Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Table des matières
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Le « nouveau domaine du Maulévrier » était un ensemble de petits immeubles des années soixante-dix dominant la ville du Trait. L’impression malsaine d’être observée courut autour de Mathilde quand elle descendit de sa voiture et traversa le parking de la résidence. La silhouette qui lui avait murmuré des menaces le long du cou lui revint en mémoire et elle frissonna en pressant le pas. Blottie contre la forêt, elle put facilement trouver la résidence de la Brétèche. Les Ercan habitaient au troisième étage. Elle passa le hall vieillot du bâtiment et monta rapidement les marches pour parvenir à un couloir aux teintes de crépi beige. Sur le seuil de l’appartement de la famille Ercan, elle prit une inspiration profonde. La porte s’ouvrit soudain alors qu’elle se recoiffait machinalement de la main. Une jeune femme élégante âgée d’une trentaine d’année sursauta, très surprise de trouver quelqu’un devant chez elle.
 
- Euh… bonjour, je cherche madame Ercan, bafouilla Mathilde.
 
- C’est moi. Que puis-je pour vous ?
 
Mathilde restait confuse devant l’âge de la jeune femme. Elle décida de mentir sur son identité, instinctivement elle donna le nom de sa mère.
 
- Je m’appelle Mathilde Levasseur. J’aimerais vous parlez de Slimane Ercan…
 
La jeune femme la regarda avec des yeux soudain plus méfiants.
- C’est encore pour l’enquête de police ? demanda la jeune femme sur un ton agacé.
 
- Non, je suis journaliste. La police est venue vous voir ?
 
- Elle est venue. Et nous n’avons rien à dire, nous ne savons rien de plus.
 
- J’aimerais juste vous parler de Slimane. Je vous en prie. Ca ne sera pas long.
 
Etrangement, Mathilde sentit que la vision du pansement sur son nez agissait positivement sur la jeune femme. Ses blessures lui servaient au moins à quelque chose. Une voix féminine s’éleva soudain dans l’appartement. Mathilde ne comprit pas le sens des mots prononcés, mais il semblait évident qu’on demandait ce qui se passait sur le seuil. La jeune femme lui fit signe de patienter et ajouta :
 
- Attendez un instant. Je m’appelle Nadiye, Slimane était mon frère. Je vais aller prévenir ma mère. Je reviens.
 
Et sur ces mots, Nadiye disparut en refermant la porte derrière elle. Mathilde n’entendit que quelques murmures. Elle sentait le rythme de son cœur s’accélérer. Il fallait vite reprendre le contrôle des choses. La porte finit par se rouvrir sur le visage de la jeune femme. Elle avait gardé un air buté qui démentait son visage aimable.
 
- Entrez. Vous aimez le thé ? demanda-t-elle avec une certaine brusquerie.
 
- Bien sûr.
Mathilde suivit Nadiye dans un salon aux couleurs chatoyantes où une femme à l’allure très digne était assise devant une table basse. Elle portait un immense châle et ses cheveux étaient retenus par une étoffe verte.
 
- Asseyez-vous, dit Nadiye Ercan. J’avais débarrassé en partant, mais je vous apporte quelques sucreries…
 
- Je ne voudrais pas vous déranger, répondit Mathilde soudain gênée. Je peux repasser plus tard si vous devez partir.       
 
- Ne vous inquiétez pas. Je vous présente ma mère. Maman, voilà mademoiselle Levasseur, elle est journaliste.
 
Madame Ercan fit un signe de tête en direction de Mathilde qui s’assit en face d’elle. Nadiye revint bientôt de la cuisine en portant un plateau de petits gâteaux.
 
- Je vous remercie beaucoup, dit Mathilde. Je ne vais pas vous ennuyer très longtemps. Je fais des recherches sur les évènements de 1985. Je voudrais savoir si Slimane vous avait parlé du chantier où il travaillait. Savait-il quel en était le but exact ?
 
Les deux femmes échangèrent un bref regard. Ce fut Nadiye qui parla.
 
- Excusez-nous mademoiselle mais pourquoi au juste venez-vous nous voir ?
 
