Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Table des matières
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Alors qu’il était assis dans le hall de la clinique, les questions se bousculaient dans l’esprit de Luc Domfront. Mathilde Amiel était restée auprès de son grand-père avec une infirmière. Que venait-il exactement de se passer ? Que venait-il de vivre à l’instant ? Y avait-il seulement un sens à tout cela ou bien n’était-ce que les hallucinations d’un esprit perdu ? Tout avait commencé avec la vision fugitive d’une vieille maison sur une photographie. Un fragment perdu qui avait soudain retrouvé sa place. Il s’agissait donc de cette « maison-là » ? Cela voulait-il dire que cette forêt était cette « forêt-là » ? L’avait-elle reconnu ? Il ne pouvait répondre à rien. Il était si fatigué. « Mais s’il n’y avait pas de hasard ? » se demandait-il. C’est alors qu’en rallumant machinalement son téléphone portable, il remarqua le clignotement lui indiquant un message. La réception était mauvaise.
- Bonjour, c’est Line. Je… il faudrait que vous me rappeliez. Ce n’est peut-être rien, mais je viens de me souvenir de quelque chose. Appelez n’importe quand. Merci.
Domfront se traita ouvertement d’idiot pour ne pas avoir pris garde à l’appel. D’après l’heure que lui indiqua le répondeur, la jeune fille avait dû tenter de le joindre en fin d’après-midi, alors qu’il s’élançait vers le manoir de Val Rebours. Il l’appela : des sonneries dans le vide, puis la voix de Line demandant pleine d’entrain de lui laisser un message. Domfront raccrocha. Il était très inquiet. Tout lui paraissait dangereux et hostile. De multiples images commencèrent à l’assaillir : dans l’ombre, une silhouette attendait la jeune fille, un seul geste et elle était morte ; ou pire.
Il n’avait pas su la prévenir du danger. Il… Le téléphone sonna. C’était elle, sa voix.
- Excusez-moi, je prenais une douche. Il y a quelque chose ?
- Oui, je vous le dirai après. Alors ? demanda-t-il sans plus remarquer qu’ils se vouvoyaient de nouveau.
- Euh…Vous m’aviez demandé s’il y avait eu des trucs bizarres ces dernières semaines. En y réfléchissant, je me suis souvenu d’une chose.
- Je vous écoute.
- Voilà, il y a à peu près un mois, c’était un vendredi soir, Vincent et moi, on est rentré après une soirée, pour un anniversaire. Je… je devais rester chez lui, enfin dans l’appartement de la rue Doré.
- Oui, je comprends.
- On avait un peu bu alors on est rentré à pied. Ce n’était pas très loin. Enfin bref. Lorsqu’on est arrivé à l’appartement, on s’est installé et… on a commencé à… à s’embrasser… et… Vincent s’est arrêté d’un coup. J’ai pas compris, j’ai commencé à lui demander ce qui n’allait pas. C’est là que j’ai vu la lettre.
- La lettre ?
- Oui, il y avait une lettre sur la table du salon. Il ne s’attendait visiblement pas du tout à ce qu’elle y soit. J’ai commencé à gentiment me moquer de lui, à jouer la jalouse, mais il ne l’a pas bien pris. Il est devenu assez… sec. Ca m’a fait flipper et je me suis énervée. J’ai pris la lettre et j’ai regardé l’écriture, je commençais à être vraiment secouée avec toute cette histoire et puis l’alcool… Il m’a arraché l’enveloppe des mains.
Je lui ai demandé qui lui écrivait des mots chez lui. On s’est disputé violemment. C’était la première fois depuis que nous étions ensemble. Je suis partie en claquant la porte. C’était aussi la première fois qu’il me faisait pleurer. Il m’a rappelé le lendemain, plusieurs fois, j’ai pas répondu. Et puis il est arrivé chez moi avec des fleurs, en s’excusant, en disant qu’il avait perdu complètement les pédales, que c’était à cause de tout le travail qu’on lui donnait à faire.
- Et ça se serait passé à l’époque où il a quitté l’Institut. Est-ce qu’il vous a reparlé de cette lettre ?
- Excusez-moi, mais j’ai pas bien entendu. Il y a un peu de bruit, ici. Les voisins…
- Il vous a reparlé de cette lettre ? répéta Luc en parlant plus fort pour couvrir des pleurs d’enfant.
- Pas vraiment, il m’a juste dit que c’était une blague qu’on lui avait faite pour lui faire peur.
- Et ce soir-là, quand vous avez tenu l’enveloppe, avez-vous pu voir quelque chose de particulier ?
- Je l’ai pas tenu longtemps… j’ai pas reconnu l’écriture.
- Est-ce qu’il y avait l’adresse ?
- Non, c’était juste écrit « pour Vim ». Je connais personne qui l’appelle comme ça, et vous ?
Luc Domfront mit du temps à répondre.
- Je… je vais vous rappeler un peu plus tard.

- Comme vous voulez. Mais tout va bien ?
- Nous ferons un point tout à l’heure. Je suis désolé de ne pas pouvoir en dire plus, je dois vérifier certaines choses. Merci beaucoup en tout cas, vous avez bien fait de m’appeler tout de suite. Ah, au fait ! Il se peut qu’il y ait un danger. Vous devez faire attention, je ne veux pas trop vous inquiéter mais vous devriez prendre des précautions. Vous avez moyen de ne pas trop rester seule ?
- Je peux aller dormir chez mes parents.
- Faites-le alors, je ne voudrais pas qu’il vous arrive quoi que ce soit. Et ne dites pas que vous y allez. A personne. Nous sommes d’accord ?
- Oui, répondit Line visiblement très émue. Je ne comprends pas tout mais je ferai attention, promis.
Après avoir raccroché, Luc Domfront laissa tomber sa tête en arrière. Ses yeux se fixèrent sur le plafond, mais il ne percevait plus grand-chose en dehors de son cœur près d’exploser. « Vim… », le surnom que son père donnait autrefois à Vincent. « Et s’il n’y avait pas de hasard ? »

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