Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Il ne neigeait plus mais l’air était encombré d’une petite bruine froide. Domfront rejoignit l’hôtel Norois, prenant garde à ne pas glisser sur les pavés gelés des ruelles de pierre. A peine fut-il entré dans le confortable hall de l’établissement qu’une voix tonitruante traversa toute la pièce.
- Un coursier vient de déposer le paquet que vous attendiez, monsieur Domfront.
Domfront se saisit de la grande enveloppe blanche que lui tendait le réceptionniste. Après avoir signé le reçu, il se dirigea vers l’escalier. Il monta les trois étages qui le séparaient de sa chambre à une vitesse impressionnante et entra à l’intérieur.
- Juste le temps de contacter l’université, pensa-t-il.
Il composa donc le numéro qu’on lui avait transmis à la bibliothèque. En près d’une demie heure de renvois et d’attentes, il ne put malheureusement trouver personne de réellement compétent pour le renseigner sur le professeur Jérôme Amiel. Seules quelques informations sans grand intérêt lui parvinrent : Amiel avait pris sa retraite en 1983, il restait membre d’honneur de l’association des anciens professeurs et de celle des œuvres sociales de la faculté. On avait même donné son nom à une petite salle d’étude. Rien de plus ; ni coordonnés téléphoniques, ni adresse. Juste le conseil d’une secrétaire pressée :
- Si vous venez en personne à la faculté, je pense que vous aurez plus de chance, vous savez avec les vacances… 
« Jérôme Amiel aurait-il disparu, lui aussi ? », se demandait Domfront devant la fenêtre de sa chambre. La seule chance de retrouver un signe, même vague, semblait être de se rendre sur le campus. Il tourna son poignet et regarda sa montre. Elle indiquait 10h50. Le temps pressait de tout son poids. Domfront ouvrit l’enveloppe blanche qu’il avait lancée sur le lit et en sortit plusieurs photographies. Le sourire de Vincent lui apparut. Trois photos, trois coups sourds dans le ventre. Le choc fut plus difficile à affronter qu’il n’aurait pu l’imaginer. Pour la première fois, Luc ressentit la représentation de son frère comme une représentation du passé. Une page déchirée qui n’appartenait plus au livre. L’absence de Vincent avait pris en lui un sens presque définitif. Il poursuivait une ombre, il ne saisirait qu’un morceau de nuit. La conviction d’échouer devenait sans cesse plus complète. Luc Domfront eut honte de penser de telles choses, et les combattit de toute sa colère. On ne pouvait toujours agir en vain, il finirait bien par retrouver la trace ! Il gagna la salle de bain. Lentement, il fit glisser un gant de toilette humide sur son visage, ses tempes, sur l’encoche qui le marquait. Le mal revenait souvent. Le froid sans doute, la fatigue aussi. Il reposa le gant et but quelques gorgées d’eau au robinet. Elle était plus que glacée.

- Me voilà guetté comme une proie. Je croyais les poursuivre mais ils sont déjà tout autour de moi, songeait Domfront. Et quel rapport avec Vincent ? 

Il sortit enfin de la salle de bain, hésitant presque à vérifier qu’il n’y avait personne sous son lit. « Voilà que j’ai de nouveau cinq ans ». Dans des gestes plus rapides, il emporta les photos et claqua la porte de sa chambre.   


Les rues de la vieille capitale normande n’étaient plus réelles. Enfin, Domfront en prenait conscience. La saison les avait changés, la neige et le froid les avaient rendues aux reflets de leurs passés. Les poutres tordues traversant les façades semblaient avoir été posées la veille et les fontaines biscornues, guettant aux croisements, comme tombées le matin même du poing mal fermé d’un quelconque demi-dieu. Domfront s’avançait vers le lieu de rendez-vous, fatigué et impatient. Chaque statue ancienne lui semblait sourire sur son passage. « Se méfier des ombres » avait-il pensé, mais comment éviter les regards quand toute une ville semble penchée vers vous ? Quand toutes les rues chuchotent à votre passage ? Après quelques minutes, il parvint à une basilique blottie tout contre de belles maisons de sept cents ans. Non loin de là, sur la petite place de Longue-Epée, il aperçut une enseigne de bois symbolisant la grand-voile d’un vaisseau. « Le Navire ». Il fit quelques pas de biais et entra sans se retourner dans le petit immeuble à encorbellement.

