Rodolphe Reuss - La Cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. (1789-1802) - texte intégral

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La Cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. (1789-1802)

Par Rodolphe Reuss

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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XXIII.

L'énergumène dont nous venons de transcrire le nom, et qui faillit être plus néfaste à notre Cathédrale que tous les terroristes réunis, était un des nombreux aventuriers que la crise révolutionnaire avait attirés dans notre province. Antoine Téterel, né, dit-on, vers 1759 dans le Lyonnais, était un séminariste défroqué qui s'installa comme professeur de français et de mathématiques à Strasbourg, en 1789. Il s'appelait alors M. de Lettre, nom qui ne lui appartenait pas davantage, peut-être, que tant d'autres désignations nobiliaires usurpées par les hommes de lettres de l'époque[472].
[Note 472 : Voy. les Notices de M. E. Barth dans la Revue d'Alsace, 1882, p. 540.]
Intimement lié avec les Laveaux, les Monet, les Simond, il devint, pour ainsi dire, leur commissionnaire attitré au club des Jacobins de Paris, ainsi qu'à la barre de la Convention Nationale. Son zèle fut récompensé par les représentants en mission et, à partir de l'automne 1793, nous le voyons figurer, à divers titres, dans la nomenclature administrative et judiciaire du Bas-Rhin.
Il tenait à faire preuve de civisme et, par des propositions extraordinaires, à se distinguer, même en pareil moment, parmi les extrêmes. C'est poussé sans doute par ce sentiment de vanité féroce qu'il en vint à faire dans la séance des Jacobins du 24 novembre 1793, la motion qui conservera son souvenir parmi nous, d'une façon peu flatteuse d'ailleurs. "Téterel, dit le procés-verbal, fait la motion de faire abattre la tour de la Cathédrale jusqu'à la plate-forme. Les Représentants et Bierlin, membre du club, appuient cette motion, par la raison que les Strasbourgeois regardent avec fierté cette pyramide, élevée par la superstition du peuple, et qu'elle rappelle les anciennes erreurs" [Heitz, Sociétés politiques de Strasbourg, p. 302.]. Cependant, malgré l'appui des représentants du peuple, la motion ne fut pas adoptée dans son ensemble. On se contenta, nous l'avons vu, de détruire les statues qui couvraient la façade de l'édifice.
D'après une tradition constante [D'après les récits de Friesé (V. 330), Schnéegans, Strobel, etc. Mais nous devons dire, pour rendre hommage à la vérité historique, que nous n'avons point trouvé trace de cette nouvelle motion dans les procès-verbaux da Corps municipal, conservés aux Archives de la Mairie. Cela ne veut pas dire qu'elle n'ait point été faite, mais la preuve authentique n'en existe point.], Téterel, nommé officier municipal, aurait repris la proposition, faite cinq mois auparavant au club, en modifiant quelque peu les considérants de sa motion sauvage.
Devant ses collègues du Conseil municipal il ne pouvait décemment alléguer, comme un motif de démolition, l'amour des Strasbourgeois pour leur Cathédrale. On nous dit qu'il prétendit que l'existence de cette flèche altière blessait profondément le sentiment de l' égalité . Un seul membre l'appuya, au dire du bon Friesé, peut-être ce même Bierlin, qui déjà s'était proclamé son séïde.
Cependant les autres élus de floréal n'osèrent pas repousser purement et simplement la demande de ce nouvel Erostrate.
On ne saurait prétendre avec justice qu'ils ne s'intéressaient pas à la Cathédrale ; nous en avons la preuve certaine dans un arrêté qu'ils prirent durant les derniers jours d'avril, sur la réquisition du Directoire du district, pour écarter de ses fonctions Daudet de Jossan, le receveur de l'administration de l'OEuvre Notre-Dame.
L'arrêté continuait en ces termes :
"Considérant que la conservation du bâtiment de la ci-devant Cathédrale, aujourd'hui Temple de la Raison, exige par la nature de sa construction, une suite non interrompue de travaux et de soins, à quelles fins il existe un atelier particulier sous la surveillance d'un architecte-inspecteur, le Corps municipal arrête que, pour ne pas exposer à la dégradation ce monument de l'art, le Directoire du district sera invité à continuer cet atelier et cette surveillance de l'inspecteur, jusqu'à ce qu'il ait pris, aux mêmes fins, telles autres mesures qu'il jugera convenables" [Procès-verbaux du Corps municipal, 11 floréal (30 avril 1794).].
