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- Donc suite au bruit dans la chambre voisine, Luc Domfront s’est précipité dans la pièce et s’est lancé à la poursuite d’un ou plusieurs fuyards. Vous ne l’avez pas revu depuis. C’est bien ça ?
- Oui.
Mathilde n’était pas très à l’aise devant l’inspecteur Goubert. Il faut dire que le bureau où on l’interrogeait depuis deux heures était une pièce étroite et surchauffée. Goubert suait d’ailleurs à grosses gouttes dans son pull à col roulé noir. Deux hommes se tenaient derrière lui ; écoutant sans jamais intervenir.
- Et je pense que vous ne savez pas où nous pourrions le trouver à présent ? reprit l’inspecteur.
- Non.
- Bon. Vous n’avez rien d’autre à ajouter ?
- Non.
- Très bien, je vais imprimer tout ça pour que vous puissiez relire et éventuellement corriger.
Goubert se dirigea vers une imprimante bruyante. Un des hommes qui se tenaient derrière lui en profita pour sortir sans bruit de la pièce. L’autre observateur, un petit homme à l’allure sèche, se leva à son tour et s’approcha du bureau. Goubert revint vers la jeune femme et lui tendit sa déposition avec un sourire. L’autre homme prit une chaise qu’il retourna. Le commissaire Larcher s’apprêtait à entrer en scène. Il s’assit face à Mathilde, les coudes appuyés sur le dossier.
- Mademoiselle Amiel, dit-il, j’ai bien écouté tout ce que vous nous avez gentiment récité et je suis désolé de vous le dire, mais je suis certain que vous nous mentez. J’aimerais comprendre pourquoi.
Mathilde garda le silence. Elle se donnait une contenance en feignant de lire sa déposition.
- D’abord, reprit Larcher, mettons au clair quelques détails vous concernant. Vous nous dites que vous travaillez au musée des Antiquités de Rouen, c’est ça ?
- Oui, à la communication.
- Depuis longtemps ? demanda Larcher.
- Deux ans.
- Très bien. C’est votre premier emploi ?
Mathilde offrit une moue lassée.
- Non, avant je travaillais pour l’entreprise de mon père à Fécamp, j’ai préféré revenir par ici. Mais je ne vois pas très bien ce que cette question vient faire là-dedans.
- Vous n’êtes pas forcée de me répondre. Pour l’instant, vous êtes juste entendue à titre de témoin, précisa Larcher. Vous êtes en mauvais terme avec votre famille ?
- Pfff, excusez-moi de vous le dire, mais je ne vois pas ce ça a à voir avec les meurtres de ce soir ?
- On a parfois des surprises, il ne faut pas négliger de pistes.
- Des pistes ? Des pistes de quoi ? s’emporta Mathilde. Mais bon si ça peut vous faire plaisir de l’apprendre, oui, je suis en mauvais termes avec mon père qui tenait absolument à ce que je l’aide dans sa société, et à ce que je ne vois pas trop mon grand-père, ça vous va ? ajouta-t-elle rapidement.
Larcher ne lui offrit qu’une grimace perplexe en retour.
- Votre père et votre grand-père sont fâchés ?
- Oui, c’est une vieille histoire. Sans grand intérêt, ajouta Mathilde que l’attitude de Larcher commençait à exaspérer.
- Voyons ça…
- Disons que mon grand-père aurait souhaité que son fils soit un brillant universitaire comme lui et que tout ne s’est pas passé le mieux du monde. Mon père a lancé une petite société qui a vite très bien marché et ils ne se sont plus jamais parlés.
- Mais vous restez tout de même proche de votre grand-père ?
- J’ai surtout renoué quand je suis venue faire mes études d’Histoire à Rouen, il m’a beaucoup aidé à ce moment-là. Il s’intéressait à mon travail et à mes envies, contrairement à mon père qui ne souhaitait qu’un beau plantage pour que je rentre auprès de lui, rien de très original. Mais vous ne comptez pas interroger mon père quand même ?
- Je ne pense pas, mais ça va dépendre.
- Dépendre de quoi ? demanda la jeune femme outrée.
Larcher ne répondit que d’un mouvement vague de la tête. Après une pause et un nouveau sourire, il reprit, toujours avec le même ton énervant.
- Vous dites que Luc Domfront a débarqué chez votre grand-père, où vous vous trouviez pour…
Sans la prendre, Larcher tourna légèrement la déposition que Mathilde tenait en main et fit semblant de la lire.
