Chapitre quinze pire confiance
18h10, dans le bureau de Graimet. Les gars du service arrivent groupés. Pas de Woërms, mais pas non plus de quoi alarmer Graimet. Le légiste ne va pas tarder.
Depuis qu’il s’est installé sur une chaise, Février ne quitte pas ses chaussures des yeux. Pour qui le connaît, c'est un signe clair, presque un message : il a un poids sur le cœur, hésite avant de s'en décharger.
« Qu’est-ce qui ne va pas, mon gars ? » demande son chef.
Le jeune homme ne moufte pas pour autant, fixe toujours la pointe de ses souliers, évitant ainsi le regard de son supérieur. C'est Cotence qui répond :
« C’est délicat à dire, Patron… Février m'a raconté les soupçons que vous lui avez dévoilés tout à l’heure. Ça le perturbe. Je ne sais pas si vous nous avez rassemblés ici pour faire un point sur l'affaire ou remettre les pendules à l'heure, mais vous instaurez un climat délétère qui n'amène rien de bon.
— Climat délétère ! T'emploie de ces mots, garçon ! On sent bien que t’as préparé ta phrase. Mais développe, Cotence, développe …
— Paraît que vous auriez laissé entendre que le meurtrier ne pouvait être que quelqu'un de chez nous !
— Exact ! Et si, au moment où je l'ai dit, c'est-à-dire avant de découvrir le cadavre de Madame Pivot, j'avais encore un tout petit espoir de me tromper, j'en suis désormais convaincu.
— Sauf votre respect, vous ne pouvez pas lancer des phrases comme ça sans vous expliquer !
— Tu veux un exemple simple ? Prenons le crime de ce matin. Il faudrait admettre une sacrée coïncidence pour l'avaler. Imagine : je reçois une dame dans nos locaux avant-hier, et voilà-t-y pas qu’elle devient la cible d’un hurluberlu après lequel nous courons, qui va jusqu’à mettre en scène la mort de la défunte pour nous narguer ?
— Mettre en scène ?
— Tu le crois, toi, que mon quartier a été choisi par hasard, par cet homme, pour se débarrasser de cette dame ? On devrait admettre qu'elle venait me voir, chez moi, et que lui se trouvait justement dans les parages ? Non, non ! Pas très plausible.
— Mais imaginons qu'elle sache qui est le tueur, qu'elle veuille vous prévenir et qu'il l'en empêche ?
— Arrête les romans photos, s'il te plait. Tu parles de tueur là où il n'y a pas lieu de le faire ! Jusqu'à hier, il a tué qui, officiellement ? Personne. Il a ''seulement'' oblitéré la tempe d'une déjà morte dont l'assassin s'est livré spontanément aux forces de l'ordre, comme on dit communément. Avant aujourd'hui, on cherchait un malade qui poinçonnait, c'est tout. Ce n'est que ce matin qu'il se transforme en criminel et reproduit sa signature post-mortem.
— Ouais, mais la victime pouvait être au courant de son geste et vouloir vous le signaler, non ?
— Je ne sais pas ! Explique-moi : pourquoi se confier à moi, pourquoi venir chez moi mais, surtout, si tôt le matin ? C'est une autre histoire à tirer au clair, ça, tu ne trouves pas ? Non, ça sent la bravade. Le meurtrier veut m'éprouver, nous tester.
— Ça n'empêche que je vois pas pourquoi ce serait spécialement un flic.
— Réfléchis : pour qu'il puisse être au courant du passage chez nous de Madame Pivot, il fallait bien qu'il y soit lui aussi. Sinon, comment aurait-il pu savoir que cette femme était en contact avec nous ?
— Avec vous, patron ! En contact avec vous ! » rectifie Février.
Graimet ne se formalise pas, et admet :
« Tu as raison, bonhomme ! En contact avec moi. Et même, tiens, je vais plus loin : je te suis et j'accepte de croire que le futur tueur et elle se connaissaient, qu'elle a voulu dénoncer le geste du détraqué, qu'il l'a arrêtée comme il le pouvait… Allez, je suis bon prince, je te le concède !
— Si vous l’admettez aussi facilement, c’est que vous n’allez pas tarder à tout balayer d'un revers de main.
— Attends : je fais le même raisonnement pour la seconde femme, lors du double meurtre. Elle a été tuée par un F.R.A.N.ç.O.I.S qui est, au moment où nous parlons, en goguette - grâce à notre légèreté…on n’en dira pas davantage -, mais perforée en triangle par un second intervenant. Là encore, on imagine mal quelqu'un passant par hasard, un poinçon dont il ne savait justement que faire en poche, et qui perfore la tempe d'une des deux victimes avant que la police intervienne. Non, il fallait bien que ce soit quelqu'un qui ait accès aux constatations d'usage, sur le terrain.
— Vous faites des recoupements rapides, je trouve. Vous venez de le dire, il n'y a eu récemment que deux cas établis, pour cette façon de signer ces crimes, non ?
