kurisu - Une journée d'Ivan Ivanovitch (OU Une bonne nouvelle) - texte intégral

In Libro Veritas

Une journée d'Ivan Ivanovitch (OU Une bonne nouvelle)

Par kurisu

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Un nouveau travail

Son nouveau travail l'excitait. Cela devait bien faire six mois qu'il n'avait pas travaillé: l'organisme de gestion du temps de travail l'avait mis en vacance temporaire le temps de lui trouver une nouvelle affectation. Il avait utilisé son temps libre à naviguer sur Internet, faire l'amour en réseau, malgré les virus que l'on risquait de trouver dans ce genre de relations-mais il aimait le risque- et à se renseigner sur l'avancement de la guerre contre les sphères du système du Taureau. Depuis hier, il avait reçu sa nouvelle affectation: il allait travailler dans le centre de sauvegarde des animaux en voie de disparition. Il ne cessait de se dire qu'il avait de la chance: il avait entendu dire que certains travailleurs avaient attendu dix ans avant de se voir accorder une nouvelle affectation! Et encore, ils étaient affiliés comme lui au même bureau de gestion! Il se prit à rêver qu'on lui demande de s'occuper de l'entretien des chats ou chiens, mais il savait au fond de lui qu'il n'avait pas les qualifications requises.
Il finit son bol, le largua dans le lave-vaisselle biodégradable et se décida enfin à sortir.
 
Dehors, il choisit de prendre le train. La SNCF aimait lui faire préférer le train. Il en était convaincu. Le trajet était toujours plus souriant: les paysagistes de la SNCF savaient le rendre attrayant. Et puis dans cette entreprise, vous cessiez d'être un numéro, il n'y avait jamais de bousculade, comme sur les tapis roulants, ni de sensation d'oppression ou compression. Bref pour lui, c'était presque comme une expérience mystique: dès qu'il passait le tourniquet, la suave voix électronique chantait le célèbre refrain
à nous de vous faire préférer le train, pom, pom; le train, une autre façon de voyager, yeah, yeah, yeah (2 fois disque de platine). Alors là, il retrouvait sa sérénité.
 
Il arriva à 7h40 sur les quais. Il regarda le tableau d'affichage: il n'y avait pas de grève surprise hebdomadaire. Elle était prévue pour demain. Un train allait donc arriver, mais quand? Il calcula qu'avec le retard réglementaire et les pauses syndicales, le train de 7h30 arriverait vers 8h10. Effectivement, ils l'annoncèrent quelques minutes plus tard. Il se disposa donc à attendre et laissa ses pensées vagabonder. Finalement, le train arriva avec 5 minutes d'avance sur son retard. Il entra en louant son aubaine. Le train était presque vide: ils n'étaient que trois cents. Quelques arrêts plus loin, un musicien salarié de la SNCF entra. Il attendit qu'on lui verse quelques pourboires, comme dans l'ancien temps, et puis cela faisait plaisir aux usagers qu'on respecte la tradition. Enfin, il se mit à jouer, Lucy in the Sky with Diamonds. Cet air résonna longtemps dans l'air et accompagna Ivan jusqu'à son lieu de travail.
 
Il ne mit que 10 minutes de la gare pour arriver au centre de sauvegarde. Il pénétra par la grande porte quand une voix suave lui demanda de se diriger vers un bâtiment administratif. À l'intérieur, un grand fauteuil de cuir constituait l'unique mobilier. Il faisait face à un écran mural composé de nombreuses formes colorées.
"- Bonjour, monsieur Ivanovitch. Je suis Z81 (Intel Inside), l'IA gérant ce modeste centre. Nous n'attendions pas notre travailleur humain si tôt.
- Le train était en avance. Je suis enchanté de travailler avec vous.
- Cela est réciproque. Avez vous réglé votre situation avec l'administration?
- Mon dossier est en règle, ma cotisation pour le droit au travail est même payée.
- Alors, c'est parfait. Nous allons commencer par un peu de balayage dans une de nos annexes. Vous prendrez l'aspirateur motorisé et nettoierez toutes les allées du parc du Mée. Ce qui remplira bien vos trois heures. Nous verrons pour la suite demain. Peut-être approcherez vous les animaux. Vous pourrez arrêter à 11h35. Vous n'aurez aucun besoin de rentrer l'aspirateur, nous le guiderons nous même jusqu'à son logement d'entretien. Un peu de musique pendant votre harassante activité, Monsieur Ivanovitch?
- Si vous aviez Michel Fugain, c'est la fête."
 
Le travail avait été passionnant: il avait méticuleusement nettoyé les allées de toutes les feuilles, brindilles et objets non biodégradables à 100 %. Il en gardait un sentiment de fierté difficilement évaluable: contribuer de ses mains au bon fonctionnement de sa société n'est pas rien. Ensuite, il s'était nonchalamment dirigé vers un MacDo côté trois étoiles. Il commanda un Burger aux champignons hallucinogènes et un thé au Hachisch dé-phosphaté avant de s'installer devant la TriDvision.
 
Et voila, c'est bientôt la fin de l'émission Peyotl, en direct du Mexique. Je tiens juste à vous présenter le dernier produit de la Mélodie du Bonheur: les pilules LSD28...
Rappelez-vous, choisissez la Mélodie, pour un bonheur en toute sécurité!
Vous regardez Télé Arc-en-ciel. Restez avec nous. Plage de clip.
Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi...

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