Le radar
J’ai appris par les journaux la raison de ces travaux sur la route de mon boulot. Sur le bas-côté dorénavant, il y aurait un radar vigilant qui contrôlerait ma célérité au poil près avec sévérité. Nous étions bien avertis que si par malheur nous étions pris en photo de bon matin, peu après il faudrait payer la contravention et que nous perdrions des points. Il fallait donc faire très attention, car sous prétexte de chauffards chroniques, tout le monde à cause du politique devenait la proie de l‘électronique, par le contrôle systématique, et de la sanction automatique. Il devenait ainsi plus pratique de sanctionner le délit sans juger et d’encaisser ainsi plus rapidement d'icelui incontestable le règlement. Le radar c’est comme qui dirait, sur le côté une boîte carrée qui me regarde comme un coupable et me laisse aller comme un minable. A partir d’aujourd’hui et pour la vie, dés le réveil j’aurai cet œil maudit qui veut me condamner à l’enfer alors que je n’ai pas tué mon frère.
Et pour mieux veiller à ma sécurité, sur le net aussi je suis fliqué. Pour tous la liberté d’expression, lorsqu'on se plaint devient diffamation. La loi dans la confiance numérique a autorisé d’étranges pratiques. Dans ce monde nouveau épris de liberté ont voulu s’imposer les grandes sociétés qui avaient le contrôle des marchés mondiaux comme celui des mouvements sociaux. Mais l’internaute était un nouvel animal qui risquait de perturber l’ordre mondial. Et c’est de l’industrie de la culture qu’est venue l’attaque la plus dure. La propriété intellectuelle, devenue droit industriel, et arme de guerre conventionnelle du secteur très concurrentiel des marchés du logiciel impose des normes contractuelles aux économies traditionnelles à un rythme démentiel.
Mais sous prétexte de piratage, les sociétés du son et de l’image, utilisent leurs petites sœurs des médias afin qu’elles fassent passer leurs galimatias . Elles parlent de droits d’auteurs bafoués, mais il faut comprendre bénéfices menacés. Elles se plaignent de manque à gagner là où les résultats ne font que stagner comme si la crise générale ne devait pas écorner leur capital. Elles harcèlent les hommes politiques avec de fausses raisons économiques pour obtenir des mesures drastiques servant leurs visées stratégiques. Elles créent des conflits juridiques dans un but hégémonique broyant tour à tour concurrents et internautes innocents sur la base de lois type DADvSI, aux potentialités sinistres, poussées en sous-main par certain ministre, abusant d’une majorité absolue à toutes les assemblées d’élus. Il est aujourd'hui par décret interdit de copier un CD pour écouter en voiture alors qu'on paie une taxe sur la copie privée sans commettre un acte de forfaiture : avoir le logiciel pour graver malgré les mesures de contrôle d'usage, qui interdisent sur le net le partage.
Les artistes vaches à lait des majors, pour conserver avec elles leurs accords, autorisent l'encodage propriétaire qui pour l'écoute ou la vue de leurs oeuvres oblige à l'achat du matériel nécessaire. « Vente liée » est le nom de cette manoeuvre, frauduleuse mais rarement punie, ou alors bien en deçà des bénéfices. Voilà ce qu'est aujourd'hui la Justice. Pour l'un la ruine, pour l'autre le déni.
Ces artistes n'ont pour ambition que de se remplir les poches en nous prenant pour des cloches durant des générations.
Pour mieux connaître le consommateur, les vendeurs veulent aller sur son ordinateur. Au passage, ils pourront voir ses disques. Vous imaginez bien pour lui le risque ... Et bien pas notre cher législateur au service du ministre de l'intérieur.
Notre gouvernement avide de nos voix, puisque en deux mil sept nous aurons le choix prend des mesurettes anti-fumeurs qui donne un képi à chaque délateur.
Sur la route, mécanique ou assermenté, virtuel sur le net, amateur en public, toujours pour des raisons de sécurité, partout ou nous sommes, y'a un flic
Les riches pourront toujours payer, pour avoir le droit de rouler, mais le peuple devra travailler pour éviter à l'état de couler.
Pour lutter il y a le monde du libre, des créateurs qui pour l'équilibre vous proposent gratuitement de profiter de leurs créations. D'autres animent des discussions pour vous dire quand où comment il vous faudra venir défendre cette liberté qu'ils veulent vous prendre.
Et s’il faut récrire une carmagnole, pour défendre les droits de la bagnole, faire baisser le prix du pétrole, faire entendre notre parole...
Chanter une nouvelle marseillaise, pour qu’ils se sentent moins à l’aise...
Ces riches qui nous méprisent, ces politiques qui nous les brisent
Ces privés qui nous volent, ces flics qui nous contrôlent…
La situation ne fait qu’empirer, alors, tous prenons les devants ,
Le radar c’est comme qui dirait … au suivant...au suivant.