Néanmoins ils eurent recours à un subterfuge pour sauver l'édifice du danger dont le menaçait Téterel. Ils lui répondirent qu'une mesure de ce genre coûterait trop cher et ferait peu d'effet, et qu'on réveillerait bien autrement le civisme des populations en plantant le symbole de la liberté sur cette pyramide gigantesque, pour annoncer au loin la fin de l'esclavage aux populations rhénanes. Cette motion prévalut ; il fut décidé que le bonnet des Jacobins serait arboré sur la croix, surmontant la lanterne, et vers la mi-mai, on hissa, non sans causer de nombreux dégâts, l'immense coiffure phrygienne en tôle, badigeonnée d'un rouge vif, jusqu'au sommet de l'édifice [Hermann (Notices, I, p. 387) indique très catégoriquement la date du 4 mai comme celle où le bonnet rouge fut placé sur la Cathédrale ; Schnéegans et d'autres ont répété cette date. Mais les procès-verbaux du Conseil municipal disent non moins catégoriquement que ces travaux ont été faits du 23 floréal au 5 prairial, c'est-à-dire du 12 mai au 13 juin. (Procès-verbaux manuscrits, 9 thermidor an II.)]. Les bras de la croix furent dissimulés derrière d'immenses guirlandes de feuilles de chêne, fabriquées du même métal.
Pendant de longs mois, ce bizarre couvre-chef domina Strasbourg et les campagnes environnantes. Plus tard, après la Terreur, il fut réclamé par J.-J. Oberlin, l'infatigable bibliothécaire de la ville, et conservé parmi les curiosités historiques de la cité, à côté de la marmite des Zurichois et la vieille bannière strasbourgeoise. Beaucoup de nos contemporains l'ont encore contemplé sans doute, dans une salle du second étage du Temple-Neuf, avant qu'il ne s'abimât, comme maint autre souvenir, infiniment plus précieux, du passé, dans l'immense brasier du 24 août 1870.
Cependant une réaction sensible allait se produire contre les saturnales du culte de la Raison. Le 24 février 1794, Hébert, le principal créateur de ce culte, Anacharsis Clootz, et leurs amis plus proches, périrent sur l'échafaud. Ils furent suivis, le 5 avril, par Danton, Camille Desmoulins, Chaumette et leurs partisans, sacrifiés comme les premiers, à la jalousie toujours en éveil de Robespierre.
Dans sa chute, le fougueux tribun du club des Cordeliers entraîna l'un des anciens vicaires de l'évêque constitutionnel du Bas-Rhin, le député Philibert Simond, accusé d'avoir voulu "renverser la République et lui donner un tyran pour maître." Traduit devant le tribunal révolutionnaire, le 21 germinal, il fut guillotiné trois jours plus tard avec un autre membre de l'ancien clergé d'Alsace, l'ex constituant Gobel, évêque démissionnaire de Paris, et le général Beysser, de Ribeauvillé [Strassburger Zeitung , 27 germinal (16 avril 1794).
Le Corps municipal décida, le 5 floréal, qu'on lirait, le décadi prochain, au temple de la Raison, le rapport fait à la Convention sur la conjuration de Danton, Desmoulins et leurs complices.]. Pour mieux faire ressortir la turpitude de ses adversaires, pour faire diversion peut-être au sombre effroi qui saisit la Convention elle-même à cette recrudescence de la Terreur, Robespierre choisit ce moment pour organiser un culte nouveau. Dans la séance du 17 germinal, Couthon venait annoncer le dépôt prochain de rapports relatifs à la reconnaissance d'un Etre suprême, et Butenschoen s'écriait d'un ton lyrique, en donnant cette nouvelle aux lecteurs de l' Argos : "Je puis annoncer l'heureuse nouvelle que la Convention nationale s'est occupée de la création d'un culte divin, digne de citoyens libres ; maintenant je puis m'écrier avec le vieillard Siméon : Seigneur, laisse partir ton serviteur en paix ! " [Argos , 24 germinal (13 avril 1794).].
Le rédacteur de la Gazette de Strasbourg écrivait, lui aussi, quelques semaines plus tard, en parlant du rapport de Robespierre à la séance du 18 floréal :
"La faction hébertiste, dont Schneider et ses acolytes étaient les partisans fanatiques, voulaient abrutir la nature humaine ; cette faction infâme voulait abolir toute morale et arracher aux âmes toute pensée d'immortalité" [Strassburger Zeitung , 23 floréal (12 mai 1794).].
Puis des voix officielles, plus autorisées que celles de simples journalistes, se font entendre.
C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que les administrateurs du district de Strasbourg s'adressent à la Convention pour "mêler leurs hommages à ceux de tous les bons citoyens", pour la féliciter "d'avoir consolidé à jamais l'édifice majestueux de la République" en reconnaissant l'Etre suprême, et d'avoir "terrassé, du sommet de la montagne, le monstre hideux de l'athéisme et ses déhontés partisans, qui voulaient laisser le crime sans frein et sans remords, la vertu sans récompense, le malheur sans consolations et sans espoir d'un meilleur avenir" [Les administrateurs du district de Strasbourg à la Convention nationale. S. date ni nom d'impr., 4 p., 4°, dans les deux langues.].
