Chapitre seize et néanmoins dernier
C'est une de ces fins de soirées où, apparemment sans raison, le climat vous laisse un goût amer en bouche. Une saveur déjà connue. Un bouquet de froideur. Une atmosphère pesante. L'ombre d'une connaissance de travail, perdue de vue depuis peu, se glisse furtivement dans le cadre habituel, sur votre chemin, et vous trouvez cela obsédant.
La rudesse du moment donne cette dureté au trajet pédestre jusqu'à l'appartement. Graimet est mal, au sortir de cette journée si âpre.
Le trajet est long, jusqu'au Boulevard Richard Leblanc. Le Divisionnaire pénètre l'entrée principale, monte les escaliers. Pour la première fois, il regrette l'absence d'ascenseur. Il va sûrement voir d'un autre œil la proposition de Louise de s'expatrier vers la Place des Vosges ou ailleurs.
Le Commissaire a du mal à se remettre de ce coup dur, de cette trahison, de cette folie. Cotence l'a provoqué. Voulait-il glorifier son chef ? L'anéantir ? Le Divisionnaire n'en saura jamais rien. Le cahier, retrouvé à l'endroit décrit par l'ex flic, ne mentionne pas spécialement ce genre de détail. Tout n'a pas été encore étudié à fond, on n'a qu'effleuré. Maintenant, on aura le temps...
Le Commissaire s'aperçoit qu'il est enfin sur son pallier. Il sort sa clé et entre chez lui. La journée est finie. L'enquête est bouclée. Sa vie aussi : Louise est au salon, allongée. Graimet ne remarque pas la mare de sang dans laquelle elle repose, mais seulement les trois petits points, en triangle, sur la tempe droite.
Graimet est vieux.
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