Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Quelques minutes après le départ de Mathilde, Larcher entra sans frapper dans le bureau d’un petit homme aux lunettes carrées qui finissait un sandwich.
 
- Alors ? demanda le commissaire. Enfin quelque chose ?
 
- Oui, mais je dois dire que c’est plutôt étrange.
 
- Ca ne m’étonne pas beaucoup. Vous pourrez peut-être me dire pourquoi ça a pris tant de temps ?
 
- Vous comprendrez mieux tout à l’heure, commissaire. D’abord Vincent Domfront : quelques petites choses pas très éclairantes : études de linguistique et de langues anciennes, DESS, article pour quelques parutions savantes que personne ne lit, poste dans un institut parisien réputé, démission le mois dernier. Nous aurons plus de renseignements après l’enquête de voisinage qui a commencé sur place, mais il n’est connu nulle part, pas de problème avec nous.
 
Larcher pris les quelques feuillets du dossier improvisé de Vincent.
 
- Et merde, un honnête citoyen. Et Luc Domfront ? demanda-t-il.
 
- C’est là que ça se corse. J’ai encore moins de choses, il est couvert par le secret militaire.
 
- Qu’est-ce que c’est que cette nouvelle connerie ?!
 
- Il est visiblement fiché à la sécurité extérieure. Impossible de savoir quoi que ce soit à son sujet depuis qu’il a quitté le territoire français.
- Un opérationnel ? demanda Larcher avec stupeur.
 
- Impossible de savoir, on m’a même conseillé de ne pas me tromper si nous nous attaquions à lui sur le plan judiciaire. Il pourrait être couvert à haut niveau.
 
- Il ne manquait plus que ça. Ils ne peuvent pas s’empêcher de jouer les gros bras, hein ? Bon, nous verrons bien. Avec quatre cadavres, ils vont quand même avoir du mal à nous tenir éloignés. Et sur le reste, avant qu’il ne quitte la France ?
 
- Pas grand-chose, étude d’ingénierie civil à Paris. Grande Ecole, élève remarquable, don particulier pour les langues, major de promotion. Rien à signaler, si ce n’est que, comme son frère, c’est un parcours assez fantastique pour son « milieu » d’origine. Sitôt sa formation terminée, il refuse des offres de grandes entreprises françaises et, à l’issue de sa période de stages obligatoires, il quitte le territoire national en 2001.
 
- Qu’est-ce que vous voulez dire par son « milieu » d’origine ?
 
- Luc et Vincent Domfront sont orphelins depuis 1985. Ils ont été placés dans un internat au Nord de Paris dès ce moment-là. Pas de famille proche. C’est une tante éloignée qui est nommée tutrice, elle se sert dans l’héritage et ne reverse que quelques miettes. Elle perd le tutorat après une plainte des dirigeants de l’établissement pour non paiement des traites d’inscription. Tous les biens familiaux avaient été vendus sauf un appartement parisien situé dans le vingtième qui appartient de plein droit aux enfants.
- Et on peut joindre cette charmante dame ?
 
- Ca va être difficile, elle est décédée en 1997. Mais attendez, j’ai gardé le meilleur pour la fin... si je puis dire. Leurs parents sont décédés dans un incendie, les deux enfants ont pu s’en sortir indemnes. Et c’est là que ça devient vraiment intéressant : Luc Domfront avait huit ans et il a été soupçonné d’être à l’origine du feu, bien qu’on n’ait jamais pu prouver cela avec certitude. Mais vous devez vous en souvenir. Vous étiez dans l’équipe chargée de l’enquête à l’époque : leurs parents faisaient partie des victimes de l’incendie de l’ancienne maison forestière de la Heurte, près du domaine de Val Rebours en Août 1985.       
 
A ce moment, le portable de Larcher sonna. C’était la voix de Goubert.
 
- Commissaire ? Vous aviez vu juste, la fille vient de quitter son domicile par une ruelle. Elle file vers le quartier de l’ancien donjon.
 

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