Dans sa séance du quintidi, 5 prairial (24 mai), le Corps municipal décidait que "vu l'arrêté du Comité de Salut public du 18 floréal, qui ordonne que l'inscription Temple de la Raison au frontispice des édifices ci-devant consacrés au culte, sera remplacée par les mots de l'article Ier du décret de la Convention nationale du 18 floréal :
"Le Peuple français reconnaît l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme", le rapport et le décret du 18 floréal seront lus publiquement les jours de décade pendant un mois dans ces édifices" [Procès-verbaux du Corps municipal, 5 prairial (24 mai 1794).].
En attendant qu'une grande cérémonie officielle vînt inaugurer cette quatrième transformation du culte public à la Cathédrale et réinstaller sous ses voûtes l'Etre suprême, ce "bon Dieu, auquel on permettait de nouveau d'exister", selon la spirituelle épigramme de Pfeffel, son nom s'y voyait invoqué déjà, lors de la fête célébrée le 12 prairial, pour commémorer la chute de la Gironde, qui "permit de respirer aux dignes représentants siégeant sur la montagne."
Dès la veille, une sonnerie de trompettes avait annoncé, du haut de la plate-forme, cette réjouissance jacobine et le bonnet rouge au sommet de l'édifice avait "consterné les vils esclaves de l'Autriche" [Strassburger Zeitung , 13 prairial (1er juin 1794).].
Une tentative d'assassinat, plus ou moins avérée, avait été faite naguère contre l'incorruptible idole des clubs. C'est ce qui explique comment les patriotes réunis à la Cathédrale jurèrent ce jour-là, sur la proposition de leur président, Lespomarède, de "surveiller de plus près les conspirateurs, les traîtres et les assassins", et remercièrent en même temps l'Etre suprême d'avoir protégé Robespierre et Collet d'Herbois "contre un monstre payé par Pitt, pour ravir au genre humain deux de ses amis les plus dévoués et les plus éclairés [Heitz, Sociétés politiques, p. 355.]."
C'est au moment où le culte national, récemment institué, allait entrer en vigueur, que nous rencontrons sur notre chemin un nouveau témoin de la foi catholique. Parmi ceux qui, jadis, avaient officié dans l'enceinte de la basilique strasbourgeoise, se trouvait un jeune prêtre, natif de Châtenois, Henri-Joseph-Pie Wolbert, vicaire de la paroisse de Saint-Laurent et chapelain du Grand-Choeur. Bien que soumis à la déportation pour refus de serment, Wolbert avait refusé de quitter Strasbourg pendant la Terreur, pour y continuer en secret l'exercice de son ministère. Arrêté pendant la visite qu'il faisait à l'une de ses ouailles, traduit devant le tribunal révolutionnaire et condamné, sans débats, il mourut avec le courage serein d'un martyr [Schwartz, II, p. 354. Winterer, p. 254.]. Deux pauvres femmes, deux laveuses, qui l'avaient généreusement caché chez elles, Marie Nicaise et Catherine Martz, furent guillotinées le même jour que lui, comme ses complices ; une troisième, plus heureuse, la couturière Marie Feyerschrod, ne fut condamnée qu'à la prison [Strassburger Zeitung , 16 prairial (4 juin 1794).].
Mais l'attention publique ne s'arrêtait pas longtemps, alors, à ces douloureux spectacles ; c'est à peine si les journaux les mentionnaient en passant et les larmes qu'ils arrachaient sans doute aux âmes pieuses étaient obligées de couler en secret. D'ailleurs, tout se préparait pour la grande fête officielle, qui devait se célébrer à Strasbourg, comme à Paris, où Robespierre et ses adhérents intimes faisaient, on le sait, tous leurs efforts pour lui donner de l'éclat. Les autorités civiles et militaires de notre ville n'auraient pas mieux demandé que de "faire grand", elles aussi. Seulement l'argent manquait quelque peu dans les caisses publiques. Un des membres du Conseil municipal eut alors une idée lumineuse, ainsi rapportée dans les procès-verbaux :
"Un membre ayant présenté une adresse aux citoyens de la commune, relative aux frais que pourraient occasionner les réparations et les décorations républicaines du temple de l'Etre suprême et le dépouillement des ornements ridicules de la superstition, le Corps municipal a approuvé cette rédaction et en a ordonné l'impression dans les deux langues et l'affichage" [Procès-verb. manuscr, 16 prairial an II.]. En même temps les poètes se mettaient à l'oeuvre ; Auguste Lamey composait, sur la mélodie de vieux cantiques luthériens, ses Chants décadaires et faisait recommander par les journaux la vente du premier d'entre eux, A la fête de l'Etre suprême , aux habitants des communes rurales, à trois sols l'exemplaire [Strassb.Zeitung ,12 prairial (31 mai 1794).]. Butenschoen, lui aussi, faisait imprimer un cantique, surmonté du bonnet phrygien et orné de la devise : Liberté, Egalité [Zu Ehren des Höchsten , Strassburg, Lorenz und Schuler, 4 p., 18°.]. Dans l' Argos , un troisième versificateur entonnait un Hymne plus ou moins poétique, suivi d'exhortations en prose, d'un style fleuri, où l'on pouvait lire, entre autres, des phrases comme celle-ci : "Voyez ces sauveurs de l'humanité, levez vos regards vers Jésus et Socrate, vers Rousseau et Marat, tous ces grands coeurs dont vous connaissez le nom ! " [Argos , 18 prairial (6 juin 1794).].