- « Mettre de l’ordre ». Et qu’il vous a « convaincue » de l’emmener le voir à la clinique, alors qu’il faisait déjà nuit noire ? Comment vous a-t-il « convaincue » exactement ? Il vous a menacée ?
- Non, il m’a dit que mon grand-père était en danger. Il ne s’était pas trompé de beaucoup, non ?
- Justement, mademoiselle. Il semble que monsieur Domfront ait le chic pour qu’un cadavre tombe de chaque placard qu’il ouvre…
Mathilde s’efforçait de s’en tenir à la ligne qu’elle avait décidé de suivre : en dire le moins possible, mentir le moins possible.
- Que savez-vous au juste sur lui ? enchaîna Larcher.
- Rien du tout. Juste qu’il dit chercher son frère qui a disparu.
- Vous l’aviez déjà rencontré avant cette nuit ?
- Non.
- Alors comment a-t-il fait pour se retrouver à Val Rebours ? Est-il un proche de votre grand-père ?
- Non. C’était la première fois qu’il le voyait.
- Alors comment s’est-il retrouvé là ?
- Je l’ignore.
- Si vous ne le connaissez pas, pourquoi le protégez-vous ? Il est déjà trop tard, vous êtes tombée sous son charme torride, c’est ça ? demanda le commissaire en ouvrant de grands yeux ronds.
- Je ne le protège pas.
- Ah non ?... A-t-il moyen de faire pression sur vous ? Vous n’allez pas me faire croire qu’il ne vous a rien dit de ses intentions ou de ses projets durant les heures que vous avez passées ensemble ? Même pas une vague allusion ?
- Je vous ai dit la vérité, ni plus ni moins.
Mathilde restait de marbre. Elle s’était fermée.
- Très bien, très bien. Ne répondez pas… Vous dites que le manoir de votre grand-père avait été visité dès le début de la semaine. Pourquoi ne pas avoir déclaré le cambriolage ?
- Rien n’avait été dérobé.
- Des gens étaient tout de même entrés, avouez que c’est étrange de ne pas avoir prévenu.
- J’ai peut-être eu tort de ne pas vous contacter mais Val Rebours est un endroit calme.
- Très calme même, remarqua Larcher avec ironie. Vous avez une idée de la raison pour laquelle on y a trouvé un homme en charpie ?
- Je n’en sais rien. Mon grand-père m’a juste dit qu’il avait caché des documents importants, c’est pour les récupérer que nous sommes partis au manoir après la découverte du corps d’Isabelle Vasnois. Je ne vois aucune explication à la présence de cet homme.
- Ne me prenez pas pour un imbécile, mademoiselle Amiel ! Vous découvrez une infirmière morte dans son bain après avoir fait un scandale à la clinique, et tout ce que vous trouvez à faire dans les minutes qui suivent, c’est de foutre le camp pour retrouver des documents dont vous ignorez le contenu ? Sans prévenir personne, en snobant la police ! Et maintenant, vous me parler de « documents » introuvables et vous ne savez pas ce qu’ils contiennent ! Vous vous rendez compte des risques que vous prenez pour ces « documents » ?! Ne me faites pas croire que vous ignorez leur nature !
- Je vous dis la vérité, répéta Mathilde.
- Dampierre travaillait avec votre grand-père, n’est-ce pas ? Il est donc lié à ces fameux documents lui aussi ?
- Je ne sais pas.
- Sur quoi travaillaient-ils tous les deux ? insista Larcher. Vous devez bien avoir une petite idée ? Il parait que Martin Dampierre était tellement fasciné par la tâche, qu’il n’était plus jamais à son cabinet depuis des semaines.
Des clients se sont même plaints à ce que m’en a dit sa secrétaire. Qu’est-ce qu’ils fabriquaient ensemble ? Avaient-ils découverts des choses qui pouvaient pousser des gens à s’en prendre à eux ?- Je ne sais rien là-dessus, c’est pour en apprendre plus que je voulais mettre la main sur les documents.
- Les fameux « documents ». Ceux qui sont maintenant perdus dans la nuit avec votre grand ami, monsieur Domfront. C’est bien ça ?
- Ou avec les autres fuyards, je suppose, fit remarquer la jeune femme.
Larcher s’était mis debout et commençait à tourner autour de Mathilde en retroussant les manches de sa chemise blanche.