Le Navire était un bistro chic, décoré de pavillons antiques et de pièces marines en tout genre. Quelques tonneaux disposés contre les murs de crépi donnaient à l’endroit des allures de repaire de contrebandiers d’opérette. Debout devant le comptoir, Domfront scrutait la salle.
Ses yeux s’arrêtèrent vite sur un homme à moustaches qui tenait un journal ; et le regardait avec insistance. Il descendit trois marches de briques et se dirigea vers lui.

- Monsieur Chanin ? demanda-t-il.
L’homme fit un petit signe de tête, lui indiquant de s’asseoir.
- Vous buvez quelque chose, monsieur… Domfront, c’est ça ?
- Oui, c’est ça. Je vais prendre comme vous.
Après avoir passé commande, Chanin se tourna vers Domfront tout en terminant son premier verre. C’était un homme d’une quarantaine d’années au visage buriné et au regard vif. Sa tignasse un peu sauvage lui donnait des allures de loup de mer.
- Alors, monsieur Domfront, de quoi s’agit-il ?
- Voilà, je ne sais pas trop par où commencer… J’arrive de Paris. Je suis à la recherche de mon frère, Vincent. Il a disparu depuis près de quatre jours et j’ai de bonnes raisons de croire que cette absence n’a rien de naturel. Il y a moins de quarante-huit heures, son appartement a été forcé et complètement « nettoyé », un travail de professionnel.
Le serveur déposa sur la table deux bières que Chanin paya immédiatement. D’un geste, il retint la main de Domfront, surpris.
- Je vous en prie, c’est pour moi. Continuez.
- Merci. J’ai découvert hier qu’il était en relation, d’une manière ou d’une autre, avec un certain Dampierre, notaire près de Jumièges.
Et qu’un rendez-vous avait été fixé dans la soirée, à son cabinet. J’ai donc foncé sur place, mais à peine arrivé sur les lieux, j’ai appris que Dampierre venait d’être tué et qu’un autre cadavre avait été retrouvé. J’ai lu avec attention votre article, ce matin, et j’ai immédiatement pensé que vous pourriez m’aider… ou du moins me renseigner…

Chanin observait Domfront d’un œil insaisissable. On pouvait y voir de la malice ou de la sympathie, selon l’angle sous lequel on le regardait.
- Vous avez dit que l’appartement de votre frère avait été « nettoyé » ?
- Oui, deux ou trois hommes sont entrés sans forcer la serrure et ont vidé tous les tiroirs sans laisser la moindre trace. Enfin sans laisser la moindre trace visible.
- Etes-vous sûr que ce ne soit pas votre frère qui ait lui-même fait le ménage dans ses papiers ?
- J’étais sur place. Mon frère était prévenu de ma présence et ne m’aurait pas défoncé le crâne à coups de matraque.
- Oui, bien sûr, bien sûr... ça ne semble pas très logique. Vous savez bien entendu que les vêtements et la voiture de l’homme retrouvé mort avaient été tout aussi « nettoyés » avec un grand soin ? Tellement bien nettoyés d’ailleurs, que personne ne sait qui est ce type ni ce qu’il faisait là.
La phrase avait été prononcée avec une certaine lenteur, comme si le journaliste n’avait rien souhaité dire de plus que les simples mots qui la composaient. Juste l’énoncer.
- J’ai vu le corps, pour identification. Ce n’était pas mon frère.