Une autre manière de diminuer les frais de la fête, dont s'avisa la municipalité, fut d'inviter tous les citoyens à offrir à leurs frères indigents les moyens de se réjouir, eux aussi, durant le grand jour qui s'approche. Il faut avouer malheureusement que les procès-verbaux ne témoignent pas d'un grand empressement de la population plus aisée à répondre à cette invitation charitable. Une seule offre un peu considérable, à mentionner ; c'est celle du citoyen J.-H. Weiler, qui envoie à l'Hôtel-de-Ville une lettre "portant que le Corps municipal ayant pris les mesures les plus sages pour rendre la fête consacrée à l'Etre suprême qui sera célébrée décadi prochain, la plus pompeuse et la plus touchante, et qu'il voit que les citoyens de cette commune qui depuis longtemps sont livrés à la dure privation de la viande, s'empressent de répondre à ces vues, et de reconnaître avec la municipalité l'Etre suprême et ses bienfaits. Qu'il croit pouvoir augmenter l'allégresse de cette fête en s'offrant de distribuer gratuitement deux livres de viande à chaque famille, d'après le mode qui sera adopté par le Corps municipal, pourvu que cette distribution tourne au profit des seuls patriotes" [Procès-verbaux du Corps municipal, 19 prairial (7 juin 1794).]. Le Conseil accepte naturellement cette offre généreuse et charge le citoyen Grimmeisen de surveiller la distribution. Une mention honorable encore aux citoyens Dalmer et Weishaar, qui offrent quarante mesures de bière, devant être distribuées, par portions égales, au pied des quatre arbres de la liberté de la commune. Quant à des distributions de victuailles, faites par la municipalité elle-même, nous n'en avons point trouvé d'autre trace qu'une décision au sujet de trente livres de fromage offertes aux "enfants orphelins et à ceux de la Patrie, pour les faire participer à l'allégresse de la fête" [Procès-verbaux du 19 prairial an II.].
Le peu d'empressement du public aisé n'a point troublé cependant l'enthousiasme du rédacteur du procès-verbal officiel de la description de la fête de l'Etre suprême ; il n'a aucun doute au sujet de la sincérité de l'élan général qui se manifeste dans cette journée du 20 prairial, et nous allons le suivre, en résumant son récit, afin de voir quel rôle la Cathédrale eut à y jouer. Dès l'aurore, une décharge d'artillerie annonce ce jour "d'allégresse publique". A huit heures, une seconde décharge donne aux citoyens le signal de se réunir à la Maison commune, pour aller de là au Temple de l'Etre suprême. "Une foule innombrable se pressait à l'envi de partager l'hommage sincère rendu au Père de l'espèce humaine, qui put en ce jour abaisser un regard de confiance sur des enfants tous dignes de lui, sur un culte, où son essence n'était point dégradée, qui n'était pas souillé par les mystères, la doctrine absurde et la coupable hypocrisie des prêtres." Des vétérans écartaient la foule compacte des spectateurs sans violence et "par le seul respect porté à la vieillesse par le Français régénéré." Une musique militaire ouvrait le cortège, puis marchait un "bataillon scolaire", formé de "jeunes citoyens" [Extrait des registres du Corps municipal du 12 messidor. Placard in-folio, imprimé dans les deux langues, avec remercîment spécial à ces jeunes citoyens et portant organisation de leur bataillon.], puis encore de "jeunes citoyennes" vêtues de blanc, aux écharpes tricolores, des adolescents armés de sabres, les orphelins de la Patrie, et une foule immense de matrones, couronnées de fleurs, avec leurs enfants portant des bouquets et chantant des hymnes patriotiques.