- Bon, admettons. Vous voyez, j’ai décidé d’être très aimable ce soir, surtout avec une demoiselle de votre éducation. De nombreux témoins vous ont vue au cabinet de maître Dampierre dans les jours qui ont précédé sa mort. Vous étiez intimes ? demanda-t-il d’une voix plus douce.
- Nous nous connaissions un peu. Mais je ne suis venue qu’une seule fois à son cabinet.
- Avez-vous entendu parler de certaines informations que Martin Dampierre aurait pu collecter et dont il se serait servi pour faire pression ?
- Je ne sais rien là-dessus.
- Vous couchiez ensemble ?
Mathilde assassina Larcher du regard mais ne répondit pas. Le commissaire reprit plus durement, décidé à faire réagir la jeune femme muette.
- Aviez-vous des rapports sexuels réguliers avec monsieur Martin Dampierre ?
- Mais qu’est-ce que vous racontez ? Vous êtes devenu fou ? Je n’ai pas à répondre à cette question !
- Mais vous ne répondez à aucune question, mademoiselle Amiel ! Depuis plus de deux heures, vous vous foutez de nous ! Premièrement, Luc Domfront, dont on retrouve la voiture inexplicablement mitraillée dans la forêt et qui disparaît dans la nuit dans une sorte de nuage magique en poursuivant un monstre ou je ne sais quoi : vous ne savez rien. Deuxièmement, Martin Dampierre, au bras duquel vous vous affichez pendant des mois et qui se fait saigner à blanc comme un poulet quelques temps après que vous vous soyez disputés : vous ne savez rien. Troisièmement, votre grand-père que vous assistez sur de nombreuses recherches et qui devient quasi fou sans rien vous avoir dit de ses derniers travaux : vous ne savez rien. Quatrièmement, vous rôdez à Val Rebours depuis des jours à la recherche de documents dont vous me dites que vous ignorez l’existence ! Cinquièmement, vous découvrez des morts sans trop faire attention mais vous ne savez rien, jamais rien ! Rien, rien, rien ! Alors soit vous êtes la plus incroyable idiote que j’ai jamais vue soit vous vous foutez de moi ! Parce que dans la situation présente, vous partez droit pour une garde à vue et un joli rendez-vous avec un juge. Je préfère vous prévenir !
Mathilde ne répondait toujours pas. Son visage se durcissait.
- C’est vrai, finit-elle par dire. J’ai fréquenté Martin Dampierre pendant quelques temps, c’était une erreur et tout s’est terminé il y a plusieurs mois quand j’ai compris qu’il m’utilisait pour entrer dans les bonnes grâces de mon grand-père. Je ne l’ai pratiquement pas revu après notre rupture. Je ne sais pas sur quoi mon grand-père et lui ont pu travailler, je… je voyais moins mon grand-père pour ne pas avoir à supporter de croiser Martin. Il l’avait comme ensorcelé. Il ne jurait que par lui, que par sa brillance d’esprit. Comme s’il avait enfin trouvé le fils qu’il avait toujours rêvé d’avoir.
Mathilde marqua une pause et sembla s’affaisser un peu sur sa chaise. Larcher l’observait sans rien dire.
- Après l’accident cérébral, reprit-elle, j’ai cru que Martin prenait soin de mon grand-père, je lui ai redonné une chance. Mais en fait, il ne l’aidait que pour mieux l’éloigner du manoir de Val Rebours. Et mettre la main sur ses archives et ses livres.
- Qu’est-ce qui vous fait penser ça ?
- Plusieurs ouvrages auxquels tient beaucoup mon grand-père ont disparu. J’en ai retrouvé certains en possession de Dampierre. D’où notre dispute…
- Et dans quel but aurait-il « volé » ces ouvrages ? Il me semble que Dampierre était un notaire, un juriste. Que comptait-il faire des recherches de votre grand-père ? Cela serait en lien avec les documents dont vous m’avez parlé ?
- Je ne sais pas. Mon grand-père est ethnologue, spécialiste du folklore. Ce n’est pas un domaine où on a l’habitude de tuer pour voler des secrets. Mais Martin était passionné par les croyances anciennes, les forces telluriques, les démons et ce genre de choses. A bien y réfléchir, je pense qu’il y voyait un moyen de posséder plus de puissance. C’était son seul but dans la vie : être fort, dominer les autres. Ce qui ne le servait pas, ne l’intéressait pas. Mais il avait une mémoire exceptionnelle et il pouvait réciter des pages entières. Avec ses talents de comédien, il n’a eu aucun mal à impressionner mon grand-père et à passer pour un érudit.
