Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Un large bâtiment s’étendait à proximité des services de la clinique proprement dite. C’était un immeuble d’habitation où logeait une grande partie des employés qui profitaient ainsi du peu d’éloignement et de loyers très bas, comme l’expliqua monsieur Hainaut en chemin.
 
- Elle est chez elle, il y a de la lumière, dit la femme en désignant une fenêtre au deuxième étage de la bâtisse.
 
- Elle vit seule ? demanda Domfront
 
- Je crois…
 
Il n’y avait pas d’interphone, aussi montèrent-ils directement jusqu’à chez elle. Deuxième étage, porte de droite, Isabelle Vasnois. La femme sonna plusieurs fois sans que personne ne vienne répondre. On entendait pourtant le bruit de la télévision à l’intérieur. Après plusieurs autres essais et appels, Domfront passa devant et commença à tambouriner contre la porte. Monsieur Hainaut lançait des regards honteux autour de lui, inquiet de l’effet du bruit.
 
- Mademoiselle Vasnois ? Vous êtes là ?
 
- Elle n’est peut-être pas chez elle ? proposa monsieur Hainaut. Elle a pu oublier de…
 
Devant le regard que lui lança Domfront, Hainaut comprit qu’il avait tout intérêt à ne pas finir sa phrase, ni aucune autre pour l’instant. On ne réagissait pas à l’intérieur de l’appartement. Pourtant, Luc Domfront entrevoyait quelque chose. Il percevait, par delà le son de la télévision, le silence absolu, inhabituel, dangereux, qui régnait dans l’appartement.
Rien ne bougeait, ce n’était pas normal. Il le savait. Et puis, il y avait également un geste léger, amorti, comme une plume que l’on frotterait lentement sur une table. Mais ce qui dominait tout, c’était cette atmosphère, une odieuse impression qui glissait à travers la porte, sans que les autres ne semblent la remarquer. Une onde floue absorbée par les choses. Il n’avait plus beaucoup de temps.
 
- Isabelle ! Vous m’entendez ? Ouvrez tout de suite ! Sinon, nous enfonçons la porte !
 
Tous les regards se braquèrent sur Domfront qui frappait la porte de son poing et hurlait de plus belle. La femme et monsieur Hainaut échangèrent des regards d’incompréhension. Mathilde elle-même, eut un petit geste de recul. Luc Domfront frappait toujours.
 
- Personne d’autre ne peut ouvrir cette porte ? demanda-t-il avec force.
 
- Non, il n’y a pas de gardien, répondit Hainaut.
 
- Nous allons entrer Isabelle ! reprit Domfront.
 
La porte la plus proche s’ouvrit soudain sur un homme prêt à se plaindre du raffut. La vision de monsieur Hainaut et de son costume de soirée le calma tout de suite. D’autres portes du palier furent entrebâillées.
 
- Quelque chose de grave ?  demanda l’homme sans que l’on sache très bien s’il parlait de la situation où de l’attitude de l’individu qu’il voyait frapper chez mademoiselle Vasnois.
A cet instant, Luc Domfront lança un violent coup de pied dans la porte qui éclata littéralement et se cassa en deux, faisant naître une ouverture béante. Il se précipita à l’intérieur de l’appartement. Sa tête était sur le point d’éclater tant le murmure des choses bourdonnait dans l’air et dans ses oreilles. Toutes les lumières étaient allumées, mais aucune trace de quelqu’un ou de quelque chose. Le salon était vide, tout comme la chambre et la cuisine. Seul le bruit d’un jeu télévisé occupait les lieux. Il n’y eut que Mathilde pour oser entrer à sa suite. Elle ne semblait pas très rassurée, mais elle se surprenait à se sentir plus forte auprès de cet homme étrange et de sa hargne imprévisible. Luc Domfront continuait son inspection et il finit par s’arrêter devant la porte entrouverte de la salle de bain. Il s’en échappait une légère fumée blanche. Un chat passa avec lenteur par l’entrebâillement. Il regarda Domfront durant une seconde puis s’éloigna en se retournant plusieurs fois. Mathilde avait rejoint Luc quand il poussa doucement la porte de la salle de bain. A l’intérieur, une lumière forte et froide se reflétait sur les carreaux d’émail. L’air était empli de vapeur. Un peu éblouis, ils attendirent quelques secondes pour que la condensation glisse dans le courant d’air. Et enfin, à travers la brume, ils la devinèrent. Mathilde ne put s’empêcher de crier de surprise. Domfront, lui, ne laissa filtrer aucune expression. Dans l’eau rougie d’un bain, flottait le corps d’Isabelle Vasnois.  
 

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