La masse des citoyens, dont les rangs étaient unis entre eux par des guirlandes de feuillage, était suivie par toute une série de groupes professionnels ou politiques distincts. Des cultivateurs conduisaient une charrue, attelée de deux boeufs "au front panaché de rubans tricolores." Quatre citoyennes représentant les quatre Saisons, en guidaient une cinquième, la déesse de l'Abondance. Des militaires de toute arme portaient une petite Bastille, et "les citoyens occupés à l'extraction du salpêtre, des emblèmes annonçant que le ciel protège le peuple qui prépare la chute des rois et des oppresseurs de la terre. " Plus loin l'on aperçoit la France, la Suisse, la Pologne et l'Amérique, représentées par des citoyens vêtus des costumes propres à ces pays, et "paraissant dans leur allégresse, nourrir l'espérance certaine du bonheur qui plane sur ces contrées." En avant de la Société populaire marchent, portant des branches de laurier, "les citoyennes occupées à la confection des effets de campement des armées", puis des femmes encore, la Liberté, la Justice, l'Egalité, la Félicité publique. Les Jacobins suivaient, portant les bustes des martyrs glorieux de la liberté, et accompagnés des "citoyennes habituées à fréquenter leurs tribunes." Le cortège était terminé par les autorités civiles et militaires, qui s'avançaient, au milieu d'une double rangée de canonniers, à travers les rues ornées de banderolles tricolores et de guirlandes de fleurs, "formant un coup d'oeil que l'âme attendrie savourait avec délices."
C'est ainsi que le peuple de Strasbourg se portait vers le Temple de l'Etre suprême, "dépouillé des vestiges impies du sacerdoce." La place et les portails avaient été ornés d'arbres et l'intérieur de la Cathédrale était arrangé en vaste amphithéâtre, capable de recevoir une foule immense. Au milieu s'élevait sur une montagne un autel de forme antique, où étaient gravées en bas-relief les principales époques de la Révolution. Sur cette montagne "les jeunes citoyennes viennent déposer leurs fleurs, leurs gerbes et leurs fruits, mais elles en sont elles-mêmes le plus bel ornement. Un parfum suave, jeté par leurs mains pures, s'élève vers la voûte ; un doux saisissement, un saint respect préparaient le silence nécessaire dans une aussi nombreuse assemblée..."
Une fanfare de trompettes annonce alors l'ouverture de la cérémonie, puis "une symphonie mélodieuse élève les âmes vers l'auteur des êtres", et un poète, inconnu pour nous, vient déclamer une Ode à L'Etre suprême :
...Etre infini, ton culte est le règne de l'homme.
Tu voulus sa grandeur, non le pouvoir de Rome ;
L'homme libre élevant vers toi son front serein
T'offre le pur encens des vertus de sa vie.
Lorsque l'esclave impie
Rampe au pied de Terreur, du marbre et de l'airain...
Dieu de la liberté, du peuple et du courage.
Les prêtres et les rois nous voilaient ton image ;
Nous voulons t'adorer loin des prêtres, des rois.
Nous avons retrouvé tes traits dans la nature ;
Sa voix fidèle et pure
A dicté nos devoirs, notre culte et nos lois !
Espérons que la musique d'Ignace Pleyel, l'ex-maître de chapelle de la Cathédrale, présentait plus d'attraits que ces vers médiocres. Il avait été mis à contribution, lui aussi, pour la cérémonie de ce jour. "Pleyel, dit notre procès-verbal, devenu agriculteur depuis que la Révolution a ramené l'amour des champs..., inspiré par un sujet aussi beau, avait composé une pièce brillante et majestueuse, dont les paroles, extraites de la Journée de Marathon , étaient chantées par un choeur nombreux de jeunes citoyennes, unissant les grâces de leur âge au civisme et à la vertu."
Ces "harmonieux accords" sont interrompus par le discours d'un orateur, également anonyme, qui dépeint à la foule "les dangers de la doctrine aride de l'athéisme, en intéressant tous les coeurs sensibles à l'existence de la divinité." Mais nous ne nous arrêterons pas aux flots de rhétorique dont il inonda son auditoire, non plus qu'à la harangue analogue du représentant du peuple Lacoste.
De nouveaux choeurs se font entendre et les masses qui se pressaient sous la voûte du temple, se séparent enfin "dans un enthousiasme général" [Sur cet enthousiasme, plus ou moins général, voy. aussi la Strassburger Zeitung , 21 prairial (9 juin 1794).] en entonnant cette dernière strophe :
"Potentats, qui sur la terre
Tremblez dès l'aube du jour,
Votre impuissante colère
Va vous perdre sans retour ;
Vous voulez réduire en cendre
Le sol de la Liberté ;
Dans la tombe il faut descendre
Et croire à l'Egalité." Ce que fut la fête, au sortir de la Cathédrale, nous ne le savons que par les derniers mots du procès-verbal. "L'indigence, dit-il, en rentrant dans ses foyers, y trouva un repas frugal... le civisme fit couler, sur le soir, une boisson saine aux pieds des divers arbres de la liberté. Une partie de la nuit se passa encore en fête et en allégresse. Le bonnet rouge placé sur la pointe extrême de la tour du temple, que l'on avait illuminée, paraissait dans l'ombre une étoile flamboyante, proclamant les droits du peuple et le bonheur du monde"
[Procès-verbal et description de la fête de l'Etre suprême célébrée le 20 prairial. Strasbourg, Dannbach, 16 p., 8°. Signé par le maire et tout le Corps municipal, ce document a été rédigé sans doute par le citoyen Doron, secrétaire-greffier adjoint.].