Les deux hommes marquèrent un temps en échangeant un regard. Luc porta sa chope à ses lèvres et avala une gorgée. Il se souvint alors combien il détestait la bière blanche. Chanin reprit tout en observant une jeune serveuse qui essuyait une table. 
- Et vous n’avez aucune piste sur le chemin qu’aurait pu prendre votre frère et les raisons qu’il avait de rencontrer Dampierre ?
- Non. Je pensais justement que, connaissant Dampierre, vous pourriez m’indiquer quelques détails.
- Vous n’aviez jamais entendu parler de Dampierre avant hier ? Votre frère ne vous en avait rien dit ?
- Non. J’ai quitté la France depuis quelques années, je ne pouvais pas suivre la vie de mon frère de près. Je n’ai rien. Sauf peut-être ça, j’avais trouvé le même dans ses affaires. Je ne l’ai pas montré aux enquêteurs que j’ai rencontrés.
Domfront sortit le livre de Jérôme Amiel et le tendit au journaliste. Celui-ci l’examina quelques instants et sembla très intéressé par le tampon de la page de garde.
- « l’Aube Nouvelle ». Ca c’est déjà quelque chose. Votre frère s’intéressait-il à la politique ?
- Pas à ma connaissance. Pourquoi ?
- La librairie de l’Aube Nouvelle est une des bases « culturelles » de l’extrême droite française. Son nom fait référence au fameux mouvement ésotérique de la « Golden Dawn », l’aube d’or.
C’est un lieu de rabattage où on tente d’attirer des fans d’Occulte ou de Fantastique vers une « pensée » politique. Vous savez, le très populaire slogan « la vérité est ailleurs » peut-être bien utile pour lancer une conversation quand on cherche à nier l’Holocauste ou à vous convaincre que les attentats du 11 septembre ne sont qu’un infâme complot sioniste. Ce n’est pas un lieu anodin.

- J’ai pu m’en rendre compte moi-même. Mais tout ça ne ressemble pas à mon frère.
- Et les « créatures de peur », ça lui ressemble plus ? demanda Chanin en lisant la couverture du livre jauni.
- Non, pas du tout.
- Qu’est-ce qu’il fait dans la vie ?
- Il est linguiste, grec ancien et hébreux.
Chanin observait toujours le livre, comme s’il s’attendait à ce qu’il lui parle. Domfront ne savait trop quelle attitude adopter face au journaliste, quels documents partager avec lui.  
- Qu’est-ce que vous en pensez ? finit-il par demander.
- Je pense que vous devriez allez voir la police monsieur Domfront. Je ne comprends pas très bien ce que vous attendez de moi.
- J’ai déjà vu la police. Ils cherchent mon frère en pensant qu’il est responsable des crimes. Sa disparition est quasiment une preuve pour eux. Et puis voir un commissaire de police et des gendarmes main dans la main ne m’inspire pas confiance. Pour qu’une procédure aussi étrange soit mise sur pied, il doit y avoir quelque chose de très spécial dans toute cette affaire.
J’ai besoin d’alliés, de gens sûrs qui puissent voir les choses comme elles sont.

Chanin réfléchit un instant à coups de petits gorgées de bière. Des traces de mousse s’accrochaient aux poils de sa moustache.
- Et vous êtes certain d’être prêt à voir les choses comme elles sont, monsieur Domfront ?
Domfront se contenta d’esquisser un petit sourire dur. Le journaliste reprit.
- Ecoutez, je pense effectivement que votre frère était en contact avec Dampierre. Ce genre de littérature était une de ses passions, le paganisme, les dieux anciens et tout ce folklore. Ce n’est pas pour rien qu’il a été tué comme il l’a été, enfin, de mon opinion…
- Et à votre avis, qui l’a tué ?
- Je ne sais pas. Mais je pense qu’il était un peu trop confiant. On ne peut pas indéfiniment s’engager tout à la fois dans des chemins opposés.
- Des chemins opposés ?
- Oui. Dampierre était devenu une figure importante de la droite dure et xénophobe. Type « protection de l’Europe chrétienne et de sa culture Indo-européenne », vous voyez. Il savait parler, faire passer les idées les plus extrêmes pour des évidences auprès de gens fragiles. Et puis, il savait surtout sourire… c’était un homme tout de suite sympathique, qui savait adapter son discours à ses interlocuteurs. Enfin, bref, un gros malin et un homme sacrément dangereux. Il avait rejoint la Geste Française dès le début alors qu’il sortait tout juste de la faculté de droit.
Il s’était très bien débrouillé dans le bouillon et on lui promettait un mandat important, très bientôt. Mais, il faisait beaucoup de jaloux. Ce n’était pas vraiment un homme de conviction, plutôt un opportuniste. Il ne voulait que du pouvoir, la Geste Française et son extrémisme n’était pour lui qu’un moyen d’être élu à quelque chose. Un premier pas pour un homme pressé et sans réseau. Lui se voyait digne d’un grand destin, je pense.

