Julien Lefebvre - Le signe de l'Ogre - texte intégral

In Libro Veritas

Le signe de l'Ogre

Par Julien Lefebvre

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Table des matières
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Au centre de la grande salle de lecture, Domfront racontait le déroulement de l’incident à voix retenue. Un petit homme l’écoutait avec attention, notant scrupuleusement ses déclarations sur un carnet à spirale. La bibliothécaire ajoutait de temps à autre une observation ou une remarque tout en allant et venant de sa marche boiteuse.
- Je vous remercie de votre aide. Si vous voulez bien signer. Je suis vraiment désolé que de telles choses puissent se produire ici.
Domfront signa la petite déclaration que lui tendait l’agent de sécurité de la bibliothèque. Satisfait, celui-ci s’éloigna. Face à Domfront, de l’autre côté du grand bureau, la dame ne semblait toujours pas remise de l’incident.
- En pleine journée, vous vous rendez compte ? Et se faire passer pour un membre du personnel. Mais quelle époque vivons-nous donc… ?
Domfront approuva gentiment la bibliothécaire. De nouveau, les réponses qui avaient commencé à s’esquisser semblaient s’être évanouies. De nouveau, il fallait tenter un passage différent.
- Et vous n’avez aucun autre exemplaire de ces archives ?
- Pas ici, malheureusement. Il en existe peut-être au fond régional, mais je ne suis pas sûre. C’est pour une étude ?
- Oui, tout cela est extrêmement important et je n’ai pas beaucoup de temps. Je venais spécialement de la capitale pour cette recherche. Vous ne faites pas de copies photographiques ou numériques ?
- Pas encore pour la presse ou les documents anciens mais courants. Nous sommes en cours d’informatisation… depuis près de dix ans. Tout cela est assez lent, vous savez ?

- Je comprends, répondit Luc qui commençait à s’impatienter. Et comment puis-je consulter le fond régional ?
- Très simplement, vous prenez rendez-vous à la Tour des archives, rive gauche et vous faites une demande de consultation.
- Est-ce que vous auriez leur numéro, s’il-vous plaît ? Je suis très pressé…
- Bien sûr, bien sûr. Mais, j’y pense… j’ai peur qu’ils ne soient fermés pour les fêtes de Noël.
- Ah, les vacances, c’est vrai. Comment faire ?
Domfront dut lui paraître vraiment désespéré car la bibliothécaire ajouta, avec un empressement consolateur :
- Vous pouvez aussi essayer les bouquinistes de la vieille ville, près des eaux du Robec. On peut trouver beaucoup de choses chez eux.
L’attention aimable de la dame fit sourire Domfront, même si sa proposition ne semblait pas pouvoir déboucher sur grand-chose. Il fallait pourtant agir, et vite.
- Ou même les fonds privés. Monsieur Pyme, le libraire de la place Saint-Vivien fait autorité sur l’histoire de la ville et des environs, il vous renseignera avec plaisir. Sinon, pour l’histoire de la région, vous pouvez essayer de joindre le docteur Valoire ou peut-être le professeur Amiel si…
Toute la force de Domfront illumina soudain son regard. Son corps se bloqua.

- Qu’avez-vous dit ?
- Le docteur Valoire ou peut-être le professeur Amiel, répéta la dame avec une certaine inquiétude dans les yeux.
- Jérôme Amiel ? demanda brusquement Luc Domfront.
- Je crois oui... Jérôme Amiel.
- Il vit en Normandie ?
- Bien sûr, vous le connaissez ?
- J’ai parcouru ses travaux. Je ne savais pas qu’il était lié à la région.
- Oh, pour ça ! Il a enseigné ici pendant plus de trente ans, il a même été maître de conférence à l’université. Vous savez, poursuivit la bibliothécaire avec un plaisir non dissimulé, j’ai assisté à son cours pendant deux ans. Ca devait être en 81 ou 82. Je préparais mon concours et…
- Je peux le joindre à l’université ? coupa nerveusement Luc.
- Oh, il est sûrement en retraite depuis le temps, mais on pourra sans doute vous transmettre ses coordonnées. Si c’est pour une recherche, ils seront heureux de vous aider.
Domfront hésita une seconde. Les idées se bousculaient dans son crâne. Il jeta un coup d’œil sur l’énorme horloge de la salle. 10h15. Peu de temps, beaucoup à faire. Soudain résolu, il se tourna vers la bibliothécaire.
- Vous avez une photocopieuse ?

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