Dès le lendemain, le corps municipal était mis en devoir d'examiner la carte à payer. Deux mémoires, l'un de 130 livres 60 centimes, l'autre de 1377 livres 35 centimes, lui étaient présentés par les entrepreneurs chargés de "dépouiller le Temple de l'Etre suprême des ornements ridicules de la superstition" [Procès-verbaux manuscrits, 21 prairial (9 juin 1794).]. Le 24 prairial paraissait un nouvel appel du comité chargé de réunir les fonds pour couvrir cette dépense et pour orner la Cathédrale "d'emblèmes républicains" [Procès-verbaux du Corps municipal.].
Les citoyens Labeaume, Zabern, Fischer, Dietsch, Chenevet et Læmmermann y exprimaient leur vive douleur de ce que "beaucoup de citoyens restent froids vis-à-vis de l'émotion universelle produite par la fête décadaire... Voulez-vous être égoïstes ? Non, alors déposez votre offrande sur l'autel de la patrie ! " Personne n'aimait alors à passer pour égoïste ; trop de gens avaient été conduits dans les prisons strasbourgeoises commesuspects de ce crime.
Aussi finalement la souscription volontaire atteignit-elle le total fort honnête de 34,406 livres en assignats [Strassburger Zeitung,29 prairial (17 juin8 prairial (27 mai 1794). Maybaum s'engagea 1794).]à la livrer en quatre ou cinq mois, si on lui fournissait des ouvriers et les matières premières.].
C'est sur ce fonds patriotique que furent réglés les mémoires mentionnés plus haut ; c'est avec cet argent aussi que l'horloger Maybaum dut construire l'horloge décadaire réclamée par Téterel pour la tour de la Cathédrale [Friese, V. p. 330.]Téterel fut délégué pour lui fournir du fer et du charbon. (Procès-verbaux, 1er messidor [19 juin 1794]).] et que furent renouvelés les quatre drapeaux tricolores, fort usés déjà, ornant les tourelles de la flèche. Ils furent choisis "de l'étoffe la plus solide" pour pouvoir "continuer à annoncer les victoires que remportent les troupes de la République sur les esclaves des despotes coalisés" [Procès-verbaux du Corps municipal, 15 messidor (3 juillet 1794).].
Enfin, plus tard encore, le jour même où tombait Robespierre, le Conseil municipal soldait un dernier compte, et le plus considérable de tous, toujours sur le même fonds des contributions volontaires. "Vu, disait la délibération, l'état des frais occasionnés par la construction d'un bonnet rouge et de quatre guirlandes, servant d'ornement à la tour du temple dédié à l'Etre suprême, ouvrages faits depuis le 23 floréal dernier jusqu'au 25 prairial, appuyés des pièces justificatives nécessaires, ledit état présenté par Burger, maçon, spécialement chargé de l'inspection desdits ouvrages, qui se monte à la somme de 2991 livres 68 centimes.
"Et sur les observations faites par l'administrateur des biens publics que les citoyens Karth, négociant, Galère, tapissier, et Burger, maçon, satisfaits d'avoir contribué à la décoration dudit temple, renoncent au payement qu'ils auraient à réclamer ; ouï l'agent national,
"le Corps municipal arrête qu'il sera payé audit citoyen Burger le montant de l'état, portant la somme de 2991 livres 68 centimes, contre quittance valable, sur les fonds provenant des dons des habitants de cette commune, pour décorations républicaines du Temple dédié à l'Eternel ; arrête en outre qu'il sera fait mention civique au procès-verbal du don généreux des citoyens Burger, Galère et Karth" [Procès-verbaux du Corps municipal, 9 thermidor (27 juillet 1794).].
Nous ne nous arrêterons pas longuement aux fêtes civiques qui suivirent celle du 20 prairial. Il semblerait que durant cette époque immédiatement antérieure à la fin de la Terreur, on ait tenté d'étouffer la conscience publique révoltée, sous le bruit des acclamations officielles et des réjouissances publiques et de cacher ainsi le spectacle hideux de la guillotine fonctionnant sans relâche sur la place de la Révolution. Le 20 messidor, la Cathédrale était illuminée pour célébrer les victoires de la république aux Pays-Bas [Strassburger Zeitung , 22 messidor (10 juillet 1794).] et l'on dansait au Broglie ou plutôt sur la place de l'Egalité. Six jours plus tard, les autorités civiles et militaires convoquaient la population strasbourgeoise au temple de l'Etre suprême pour célébrer l'anniversaire du 14 juillet 1789. Un cortège, analogue à celui que nous venons de décrire, partait du champ de la Montagne, vulgairement dit Finckmatt, portant les bustes de Marat, de Châlier et de Lepelletier, pour aboutir à la Cathédrale, où les discours alternèrent avec des chants patriotiques et un hymne spécial du citoyen Labartasse. Un banquet frugal était offert ensuite aux défenseurs de la patrie, mutilés dans les combats, et la fête se terminait par une représentation gratuite au théâtre [Plan de la fête du 26 messidor, Strasbourg, Dannbach, 8 p., 8°.-Voy. aussi le compte rendu de la Strassburger Zeitung , 28 messidor (16 juillet 1794).].