Larcher semblait réfléchir. Il relisait à présent la déposition de Mathilde en faisant claquer sa langue dans sa bouche.
- Pensez-vous que Martin Dampierre soit lié à l’attaque cérébrale de votre grand-père ? demanda-t-il soudain.
- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
- Vous savez très bien ce que je veux dire mademoiselle Amiel. Est-ce que Martin Dampierre aurait pu provoquer cette attaque ? D’une manière ou d’une autre ?
Mathilde prit le temps de plusieurs respirations avant de parler. Elle hésitait sur sa réponse.
- J’y ai songé un moment, mais je ne crois pas, finit-elle par dire. Martin était un être méprisable, un intriguant de la pire espèce mais pas un assassin. Et puis, il était très lâche comme la plupart de ceux qui cherchent à voir le grand dieu Pan.
- Voir le grand dieu Pan ?
- Oui, c’est la formule consacrée. Ceux qui tentent d’entrer en contact avec les forces du mal si vous préférez.
- Je ne suis pas sûr de préférer. Martin Dampierre était-il lié à un mouvement sataniste ou quelque chose comme ça ?
- Pas si vous pensez aux adolescents qui brûlent des églises en écrivant trois six ou en taguant des croix renversés pour se donner le frisson, en ignorant que ces symboles n’ont pas grand-chose à voir avec le mal. Par contre, il avait un attrait pour les choses… disons « cachées ». Mais je ne sais pas trop à qui il était lié.
- Vous l’aviez revu ces dernières semaines ? Vous aviez remarqué que son cabinet ne fonctionnait pratiquement plus ?
- Je ne l’ai revu qu’une fois, la semaine dernière, je vous l’ai déjà dit.
- Ah oui, et c’est là que vous vous êtes violemment disputés, à propos de ces « vols ».
- Oui, j’avais trouvé la preuve qu’il avait « emprunté » des travaux de mon grand-père sans son accord. Je voulais les récupérer.
- Et il a refusé ?
- Bien sûr, et il m’a fait mettre dehors par ses petits copains fachos.
- Ses petits copains fachos ? demanda Larcher avec une innocence de nouveau né.
- Oui. Vous savez, des paumés de la « Geste Française ». Il y avait toujours quelques types autour de lui, je ne sais pas trop pour quoi faire d’ailleurs.
- Est-ce qu’il craignait pour sa sécurité ?
- Je ne sais pas. Pas à l’époque où je l’ai connu du moins.
- Et vous, mademoiselle Amiel, reprit Larcher, vous êtes facho ?
- Evidemment que non. Je me fiche de la politique.
- Justement. C’est un bon terreau pour glisser vers l’extrême droite, non ? Un bon « Tous pourris, sauf nous » habilement argumenté par votre fiancé et hop, vous voilà transformée en pasionaria locale de l’antiparlementarisme.
- C’est absurde ! D’abord, nous n’avons jamais été fiancés ! C’est vrai que j’ai été stupide, Martin était un homme brillant et je n’avais pas tout de suite vu ce qu’il y avait sous le vernis. Je suis tombée dans le panneau mais j’ai vite compris l’erreur et je suis partie de ce cloaque. C’était il y a longtemps maintenant. Et je n’ai jamais adhéré à ses idées ni à quoi que ce soit d’autre.
- Ah non ? Donc vous n’êtes jamais allée à un de ses meetings ? demanda Larcher en penchant la tête. Ce n’est donc pas vous sur cette photo en train de distribuer des tracts à l’entrée ? Sûrement une sœur jumelle dont vous n’avez pas encore eu le temps de me parler ?
- Au début… je… il tenait beaucoup à ma présence, bafouilla Mathilde.
- Et comme vous êtes une gentille fifille, vous y êtes allée.
- Oui. Mais je n’écoutais pas ce qui se passait. Je n’ai donné des tracts qu’une seule fois pour rendre service, avoua la jeune femme, décontenancée.
Le coup avait porté, et Mathilde était au bord des larmes. Larcher paraissait content, il s’approcha plus encore de la jeune fille et reprit d’un ton complice et encourageant.
- Selon vous, qui l’a tué ?
- Je n’en sais rien. Pas moi en tout cas.
- Et Luc Domfront ?
- Luc Domfront ? Qu’est-ce qu’il a à voir là dedans ?...
