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L’infirmière pressait lentement le bout de la seringue. Jérôme Amiel respirait toujours bruyamment mais son corps semblait calmé. Mathilde se tenait devant le lit, blafarde et inquiète. La chambre était à présent très éclairée et ne ressemblait plus en rien à l’antre ténébreux qu’elle paraissait plus tôt. Soudain, les yeux de Jérôme Amiel s’ouvrirent et cherchèrent en tous sens. L’infirmière, surprise, se releva et se tourna vers Mathilde. Dans un geste, la jeune femme s’avança vers le lit et prit la main de son grand-père. Instantanément, le visage du vieil homme se tendit et de faibles sons glissèrent entre ses lèvres. Mathilde se pencha tout contre lui.
- Je ne veux pas partir tout de suite. Je ne veux pas dormir encore…
La jeune femme jeta un regard vers l’infirmière qui serra les lèvres. « Pas trop longtemps », murmura-t-elle. Mathilde acquiesça.
- Il faut que tu te reposes, tu dois reprendre des forces.
- Il va venir tu sais, il est sûrement déjà en route. Il ne faudra pas qu’il nous trouve, parfois il me semble l’entendre, je fais tant de rêves. Il ne dort pas toujours, parfois il bouge. Tu l’as vu toi aussi, n’est-ce pas ? Je n’aurais jamais dû appeler, et nos enfants ?... Il faut toujours les protéger.
- Ne t’inquiète pas, sois tranquille, répondit Mathilde bien qu’elle ne comprenait rien de ce que pouvait lui dire son grand-père.
- Il y a tellement de dangers, tous le veulent aussi mais ils se trompent, ils ne savent rien. Personne ne peut le prendre, personne ne peut… même pas nous. Si seulement nous avions pu détruire la porte, si seulement nous avions trouvé le chemin. A présent d’autres marchent dans nos pas, il faut effacer les traces… tu m’entends ?! Effacer les traces !
- Oui… mais comment faire pour ces « traces » ? Où sont-elles ?
- Quelqu’un d’autre va venir. Il est une clef. C’est autour de lui que tous vont se dissimuler. Il faudra le suivre, l’aider et puis le détruire. Car il n’est pas ce qu’il semble être. Tu comprends ? Il porte… quelque chose. Dans son ombre. Tu m’entends ? Dans son ombre. Lui seul peut trouver. Il faut donc le suivre, attendre le moment. J’ai cru qu’il était mort, mais je l’ai vu en rêve, effrayant et beau. Il est pire que le diable car il ne sait même pas ce qu’il peut faire.
La voix de Jérôme Amiel se fit plus faible. L’injection commençait visiblement à vaincre la résistance hallucinée du vieil homme.
- Papan ? L’homme qui est venu avec moi tout à l’heure, Domfront, est-ce que tu parles de lui ? Est-ce lui qu’il faut suivre ? Je ne comprends pas ce que tu me demandes ? Papan, tu m’entends ? Est-ce que des choses sont cachées ici ? Ou au manoir ?
- Je n’ai pas pu trouver le trésor, je n’ai pas pu le toucher… des années perdues… mais ils n’ont pas encore tout volé…
Dans un geste rapide et inattendu, le vieil homme se saisit de l’épaule de Mathilde et l’approcha encore plus de lui. Dernières forces avant l’endormissement médicamenteux.
- J’ai tout confié aux centaures. Il faut leur reprendre les secrets… là sont les traces les plus profondes. Il ne faut pas qu’ils les voient, tu dois les prendre et surtout ne pas entrer dans la forêt… ne pas entrer dans la forêt sans armes… c’est le domaine du loup dévoreur, de la fureur enchaînée qui s’échappera à l’anéantissement du monde.
Le vieil homme se tut. Sa tête tomba lentement contre l’oreiller, laissant Mathilde totalement perdue face à cet amas de phrases magiques sans aucun sens commun.
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