Cette mise en scène d'un lyrisme aussi froid que pompeux, n'empêchait pas le sang de couler en province, tout comme à Paris. Le lendemain même du jour où les "groupes d'adolescents" de Strasbourg avaient chanté :
"Nourris de civisme et de gloire,
Notre coeur n'est pas corrompu.
Nous croissons près de la victoire,
Parmi des leçons de vertu,
Affranchis de l'horreur profonde
Qu'éprouvaient nos tristes ayeux..." ils pouvaient assister, sur la place d'Armes, au spectacle de l'exécution d'une vieille femme de soixante-quatre ans, nommée Françoise Seitz, traduite devant le tribunal révolutionnaire pour avoir distribué des brochures royalistes à des soldats de l'armée du Rhin, et condamnée, puis guillotinée, le jour même, à cinq heures du soir. C'étaient là sans doute aussi les "leçons de vertu" chantées par le poète ! [Strassburger Zeitung , 29 messidor (17 juillet 1794).].
Mais c'est surtout dans le langage des représentants du peuple en mission dans nos départements, que l'on pouvait constater la recrudescence terroriste de ces dernières semaines qui précèdent la chute de Robespierre [Il faut dire qu'ils étaient stimulés par les Jacobins de Strasbourg. La lettre des administrateurs du département du Bas-Rhin, datée du 14 messidor (Livre Bleu, I, p. 169), réclamait précisément la mesure prise par les représentants.]. La proclamation du 4 thermidor, publiée à Strasbourg par Hentz et Goujon, atteint, si elle ne dépasse pas en violence, les arrêtés de Lebas et Saint-Just : "Instruits par leurs propres yeux de l'état déplorable où se trouve l'esprit public dans les départements du Haut et Bas-Rhin... que là... les prêtres exercent un empire révoltant, tiennent les citoyens dans une oisiveté scandaleuse, pendant plusieurs jours des décades, sous prétexte du culte religieux, tandis que la terre demande des bras... ; qu'ils profitent de cette oisiveté qu'ils commandent, pour prêcher la révolte, corrompre les moeurs et exciter le désordre [Le motif principal de la colère des représentants était le renversement d'un arbre de la liberté à Hirsingen, dans le Haut-Rhin.]. "Que l'ignorance et la superstition sont telles dans ces départements que le peuple est toujours sous le despotisme et méconnaît la révolution... qu'il est prouvé par une foule de renseignements que les prêtres conspirent contre la patrie... qu'ils séduisent les femmes et corrompent les moeurs, qu'ils machinent en secret la contre-révolution, qu'ils ont tous dans le coeur, même quand ils parlent de leur attachement aux lois, langage équivoque dans leur bouche...
"Que le résultat de leurs manoeuvres dans ces départements est une ignorance totale des lois de la liberté... qu'un autre résultat non moins funeste de ces prédications audacieuses et fanatiques est un relâchement de l'esprit public...
"Les représentants du peuple arrêtent : Tous les prêtres des départements ci-dessus désignés seront sur-le-champ mis en arrestation et conduits à la citadelle de Besançon, où ils seront enfermés et traités comme gens suspects" [Les représentants du peuple envoyés près les armées du Rhin et de la Moselle. Strasbourg, 4 thermidor, grand placard in-folio, dans les deux langues, s. nom d'impr.]...
Cet arrêté qui, d'un trait de plume, et sans examiner la situation personnelle des individus qu'il frappait, déclarait suspects tous les ministres des cultes, les protestants et les israélites aussi bien que les prêtres constitutionnels, est la mesure la plus radicale peut-être qui ait été prise dans notre province contre la libre manifestation d'un sentiment religieux quelconque.
La chute inopinée des terroristes à Paris empêcha de mettre partout à exécution la mesure ordonnée par Hentz et Goujon et confiée par eux aux bons soins du général Dièche, le piteux ivrogne auquel était confiée pour lors la sécurité de Strasbourg. Mais de nombreux ecclésiastiques de tous les cultes furent traînés néanmoins dans les cachots de la citadelle de Besançon [Voy. Winterer, p. 183-188, et pour les pasteurs protestants et les ministres officiants israélites les lettres du pasteur Gerold. de Boofzheim, l'une des victimes, publiées par nous. Bilder aus der Schreckenszeit . Strassburg, Bull, 1883, 18°.].