- Ce qu’il a à voir là dedans ? Martin Dampierre pourrait être responsable de la disparition de son frère, expliqua doucement Larcher. Domfront aurait pu se venger de lui. Peut-être même sait-il déjà que son frère est mort et pas disparu ? Dans ce cas-là, il a pu tuer Dampierre il y a quelques jours, puis revenir plus tard comme une fleur pour chercher ce Vincent en inventant un rendez-vous.
- Mais c’est impossible ! s’emporta Mathilde.
- Ah oui ? Pourquoi ? demanda Larcher tout bas.
- Parce que…
Mathilde se retint de justesse. Elle avait bien failli plonger la tête la première dans le piège que Larcher lui avait tendu et parler de Vincent. Elle se reprit comme elle put.
- Parce que… je sais pas. Ca paraît invraisemblable. Ecoutez commissaire, je suis vraiment fatiguée à présent. J’ai passé une soirée difficile et je vous ai dit tout ce que je savais. Je suis inquiète pour mon grand-père et si vous voulez me mettre en garde à vue, libre à vous. Mais je ne dirais plus rien avant demain matin. J’ai besoin de dormir. Je n’ai rien à voir avec tous ces meurtres, que vous le croyez ou non.
- Et bien voilà ! Vous voyez que vous n’êtes pas obliger de mentir à chaque phrase, quand vous voulez.
Larcher tenta un sourire. Mathilde demeurait de glace, elle ne relâcherait plus sa garde devant lui. Elle était passée trop près du naufrage quelques instants plus tôt.
- Bon, vous allez pouvoir dormir dans votre lit. Je vous ai dit que j’étais gentil. Pour votre grand-père, ne vous inquiétez pas. J’ai fait placer sa chambre sous surveillance. Je dois aussi vous préciser que nous avons saisi tous les documents que nos équipes ont pu trouver sur place. De plus le manoir de Val Rebours est interdit d’accès pendant le temps de l’enquête, la police scientifique en inspecte certains endroits en ce moment même. Je vais vous demander de ne pas y retourner avant quelques jours. Vous n’y vivez pas, n’est-ce pas ?
- Non, j’ai un appartement place de la Rouge-mare, répondit Mathilde. Mais j’aime y passer du temps, j’y ai beaucoup de souvenirs...
- Ne vous inquiétez pas, c’est une simple vérification de routine. Nous savons déjà, et de manière presque définitive, que l’homme retrouvé mort est entré par effraction dans le manoir et qu’il s’est fait découper la gorge dans la pièce où vous l’avez trouvé. Sûrement par ce mystérieux fuyard que Luc Domfront a pris en chasse. Vous n’y retournez pas tout de suite, nous sommes d’accord ?
- Est-ce que j’ai le choix ?
- Non. Mais vous allez pouvoir rentrer chez vous et je crois que vous ne vous en tirez pas trop mal. J’espère que vous en avez conscience ?
- Oui, je m’en rends compte.
Un certain soulagement envahit tout le corps de Mathilde. Elle ajouta, plus doucement.
- Je… je vous remercie.
- Vous êtes bien sûre que vous ne connaissiez ni Isabelle Vasnois, ni l’homme découvert à Val Rebours, ni celui trouvé dans la forêt en début de semaine ? lui demanda Larcher en lui tendant de nouveau une série de photos.
- Je vous l’ai dit : je ne les avais jamais vu avant cette nuit. Je vous le jure.
- Très bien. Dans ce cas, vous êtes libre de partir.
Mathilde se leva. Larcher l’accompagna jusqu’à la porte du bureau.
- Mademoiselle Amiel, je dois tout de même vous dire que vous marchez sur un fil très mince. J’ai beaucoup de défauts mais je ne crois pas être un imbécile. Au moindre faux pas, c’est la chute assurée. J’ai la faiblesse de vous croire, du moins en partie, mais je vous conseille de ne pas exagérer.
- Je m’en souviendrai, je ferai attention.
- Je l’espère. Pour vous comme pour votre grand-père. Bien sûr, je vous demande de rester à notre disposition pour la suite de cette enquête. Si vous avez la moindre information à propos de Luc Domfront, appelez-moi. J’ai beau laisser des messages sur son répondeur, on dirait qu’il ne souhaite pas me parler.
Mathilde ne prit pas la peine de sourire devant la plaisanterie.
- Goubert, peux-tu raccompagner mademoiselle Amiel jusqu’à chez elle ? Les rues ne sont pas très sûres pour une jeune fille à cette heure.
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