- Je vous l’ai dit, pour avoir des précisions. Je cherche à comprendre ce qui s’est réellement passé lors de cette nuit.
- Mais dans quel but ? insista Nadiye avec un air de soupçon.
 
- Simplement pour connaître la vérité.
 
- Et vous avez déjà une idée, j’imagine ?
 
- Non… je ne comprends pas, répondit Mathilde de plus en plus mal-à-l’aise face à l’attitude inquisitrice de la jeune femme.
 
- Ecoutez, mademoiselle, autant être claire : beaucoup de choses ont été dites sur mon frère. J’étais petite mais je m’en souviens encore. Certains n’ont pas hésité à se demander ce que faisait un jeune turc au milieu de tout ce beau monde ! Mon frère n’a jamais rien eu à voir avec l’incendie, si vous voulez insinuer que c’est lui qui a pu…
 
- Mais pas du tout ! Je vous jure que non ! dit Mathilde en ouvrant les mains. Je me demande seulement ce qui s’est passé. Je crois que l’incendie pourrait être lié aux recherches qui étaient menées par cette équipe. En fait, je n’ai encore rien trouvé de précis. C’est pour ça que je mène cette enquête. J’ai vu tous les proches des victimes qui vivent encore dans la région. Pour l’instant je n’ai rien de concluant. Peut-être  pouvez-vous m’aider ?
 
Nadiye se pencha vers sa mère et les deux femmes échangèrent des paroles à voix basses. Elle releva finalement la tête vers Mathilde.
 
- Slimane ne travaillait pas sur le chantier. Il n’avait rien à voir avec ces fouilles.
- Mais alors qu’est-ce qu’il faisait là ? demanda Mathilde avec surprise.
 
- Nous n’avons jamais vraiment su. Ce soir-là, il devait travailler à cinq ou six kilomètres d’ici, à Saint-Paër.
 
- Et quel était son travail ?
 
- Il était chauffeur. Enfin, disons qu’il donnait des coups de main. Ce soir-là, il a dit qu’il partait pour un transport.
 
- Un transport ?
 
- Oui. On lui donnait souvent un peu d’argent pour aller chercher du matériel débarqué à Dieppe, au Havre ou en bord de Seine. Il devait le remonter sur Rouen ou ailleurs.
 
- Vous savez qui l’employait à cette époque ?
 
- Il travaillait un peu partout pour des contrats très courts. A ce moment-là, il avait trouvé un engagement par un organisme qui aidait les gens en difficulté. Il faisait aussi des petits travaux pour eux. Il ne touchait pas beaucoup mais, quand tout le monde vous claque la porte au nez, c’est mieux que rien.
 
- Est-ce que cet organisme dont vous parlez ne s’appelait pas le « vieux mur » ? demanda Mathilde.
 
Nadiye se pencha vers sa mère.
 
- Je ne sais pas, répondit-elle finalement. Si nous l’avons su, nous l’avons oublié.
 
- Et vous ne savez pas comment Slimane a pu se retrouver à la Heurte ce soir-là ?
- Visiblement, il y était pour apporter quelque chose à quelqu’un. Il avait reçu un coup de téléphone. C’est ce qu’a conclu l’enquête de police.
 
- Et vous y croyez ? demanda Mathilde.
 
- Je ne comprends pas ? répondit Nadiye en jetant de rapides coups d’œil à sa mère. Pourquoi ne devrait-on pas y croire ?
 
Mathilde réfléchit un instant et se décida à révéler ce qui lui brûlait les lèvres. Elle prit bien garde à sa formulation.
 
- Je pense que les victimes de la Heurte ont pu être assassinés. Le feu n’était peut-être pas un accident.
 
- Quoi ? Mais qu’est-ce que vous racontez ! s’emporta Nadiye. C’est pour nous dire ça que vous êtes venue nous trouver ? C’est ça la raison de votre « intérêt » ? Je ne sais pas pour quel torchon vous travaillez, mais vous pouvez prendre votre manteau et allez vous faire…
 
- Arrête Nadiye !
 
La jeune femme se tourna vers sa mère, le regard consterné.
 
- Mais maman ! Tu ne vas pas écouter ce qu’elle dit ! C’est…
 
- Laisse-moi parler.
 