La seule chose qui puisse nous étonner dans le langage des deux proconsuls, c'est qu'ils reprochent aux autorités départementales une "honteuse inertie" vis-à-vis de ces désordres imaginaires ou réels, et les accusent de ne pas "appesantir la hache vengeresse des lois sur le méchant qui conspire." Les administrateurs du Bas Rhin, tout au moins, ne méritaient pas ce reproche ; leur langage était d'un jacobinisme à satisfaire les plus exigeants, du moins dans le domaine religieux.
Qu'on écoute plutôt ce qu'ils écrivaient à Hentz et à Goujon, en date du 7 thermidor :
"L'ancien orgueil des jongleurs chrétiens avait fait élever des clochers insolents sur les édifices consacrés à leurs billevesées religieuses. L'oeil stupide du peuple s'était accoutumé à voir avec respect ces monuments de la superstition et de son esclavage.
Aujourd'hui... rien de ce qui peut en perpétuer le souvenir ne doit exister dans une terre libre. Ordonnez donc, citoyens représentants que tous les clochers et tours soient abattus, excepté cependant ceux qui, le long du Rhin, seront reconnus être utiles aux observations militaires, et celui du temple dédié à l'Etre suprême, à Strasbourg, qui présente un monument aussi hardi que précieux et unique de l'ancienne architecture [Téterel dut être furieux de cette restriction, faite par des hommes qu'il regardait comme ses émules ; elle s'explique par le fait qu'il y avait au Directoire quelques administrateurs, Strasbourgeois de naissance.]...
"Cette opération fera le plus grand bien au moral des citoyens... elle épurera l'horizon devant les âmes fortes qui ne voient que la pureté du culte de l'Etre suprême, elle portera un dernier coup à l'aristocratie, et au prestige funeste des prêtres... Plus de clochers, plus d'insultes à l'égalité, plus d'aliment à la faiblesse ou au crime ! " [Livre Bleu I. p. 172.].
Cette pièce était signée Ulrich, président, Sagey, Carey, Rivet et Barbier, secrétaire général. Peut-être bien les députés de la Convention auraient-ils tâché de satisfaire les pétitionnaires, si le temps ne leur avait manqué. On sait ce qui arriva. Le 10 thermidor, alors qu'on célébrait à Strasbourg la fête de Barra et Viala, conformément au décret de la Convention du 23 messidor [Hymnes qui se chanteront à la fête de Barra et Viala, célébrée à Strasbourg, le 10 thermidor. Strasbourg, Dannbach,8 p., 8°.], la tête de Robespierre tombait à Paris sous le couperet de la guillotine, et sa mort mettait fin à la crise terroriste, contre le gré de bon nombre d'entre ceux qui s'étaient coalisés contre la dictature et le dictateur. La nouvelle en arriva relativement tard à Strasbourg ou, du moins, n'y fut regardée comme authentique qu'après des hésitations prolongées ; ainsi c'est le 15 thermidor seulement (2 août) que la Gazette de Strasbourg enregistra la condamnation de Robespierre et de ses "complices" [Strassburger Zeitung , 15 thermidor (2 août 1794).-Il courait alors à Strasbourg des bruits insensés sur Robespierre. Le même journal, dans son numéro du 26 thermidor, racontait qu'il "avait voulu obtenir de force la main de la jeune Capet, pour être plus facilement reconnu par les puissances étrangères."].
Monet, le fervent admirateur du héros jacobin vivant, s'empressa de joindre ses imprécations contre le "monstre" terrassé, à celles de tant d'autres, terroristes comme lui. Dès le 14 thermidor, il réunit le Conseil général de la commune de Strasbourg en séance publique extraordinaire, pour lui faire voter une adresse à la Convention nationale, flétrissant "les complots liberticides" des traîtres qui avaient prétendu "asseoir leur tyrannie sur les débris sanglants de l'autorité nationale." Les citoyens des tribunes furent invités à signer également cette adresse et "se précipitant dans l'enceinte, présentèrent dans cet accord civique, le spectacle le plus touchant aux républicains, qui y trouvèrent dans ce moment de crise un délassement pour leur âme affaissée" [Extrait des registres du Conseil général, 14 thermidor, Strasbourg, Dannbach, 4 p., 4°.]...
Ce n'était pas sans raison que les citoyens de Strasbourg témoignaient d'une joie assurément sincère en félicitant la Convention de la chute du "tyran". Ils pressentaient que le chef de la Montagne une fois abattu, ses sectateurs en province tomberaient bientôt à leur tour et que Robespierre, Saint-Just et Lebas entraîneraient à leur suite leurs valets et leurs courtisans locaux, les Honet, les Téterel, les Mainoni et tous les héros de la Propagande. Cet espoir ne devait pas les tromper.

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