- Et pour un grand destin, cette « Geste Française » n’était pas l’idéal.
- Exactement, monsieur Domfront. Les méthodes et le discours du mouvement étaient tout de même un peu trop extrêmes pour les bourgeois du canton. Il ne faut pas oublier que cette « geste » a été fondée par des gens qui jugeaient l’extrême droite « classique » trop timide. Dans ces conditions, Dampierre ne pouvait pas espérer beaucoup plus qu’une place d’adjoint au maire, et encore, en se présentant sans étiquette. C’est pour cela qu’il se rapprochait de gens aux idées plus mollassonnes mais « acceptables », le genre d’individus qui ne disent jamais « bougnoules » ou « ratons » mais qui n’en pensent pas moins, avec des beaux sourires et des costumes de Paris. Il avait de très bons contacts… vous savez que depuis les années soixante, le service d’ordre de nombreux partis centristes est traditionnellement assuré par des gens d’extrême droite, non ? En bref, Dampierre semblait prêt à quitter le navire. Vous comprendrez que cela avait de quoi échauffer quelques esprits qui s’étaient engagés auprès de lui avec une conviction quasi mystique. Ce qui explique sans doute que des inconnus se soient amusés à lui trancher la gorge après une cérémonie vaudou où je ne sais quoi.
- Une cérémonie ? demanda Luc Domfront.

- Oui. Visiblement. L’autopsie n’est pas encore faite, mais on m’a parlé de plusieurs litres de sang sur le sol et de motifs dessinés au couteau sur sa gorge. Sympathique n’est-ce pas ? Voilà, entre autres, ce qui explique l’existence de cette « cellule » de recherche.
Chanin termina son verre d’un trait et reprit, toujours sur le même ton mi-conspirateur mi-ironique. 
- Malheureusement, j’ai bien peur de ne pas pouvoir vous être d’un grand secours, je ne sais trop quoi vous dire d’autre, monsieur Domfront.
- Vous pouvez peut-être m’aider à joindre l’auteur de ce livre.
- Jérôme Amiel ? Peut-être. Il me semble depuis tout à l’heure que je connais ce nom. Il est normand ?
- Oui, c’est un ethnologue, ancien maître de conférence à l’université de Rouen à ce qu’il semble. Je n’ai pas encore pu le contacter, il ne figure dans aucun annuaire.
- Attendez, dit le journaliste en saisissant son portable, il doit être répertorié au fichier du journal.
Chanin coinça son téléphone entre ses mains et tapota maladroitement les touches.
- Pas pratique quand on a des gros doigts ces machins, hein ?… Oui, Margot ? Tu peux me chercher les coordonnées d’un certain Jérôme Amiel. Oui, A-M-I-E-L, un professeur ou quelque chose comme ça, à Rouen ou proche, maître de conférence.
C’est très urgent, merci.

Le journaliste raccrocha et posa son téléphone sur la table.
- Ce que je peux faire pour votre frère, c’est publier un court article sur sa disparition. Une sorte d’avis de recherche. Ce serait peut-être un bon moyen. Ou peut-être pas, remarquez : certains pourraient faire un lien direct avec ces meurtres. Mais au moins si quelqu’un l’a vu… De toute manière, il semble être dans de sales draps.
- J’y ai pensé. A présent, je ne crois plus trop avoir le choix.
- Je peux vous arranger un papier sur deux colonnes, avec photo. Sans trop détailler, j’explique que votre frère a disparu et qu’il pourrait avoir un lien avec la mort de Dampierre…
- Qu’il pourrait être en danger après la mort de Dampierre, rectifia Domfront.
- Qu’il pourrait être en danger, oui. Rassurez-vous, je ne veux que vous aider, monsieur Domfront. Vous pouvez me faire confiance, affirma Chanin en regardant Luc droit dans les yeux. Je dis que c’est un témoin dont on est sans nouvelle ou quelque chose comme ça. Par contre, je ne vous cache pas que la maison Poulaga ne va pas trop aimer. Même si je joue à l’idiot, ce que je fais très bien d’ailleurs, ils vont vite remonter à vous.
- C’est sans importance. Et puis, ils avaient surtout l’air d’être à la recherche d’informations gênantes que Dampierre aurait pu collecter.
- Ah oui ? demanda le journaliste avec un ton tellement faux que Luc faillit en rire.