La vieille dame offrit un sourire tendu à Mathilde et commença à s’exprimer d’un ton mal assuré.
 
- Veuillez excuser mademoiselle, je ne parle pas très bien français. Même avec les années, ce n’est pas beaucoup mieux. Je vais parler lentement. Ma fille va m’aider.
Je comprends ta colère Nadiye, poursuivit-elle en se tournant vers sa fille, mais ce qu’elle dit n’est peut-être pas fou. Il y a des choses… qui n’auraient pas dû être.
 
 
Nadiye s’était tue. Elle regardait sa mère avec des yeux exorbités. Mathilde observait en silence.
 
- Je n’ai jamais parlé de cela, reprit madame Ercan. Mais aujourd’hui, avec la police et cette jeune femme, c’est peut-être un signe. En fait, je pensais que quelqu’un viendrait. Pour nous faire du mal. Je l’ai souvent vu en rêve.
 
- Vous faire du mal, madame Ercan ? demanda Mathilde. Pourquoi dites-vous ça ? On vous a déjà menacée ?
 
- Je vais vous dire ce que je sais, mademoiselle. Après l’incendie, mon mari a failli devenir fou. Slimane était notre unique fils, vous comprenez. Et Nadiye n’était encore qu’une petite fille.
 
- Tu n’as pas à lui raconter notre vie, maman. Elle n’est personne ! S’il y a des choses à dire, il faut les dire à la police !
 
- Calme-toi, je te raconte à toi aussi car tu ne sais pas. Alors écoute-moi.
 
Elle posa sa main sur le poignet de sa fille et murmura quelques mots dans sa langue natale.
 
- Mon mari n’a pas accepté cette mort, reprit-elle. Il a tout essayé pour comprendre ce qui s’était passé. Très vite, il a pensé qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas et puis... quelque chose d’autre s’est passé à ce moment. Plusieurs jeunes du quartier ont disparu. Trois ou quatre. Je ne sais plus exactement.
Ils étaient un peu comme Slimane : solides, prêts à travailler mais pas de diplôme, pas de travail. Comme il y a eu des problèmes de drogue ici, les gendarmes disaient que les disparus étaient retournés en Turquie pour se cacher. C’est idiot, personne ne pouvait croire qu’ils étaient des…
 
 
Hésitante quant au terme approprié, Madame Ercan se tourna vers sa fille et articula le mot à traduire.
 
- Trafiquants, souffla Nadiye, crispée.
 
- Trafiquants. Le quartier n’est pas le paradis mais il n’est pas non plus mauvais. La vie vraiment difficile, je l’ai vécue dans les vallées quand j’étais petite fille. Ici les gens vivent au calme depuis trente ans. Avec la fermeture des chantiers navals, les choses étaient plus difficiles. Beaucoup de gens sont partis en Allemagne ou en Méditerranée. Mais on s’arrange.
 
La vieille femme venait de faire un véritable effort en parlant si longtemps en français. Elle reprenait son souffle ce qui creusait plus encore ses joues ridées.
 
- Et ils auraient disparu ce jour-là ? demanda Mathilde. Tous ?
 
- Excusez-moi, je parlerai plus vite si Nadiye traduit…
 
Madame Ercan parlait en effet beaucoup plus vite dans sa langue natale et sa fille traduisit souvent des morceaux de phrases et des mots à partir de cet instant. Son premier agacement passé, elle semblait aussi surprise que captivée par le récit de sa mère.
- En fait, ils étaient partis pour des travaux de rénovation en bord de mer, la semaine d’avant. Eux aussi travaillaient assez souvent pour cet organisme, ils ne sont jamais rentrés. Ils étaient bien allés sur le chantier et en étaient repartis par le train deux jours avant ce qui est arrivé à la Heurte.
 
- Vous semblez bien renseignée, vous avez fait des recherches ?
 
- A l’époque mon mari a essayé, mais personne ne l’a aidé et ça n’a jamais été très loin.
 
En traduisant cette réponse de la bouche de sa mère, Nadiye sembla encore plus troublée. Ses yeux commencèrent à briller. Elle se tourna vivement vers sa mère mais ne dit rien.
 
