Tina, Jean Marie et les autres
Minimum d'euros
Une baguette de pain, soixante-quinze centimes d'euro,
Elle a quatre-vingts ans et des yeux bleus rougis
Où se reflète la couleur cuivre des petites pièces d'euro.
La boulangerie est loin, pour ses pieds endoloris
La fin du mois aussi avec la pension de six cent dix euros.
Pourtant il faut vivre et vieillir, avancer sans maux dire
À quoi bon se plaindre quand la mort sonne le zéro
Du compte à rebours de la vie, du compte des souvenirs.
Sur le buffet, des bibelots à trois francs six euros,
Cartes postales et portrait du défunt mari déjà jauni,
Un cadre photo des enfants, code barre, deux euros,
Tant de temps sans nouvelles d'eux, si loin au RMI.
Tout est petit ici, tout est pauvre sauf la télé à mille euros
Seul et unique plaisir de ses ultimes années, à crédit.
Dans la lucarne brillante on parle d'Europe et d'euro
Elle y apprend qu'elle coûte bien cher à l'état démuni
Un petit homme sec, dit presque dix milliards d'euros
Cela fait une somme! Pour ce minimum garanti
Le petit homme aigre promet, en plus, quelques euros
Voilà qui la rendrait, s'il devait être élu, plus à l'aise et réjouie.
Va-t-elle mourir plus riche avec, ces misères d'euros ?
Elle partira, conduite à sa tombe par trois malheureux amis,
Quand une poignée de Français gagneront cent milliards d'euros
Avec les gains boursiers fruits du labeur de travailleurs fourmis,
Qu'un cadeau fiscal annuel de plus de trente milliards d'euros,
Sera promis par le petit homme prodigue, aux patrons bouffis.
Pour qui cette valse de chiffres en dizaine de zéro d'euro ?
En revenant essoufflée et meurtrie de la boulangerie
Elle m'a dit tout bas que pour espérer gagner plus d'euro
Il fallait chasser étrangers, maghrébins et clandestines,
Comme le dit le petit homme sage assis sur un tapis d'euro.
Comme le dit le petit homme sage assis sur un tapis d'euro.
Alors un dimanche, la petite vieille qui vit à crédit vota Sarkozy.
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Tina, Jean Marie et les autres
Des semaines se sont écoulées depuis le second tour des présidentielles et la victoire écrasante de Nicolas Sarkosy , portée par cette petite vieille, et ces petites gens qui ont adhéré en masse au discours énergique et perfide qu’ils voulaient entendre, même s’ils n’en percevaient pas, pour beaucoup, les menaces pour eux, pour leurs enfants et pour la planète entière. En face, le discours insipide socialiste, égrainant des valeurs de gauche tout en faisant du pied à la droite molle de l’UDF, a sonné le glas des espoirs de justices sociales, écologiques, antiracistes et féministes.
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Tina, Jean Marie et les autres
Des semaines se sont écoulées depuis le second tour des présidentielles et la victoire écrasante de Nicolas Sarkosy , portée par cette petite vieille, et ces petites gens qui ont adhéré en masse au discours énergique et perfide qu’ils voulaient entendre, même s’ils n’en percevaient pas, pour beaucoup, les menaces pour eux, pour leurs enfants et pour la planète entière. En face, le discours insipide socialiste, égrainant des valeurs de gauche tout en faisant du pied à la droite molle de l’UDF, a sonné le glas des espoirs de justices sociales, écologiques, antiracistes et féministes.
Le petit score de José Bové aurait pu décourager les milliers de militants de tout horizon de gauche qui l’ont soutenu. Nous nous sommes retrouvé, pourtant, tous ensembles à improviser une candidature aux législatives, d’un mouvement qui s’est appelé la gauche alternative 2007.
Elle avait de la gueule notre candidate Tina, brune, jeune jolie et sans complexes qui a porté l’espoir durant 1 mois d’un nouveau mouvement faisant de la politique autrement, sans état-major, ni compromissions. De la gueule, aussi, son suppléant Jean Marie, la cinquantaine, cheveux longs bouclés et grisonnants, au ton et aux allures rebelles, ex vert, écolo en rupture de parti. Comme tout le comité de campagne en avait de la gueule, de l’ancien communiste octogénaire, aux militants associatifs, en passant par cette rmiste décroissante et les militants alternatifs. Tous ont distribué des tracts, collés des affiches au coeur de la nuit sous les conseils éclairés du vieux militant communiste qui accueillait aussi les réunions chez lui. Peu importait le résultat, presque déjà acquis, seul importait, le fait d’exister dans cette gauche de partis en déliquescences, taraudées par le désir cupide de garder ses petits pouvoirs locaux ou son hégémonie idéologique. Tina , Jean Marie et les autres ont réussi ce pari, ils ont gagné cette partie. Ils sont là, présents, palpables. Ils sont la petite flamme qui doit jaillir du champ de désolation que laissent les partis de gauche.