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La neige recommençait à tomber. L’intérieur de l’Alfa était encore plus glacé que l’extérieur. La lune n’était pas encore levée et la nuit prenait des allures de draps de tulle. Ils avaient quitté la clinique depuis quelques minutes déjà, prétextant se rendre directement au devant des secours pour les prévenir d’autres dangers.
- Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux attendre la police ? Si jamais nous, hésita Mathilde. Si ceux qui ont tué Isabelle Vasnois étaient déjà sur place ?
Domfront ne répondit pas. Il n’osa lui avouer qu’il souhaitait plus que tout les rencontrer et les affronter cette nuit. Les détruire de toute sa haine. Il n’osa lui dire qu’il ne rêvait que de se battre, que de laisser vivre sa furie, même si ce devait être contre les plus noires des forces.
- Est-ce qu’il y a d’autres choses que vous ne m’avez pas dites, sur mon frère ou sur Dampierre par exemple ? demanda-t-il à Mathilde.
- Non, je vous ai dit la vérité. Je ne sais rien de plus.
- Et sur votre grand-père ?
- Que voulez-vous dire ?
- Vous savez sur quoi il travaillait avant sa crise ?
- Non, il était toujours sur plusieurs projets à la fois. Souvent il me racontait tout et je travaillais même avec lui pour des articles ou ce genre de choses. Mais depuis quelques mois, il ne me parlait plus de ses travaux.
Il était très secret.
- Donc, vous ne saviez rien à propos de Nauville ? Vous cherchiez ces feuillets après avoir entendu des voix, je suppose ?
Mathilde baissa les yeux sans répondre.
- Est-ce que vous pensez que votre grand-père aurait pu mettre la main sur ce que Nauville avait trouvé ?
Mathilde ne parlait toujours pas.
- Et que cela aurait pu provoquer son… traumatisme ?
Les larmes glissaient sur les joues de la jeune femme, Domfront s’en était rendu compte mais n’avait rien changé à son ton. Il ne pouvait dire si le silence de Mathilde était choisi ou subi.
- Je ne savais rien de ce Nauville avant de mettre de l’ordre dans les affaires de mon grand-père, la semaine dernière, finit par dire la jeune femme d’une voix dure. Je vous le jure. J’ai découvert qu’il s’y intéressait depuis longtemps, mais il n’y avait plus les feuillets.
- Est-ce qu’il y avait autre chose ? Par exemple sur des évènements plus anciens ?
- Oui et non. Il y avait des documents sur Val Rebours et le domaine mais… comment dire… triés, purgés. J’avais l’impression de ne rien lire. C’est pour ça que je me suis disputée avec Martin. Martin Dampierre. J’étais sûre qu’il s’était servi dans les notes. Il voyait beaucoup mon grand-père ces derniers temps et il s’est bien occupé de lui après sa crise. C’est même lui qui a pu lui trouver une place tout près, dans cette clinique.
- Je vois. Est-ce que votre grand-père vous a précisément dit ce qu’il avait caché, tout à l’heure ?
- Non, il n’a pas été clair. Tout était embrouillé malheureusement. Il a cité un « trésor ». Il a aussi dit qu’il avait confié quelque chose à des Centaures.
- Des centaures ?
- Oui. Ce n’est pas très surprenant chez lui. Il est passionné par les mythes et les symboles. S’il a dû cacher des choses, il a utilisé cet univers-là, c’est sûr, dit Mathilde alors que d’autres phrases lui revenaient à l’esprit.
- Et vous savez à quoi peuvent correspondre ces Centaures?
- Pas vraiment…
Des centaures, un trésor, des créatures de Peur… Mais qu’est-ce que Vincent était venu faire au milieu de tout ça ? Et puis cette maison brûlée sur les photos de la chambre d’Amiel, et cette lettre posée chez son frère par quelqu’un qui l’appelait Vim. Nauville, Dampierre, Amiel, étaient liés, c’étaient la seule certitude. Une idée se forgea soudain dans la tête de Domfront.
- Vous avez des connaissances particulières dans le domaine ? demanda-t-il.
- Le domaine ? répéta Mathilde, sortie de sa réflexion.
- Celui des symboles ?
- Je ne suis pas spécialiste mais j’ai souvent aidé mon grand-père.
- Est-ce qu’un mot comme Act pourrait vous évoquer quelque chose ?
- Act ? Je ne sais pas…
- Pas de personnage ou de mythe qui porte ce nom ?
- Act…
Mathilde réfléchissait avec une intensité qui rendait son visage plus vieux. A présent que Domfront pouvait porter un regard vers elle, il remarqua combien ses yeux étaient clairs, comme ceux de son grand-père. Si bleus qu’ils en étaient presque gris. Enfin, elle parla.
- Je ne vois pas. Ce n’est pas une combinaison très courante. La seule chose qui pourrait vaguement correspondre ce serait une référence au mythe d’Actéon bien sûr.
- Act comme abréviation d’Actéon ?
- Oui. C’est un mythe grec très connu, un thème très populaire chez les peintres.
- Désolé, mais j’ai peur de ne pas suivre, avoua Luc. Vous pouvez m’éclairer ?
- Actéon était le fils d’Autonoé, elle-même fille de Cadmos, et d’un dieu mineur dont j’ai oublié le nom. C’était un extraordinaire chasseur, le meilleur parmi les hommes sans doute. Il faut dire qu’il avait été formé et entraîné par Chiron, le centaure. Lors d’une chasse justement, il surprit Artémis nue alors qu’elle se baignait. Pour avoir vu ce que nul ne devait voir, la déesse le transforma alors en cerf et il fut dévoré par ses propres chiens...
C’est à ce moment que plusieurs vitres de la voiture volèrent en éclats.
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