- Peut-être pourrais-je parler à votre mari ? Quand rentre-t-il ? demanda Mathilde qui sentait enfin un chemin se dessiner devant elle.
 
- Mon père est mort il y a quinze ans, répondit Nadiye d’une voix blanche.
 
- Je ne savais pas, j’aurais dû comprendre, pardon... Je suis sincèrement désolée.
 
Encore une grille. Mathilde réfléchit un instant et se décida à poser la question qui lui trottait en tête. Il ne pouvait y avoir tant de hasards. Se tournant vers madame Ercan, elle prit une fois de plus garde à sa formulation.
 
- Est-ce que vous pensez qu’on aurait pu assassiner votre mari pour l’empêcher d’aller plus loin dans ses investigations ?
- Mon père est mort dans un accident de voiture, mademoiselle Levasseur, répondit Nadiye agacée. Une camionnette a pilé devant lui… tout cela est déjà assez pénible…
 
- Et vous n’avez jamais eu de doute ? demanda Mathilde en se tournant de nouveau vers Madame Ercan.
 
Cette fois, Nadiye éclata littéralement et se leva.
 
- Vous êtes en plein délire ! On ne tue pas les gens comme ça ! Ecoutez, cette histoire a déjà fait beaucoup de mal à ma famille. Nous n’avons aucune envie de rouvrir tout ça. Maintenant, il faut laisser les morts en paix.
 
- Peut-être les morts souhaitent-ils justement que l’on retrouve ceux qui les ont tués ? Si je vous disais que votre père et votre frère ont pu être assassinés par les mêmes personnes ?! reprit Mathilde en haussant le ton. Vous n’auriez pas envie de connaître les coupables ?
 
- Je commence à en avoir assez ! Allez-vous-en ! Reprenez votre manteau et…
 
Madame Ercan paralysa sa fille d’une phrase que Mathilde ne comprit pas. Elle la répéta en français, très bas.
 
- C’est vrai, ils ont tué ton père Nadiye.
 
Après un instant de stupeur, la jeune femme posa une question à sa mère et les deux femmes engagèrent une conversation passionnée en turc. Mathilde se sentait à la fois de trop et frustrée. Des choses importantes étaient en train d’être dites, des choses qui avaient été cachées depuis plus de vingt ans, mais elle n’était pas capable de les saisir.
Finalement, après avoir crié, Nadiye s’éloigna de sa mère, prit sa veste et quitta l’appartement sans se retourner. La porte claqua. Dans un soudain silence, Mathilde resta seule devant madame Ercan. Celle-ci la regarda, un sourire douloureux accroché aux lèvres.
 
 
- Elle m’en veut parce que je n’ai rien dit jusqu’à aujourd’hui. Mais elle comprendra avec du temps. Quelques jours avant l’accident de voiture, j’avais trouvé des plumes noires dans le lit de Nadiye… je les ai montrées à mon mari. C’était la première fois que je l’ai vu trembler.
 
- Une menace sur votre enfant ?
 
- La mort, oui. Ils ont fini par le prendre lui. J’ai eu peur pour elle. Et je l’ai encore un peu, même si tout cela semblait loin. Mais ça pourrait revenir à présent.
 
Mathilde ne savait trop comment réagir.
 
- Vous n’avez jamais voulu savoir qui avait fait ça ? demanda-t-elle finalement.
 
- Des gens comme nous ne le peuvent pas. Pas les moyens, pas le temps. Je suis malade à présent et Nadiye est seule pour s’occuper de moi en plus de ses enfants.
 
- Mais la police ? Vous n’avez pas parlé des menaces ? Elle n’a pas enquêté ?
 
- Si… certainement. Mais elle n’a rien trouvé. Et puis, elle ne m’a pas crûe. Accident de la circulation, c’est tout. C’était comme ça, expliqua madame Ercan dans un français maladroit. Ils n’ont qu’un certain temps à accorder à une affaire. Si les choses ne mènent à rien, ils passent à autre chose.
Il y a beaucoup de crimes.
 
 
- Mais je peux vous aider à présent ! Si nous trouvons qui a tué Slimane nous pourrons certainement remonter vers les assassins de votre mari.
 
