise du véhicule, suffiraient à tout mettre par terre. Il fallait donc se garer en France et se rendre dans le centre de Genève par les transports en commun, au pire avec un taxi. Dans ce cas rien à craindre, même s’il était contrôlé. Il se rangea donc sur le parking de la gare et s’assit à un arrêt de bus, près d’une dame tenant un schnauzer noir en laisse. Il regrettait amèrement de ne pas avoir pu prendre des vêtements plus chauds, mais le reste de ses affaires étaient encore à l’hôtel Norois ou bien déjà dans un stock de la police à Rouen. Le bus arriva quelques minutes plus tard. Il ne fallut que quatre kilomètres pour arriver à la frontière. Contre toute attente, les douaniers se contentèrent de jeter un rapide coup d’œil à travers les vitres sans entrer dans l’autobus. Quelques kilomètres encore et Domfront put enfin descendre dans la Grand’Rue de la capitale cantonale. Il n’était que 8h30. Encore une heure avant l’ouverture de la banque. Domfront choisit de s’installer dans la chaleur d’une brasserie et prit le temps de commander un petit-déjeuner.       
 
 
La banque ACT occupait un immeuble discret du centre de Genève. Comme toutes les banques d’importance, elle ne possédait aucune devanture voyante. Suivant la géographie d’un ryad, une porte d’entrée quelconque s’ouvrait sur un imposant hall de marbre et de verre. Domfront se dirigea sans hésitation vers l’immense guichet d’accueil qui occupait le centre de la pièce. Une jeune femme directement issue des pages d’un catalogue de vêtements de luxe lui fit comprendre, d’un geste et d’un sourire, qu’elle était sur le point de mettre un terme à la discussion téléphonique qui l’occupait dans l’immédiat. Elle finit par raccrocher et se tourna vers Domfront quelques secondes plus tard.
 
- Bonjour, je vous prie de bien vouloir m’excuser pour cette attente. Que puis-je pour vous monsieur ?
 
- J’aimerais accéder à mon coffre. Voilà sa référence, dit-il en présenta une copie du code.
 
- Puis-je vous demander votre clef, s’il vous plait ?
 
- Bien sûr. La voici, dit Luc après l’avoir ôtée de son cou.
 
- Très bien monsieur, si vous voulez bien patienter un instant. Je préviens tout de suite monsieur Schloss.
 
Domfront ne s’assit pas sur le fauteuil qui lui fut offert et resta debout en attendant. Le hall de la banque était surmonté d’un dôme de verre et de métal du plus bel effet. Pas de doute, Marient savait mettre le prix pour impressionner ses clients.
- Bonjour monsieur, je suis Ernst Schloss, chargé de la sécurité des coffres de dépôt, dit soudain un homme énergique aux allures de maître d’hôtel. Je serais ravi de vous accompagner jusqu’à la salle des coffres privés. Si vous voulez bien me suivre.
 
Luc Domfront suivit Schloss jusqu’à un ascenseur tout de bois exotique, comme on ne peut en voir que dans les immeubles anciens les plus cossus. A aucun moment on avait posé la moindre question à Domfront. On ne lui avait même pas demandé son nom. Il aurait pu être n’importe qui. « Pas étonnant que les banques de ce pays soient si réputées », pensa-t-il alors qu’il suivait le chef de la sécurité hors de l’ascenseur.      
 
- La salle des coffres privés est sur notre droite, derrière cette grille, lui expliqua Schloss en tournant une clef.
 
Les deux hommes entrèrent dans une grande salle dont les murs étaient composés de coffres numérotés. Il y en avait plusieurs centaines, peut-être même plusieurs milliers. Schloss referma la grille après qu’ils fussent entrés.
 
- La sécurité centrale a pu désactiver votre coffre, il doit à présent être possible de l’extraire du bloc, commenta Schloss.
 
Domfront fut soudain pris d’une angoisse car le numéro du coffre ne lui était pas resté en mémoire. A son grand soulagement, le chargé de sécurité se dirigea de lui-même vers un emplacement et l’ouvrit avec un passe magnétique qu’il portait à sa ceinture. La façade de l’emplacement pivota et Schloss en sortit un cube de métal gris mesurant prés de trente centimètres de côté.
- Les cabines sécurisées sont par là, monsieur. Ce sont les seuls endroits de la banque qui ne soient pas sous surveillance vidéo. Je vous attends ici. Prenez tout le temps qu’il vous faudra et n’hésitez pas à m’appeler quand vous aurez terminé pour que je remette le coffre en place.
 
Domfront le remercia et entra dans une des petites salles en portant la boite. Il referma la porte. La pièce ressemblait à une grande cabine d’essayage dans laquelle on aurait installé une table et une chaise et tapissé les murs avec des coussins. Contrairement à ce qu’il avait imaginé, c’est avec un très grand calme qu’il introduisit la clef dans la serrure de la boite. Il y eut un cliquetis métallique. Puis Domfront leva la partie supérieure du compartiment. A l’intérieur, il y avait trois sachets plastiques transparents. Le premier contenait deux grosses liasses de billets à l’effigie de Benjamin Franklin. Le second quatre cartes de crédit et les références de six comptes bancaires où avaient été déposés près de cinq millions d’euros. Enfin, le troisième sachet révélait un passeport et un permis de conduire suisses, qui semblaient tout à fait en règle, émis au nom d’un certain Jean-Paul Lemaitre et portant des photos de Martin Dampierre.
 
 
Luc Domfront resta quelques instants sans réaction. Il ne s’attendait pas à ce genre de découverte mais, à bien y réfléchir, ce n’était pas si surprenant.
 
- Ce qui est certain, c’est qu’à présent les choses vont empirer, pensa-t-il.
Avec rapidité, il glissa les « vrais faux » papiers, les cartes de crédit et les rapports bancaires dans sa poche. Il laissa la majeure partie de l’argent liquide dans le coffre, n’en prenant qu’une petite part. Ce n’était pas la peine de provoquer les soupçons. Au moins, s’il devait voir la police, il avait dans la poche de quoi argumenter. Et le soulagement avait été grand de ne pas trouver de papiers préparés pour son frère. C’était la preuve qui lui manquait pour être tout à fait sûr que Vincent n’avait rien à voir avec le pacte conclu par Dampierre. Mais alors, quel était son rôle ? Comment avait-il eu la référence de ce coffre ? Domfront referma le compartiment métallique et sortit de la cabine. Après que Schloss eut replacé le coffre, il le suivit par le même chemin qu’à l’aller. Mais il comprit que quelque chose avait changé quand on lui proposa de sortir par une autre porte que la principale. Ce n’était pas une surprise, on allait le cueillir comme un fruit mûr. Inutile de courir, inutile de fuir. Alors qu’il franchissait un couloir, trois hommes aux physiques de lutteurs et aux costumes de vigiles se dirigèrent vers lui. Le plus lourd des trois s’avança. Le sourire qu’il tentait de tracer sur ses lèvres avec obstination lui donnait un air encore plus terrifiant.
 
- Monsieur Domfront ? Auriez-vous l’obligeance de nous suivre, s’il vous plaît ? Monsieur Marient aimerait beaucoup avoir le plaisir de vous rencontrer.
 
- J’imagine qu’il serait mal venu de refuser ?
- Comme vous dites.      
 

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