- Est-ce que vous pourriez me tenir informé si vous trouvez quelque chose en lien avec l’affaire ? reprit-il.
- Vous voulez dire la mort de Dampierre ?
- Oui.
Chanin expira lourdement. Un sourire figé apparut sur son visage, donnant un petit air sardonique à sa moustache. Domfront le regarda gravement.
- Comprenez-moi, reprit le journaliste. Vous m’êtes très sympathique et je comprends votre inquiétude, mais vous aider à retrouver votre frère disparu c’est une chose, vous mettre dans la confidence de tout ce que je vais trouver sur Dampierre… c’est un peu différent. Cette affaire m’intéresse mais je ne sais pas qui vous êtes, ni qui est votre frère. Je ne peux pas travailler comme ça. Et puis j’aime me débrouiller seul.
Domfront passa lentement la main dans la poche intérieure de sa veste et sortit une des photographies de Vincent reçues le matin. Il la posa sur la table devant le journaliste.
- Ecoutez monsieur Chanin, voilà tout ce qui me reste à présent de mon frère ! Il est en danger de mort, personne ne sait où il se trouve et je n’ai qu’un seul but : le retrouver ! Je n’attendrai pas qu’on lui réserve le même sort qu’à Dampierre. Si vous ne m’aidez pas, je vais perdre des heures, des jours pour me procurer des informations dont vous pouvez disposer dans la minute…
Le regard du journaliste restait fixé sur la photographie de Vincent. Une petite moue se dessinait sur ses lèvres. Soudain, la sonnerie de son téléphone résonna et fit vibrer toute la table. 

- Oui, je t’écoute Margot. Interview de Monsieur Jérôme Amiel, historien local à propos de la symbolique des feux de la saint Jean, 19 Juin 1992… ?
Chanin se tourna vers Domfront qui acquiesçait de la tête.
- Oui, c’est sûrement lui. Pas de numéro ? Tiens… Bah, donne moi au moins l’adresse. Attend, je prends un stylo… merci ma belle. Oui, je sais, je sais. Dis-lui que j’arrive.
Chanin rangea son portable et tendit à Luc le petit morceau de papier qu’il venait de griffonner.
- Ce n’est pas une info toute jeune, mais c’est la plus récente dont je dispose. Je ne peux pas rester plus longtemps, désolé mais le devoir m’appelle. Je vous garde la photo, pour l’article. Je vous la rendrai, promis. Je vous appelle dès que j’ai quelque chose.
- Merci, dit Luc en serrant la main du journaliste. Je vous promets que tout ça restera confidentiel. Ah une dernière chose, est-ce que le nom de Act vous dit quelque chose ? Je ne sais pas si c’est un lieu ou une personne.
- Act ? Ca ne me dit rien. Je vais faire quelques recherches si vous voulez ?
- Merci beaucoup.
Chanin sourit mais ne dit rien. Les deux hommes sortirent du café en évitant des groupes d’étudiants qui avaient envahi les lieux et réclamaient bruyamment à boire.

- Monsieur Domfront, je ne peux que vous inciter à faire très attention. Restez tranquille, allez prendre du repos, vous avez une gueule terrible. Et rappelez-vous qu’on ne sait jamais vraiment ce qu’il y a derrière une porte avant de l’avoir ouverte, comme disait ma grand-mère.
- C’est étrange, le commissaire de police qui m’a cuisiné m’a dit à peu près la même chose, remarqua Luc. J’essaierai de m’en souvenir…
Domfront s’éloignait du café et remontait une ruelle quand il déplia enfin la note griffonnée par le journaliste et qu’il put lire :
« Jérôme Amiel, Manoir de Val Rebours, Ysanville »

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