- Vous n’y arriverez pas. Si des gens ont vraiment tué toutes ces personnes à la Heurte et qu’ils n’ont pas été pris, c’est qu’ils sont puissants.
 
- Mais nous sommes dans un pays libre ! Vous ne me ferez pas croire que la police a les mains liées et que les criminels sont couverts par je ne sais quelle ombre maléfique ! Ceux qui ont fait ça sont peut-être très habiles, mais ils ont dû faire des erreurs. Les enquêteurs de l’époque ne voyaient pas l’affaire dans son ensemble. Et puis c’est le seul moyen d’être certain qu’on ne revienne jamais vous faire du mal.
 
- Vous avez peut-être raison, concéda Madame Ercan de son visage grave. 
 
- Je vous promets de trouver ceux qui ont fait ça et de faire en sorte qu’ils soient punis. Mais j’ai besoin de votre aide ! Il faut m’aider Madame Ercan. Ensemble nous pouvons arriver à quelque chose. Ensuite nous irons voir la police et, avec ce que nous leur apporterons, je peux vous garantir qu’ils accorderont toute leur attention à cette affaire !
 
- Vous avez raison, dit Madame Ercan après un instant. Je vous aiderai. Que devons-nous faire ?
 
- D’abord, j’ai besoin de quelques précisions, reprit Mathilde avec rapidité. Sur cette association dont vous m’avez parlé. Elle pourrait être liée à tout ça.
- Oui, qu’est-ce que vous voulez savoir ?
 
- Est-ce que votre fils avait des fiches de paie ou des justificatifs pour ces « transports » qu’il faisait pour eux ?
 
- Non. Tout se réglait en liquide.
 
Mathilde s’interdit la déception. Enfin, il y avait un fil. Elle ne le lâcherait plus jusqu’à être remontée tout en haut. Jusqu’à obtenir la certitude que le danger était éloigné. Elle redevenait une gardienne, une protectrice.
 
- Mais vous savez peut-être avec qui votre fils était en contact ? reprit-elle. Une personne en particulier ?
 
- Je suis désolée. Je ne me souviens pas. Slimane ne parlait pratiquement jamais de son travail. Vous connaissez les hommes…
 
- Vous êtes vraiment sûre ? insista Mathilde. Même un nom de lieu ou n’importe quoi ?
 
- Non, vraiment. Attendez. Il y a juste eu ce monsieur qui est venu un peu après l’incendie pour nous rendre quelques affaires de Slimane.
 
- Des affaires ? demanda Mathilde avec espoir. Vous vous souvenez de ça ?
 
- Oui, des choses qu’il avait laissées dans un véhicule. Et puis son portefeuille avec sa paie. Une très grosse paie… vraiment très grosse.
 
- Et il venait vous l’apporter, c’est ça ? Vous vous souvenez du nom de cette personne ?
- C’est si loin…
 
- C’est très important Madame Ercan. A quoi ressemblait-il ? Comment était-il habillé ? Essayez de vous rappeler, je vous en prie.
 
- Il portait un costume et il était très gentil. Je me souviens qu’il avait un peu parlé avec mon mari.
 
- De quoi avait-il parlé ? De Slimane ?
 
- Je ne sais plus trop… Nadiye s’était assise avec nous sur le canapé, elle était encore toute petite.
 
Madame Ercan se concentra tout en essayant de se remémorer ce moment. Mathilde n’osait brusquer la vieille dame mais son sang bouillait littéralement dans ses veines.
 
- Je me rappelle un peu mieux. Mon mari ne voulait pas prendre l’argent mais ce monsieur a insisté. Il a dit que Slimane l’avait gagné et qu’il revenait à sa famille. Nous nous demandions comment notre fils avait pu gagner autant d’argent, alors nous refusions toujours. Mais cet homme était, comment dire… on lui faisait confiance tout de suite. Il paraissait honnête et… je… attendez, je crois qu’il s’appelait Himel ou Hamel…
 
- Amiel ? proposa Mathilde d’une voix blanche.
 
- Oui, Amiel ! C’est ça. Amiel. Je m’en souviens très bien à présent. Il se tenait juste là, indiqua Madame Ercan en tendant le doigt droit derrière Mathilde. 
 

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