— Deux suffisent. Tu oublies ce que je répète depuis un moment déjà ! Dans ma mémoire, cette manière d'exécuter les choses n'est pas toute neuve : 1928 ! Faut-il que je te le rappelle ? Je me souviens que Woërms - qui n’est toujours pas arrivé, d’ailleurs - m’en avait parlé pendant que nous buvions un coup dans un bistrot de Caen, où nous étions basés à l’époque. Il avait d'abord esquissé le motif et l’endroit exact de l'impact sur la tempe, à main levée sur un coin de feuille blanche. Une grosse semaine plus tard, il m'en montrait les clichés. C'était une denrée rare, en ce temps-là. Je ne sais trop comment il se les était procurés. Lui était emballé, passionné. Pour moi, il ne s’agissait que d’un banal fait divers.
— Il vous en a reparlé !
— Non, et je vais te dire autre chose : quand je lui ai fait remarquer que ça me rappelait quelque chose datant de 28, il n'a pas bronché. Il s’est contenté de répondre qu’il fouillerait dans les archives. Il a dû oublier l’anecdote… On en a tellement vécu, depuis !
— Depuis que vous nous parlez de 1928, vous pensez bien que j'y suis passé, aux archives, pour tenter de découvrir des affaires approchantes !
— Je te reconnais bien là, Février.
— Eh bien à part une, à Moulins, en 28, justement…
— Peut-être celle que j'ai en souvenir ?
— Sûrement ! A trois ans d'intervalle, seules trois affaires font références aux traces en triangle, quelquefois à titre anecdotique. Et, comme pour la confection du poinçon trouvé ce matin, elles datent d'il y a plus de vingt ans ! Vous voulez le détail ?
— S'il te plait.
— Le 10 décembre 28 : une dame est écrasée par une voiture. Traces en triangle inexpliquées sur la tempe droite. Classement. Puis début février 30 : un collègue - Garpou, qui est aux stups, aujourd'hui - abat un type. Légitime défense. On retrouve sur la tempe du mort le triangle, sans pouvoir en expliquer l'origine. Classement, une fois de plus. Enfin, le 5 décembre 31, une jeune femme se fait agresser au jardin des plantes. Elle n'en meurt pas, mais on décèle le dessin au même emplacement. L'agresseur reste inconnu.
-- Le cas du type abattu par le collègue Garpou, début 30, m’autoriserait bien à penser que c’est à cette époque que ce "quelqu’un de chez nous" s’est mis en action, non ?
-- Possible, je n’ai pas creusé plus avant.
— Beau boulot quand même, Février. T'es sûr qu'il n'y a rien d'autre ?
— Rien de répertorié à Paris, en tout cas. Et pour revenir à l'affaire de Moulins, elle a été complètement élucidée. Aucune zone d’ombre... Mes recherches n'ont pas l'air de vous satisfaire…
— Tout ce que tu viens de dire me convient très bien, au contraire. Le seul petit problème, en admettant encore que ces faits aient été commis par la même personne, c'est qu'ils sont aujourd'hui prescrits.
— Ça, j'y peux rien. »
Le mulet inspire et souffle profondément. Visiblement, il prend sur lui. Il entre dans l'arène :
« Puisque je suis lancé, je continue : si on suit votre logique d'accusation, on peut aller très loin, Commissaire.
— Pour l'instant, je n'ai accusé personne. Je me contente d’exposer simplement mes réflexions. Je comprends qu’elles puissent ne pas te plaire, te choquer, mais c'est comme ça !
— Bon, ben jouons le jeu, si vous le voulez bien ! Allons-y ! » s'exalte Février, dont le cœur tachycarde hardiment face à l’exercice autrement plus périlleux auquel son propriétaire va se livrer. Le mulet poursuit :
« Si je me souviens bien, vous vous dites droitier, alors que vous êtes gaucher, comme le tueur.
— Je suis doué d'ambidextérité. »
Seul, Lorgnon pouffe au superbe néologisme de son boss. Graimet est extrêmement content de ce mot-là mais conçoit que la tension régnante empêche un amusement général. On est loin des gaudrioles.
« Je suis donc capable d'asséner un coup indifféremment de l'une ou l'autre main, bien sûr. C'est tout ?
— Non, on peut suspecter tout le monde en interprétant : souvenez-vous, sur les lieux du double crime. À un moment, vous vous êtes effondré de tout votre long, près de la victime marquée.
— J'ai du mal à me rappeler cet instant très nettement, mais continue !
— Qui nous dit que vous n'en avez pas profité pour lui imprimer le triangle ? Vous avez été le premier à remarquer cette trace et c'est vous qui avez fait immédiatement le lien avec 1928. Vous voyez qu’il est facile d’accuser, non ?
— Je te ferais remarquer qu'il y avait du monde autour de moi, à me regarder. Mais pourquoi pas. N'oublie pas non plus que Woërms était là, lui aussi. Comme en 1928. - Qu’est-ce qu'il fout, l'animal ? Il est presque la demie !
— Il a expliqué qu’il était arrivé sur le premier crime, puis s’était dirigé vers le second, avant de revenir vers le premier pour tenter de vous voir et nous avait finalement rejoints sur les lieux du deuxième meurtre. Il aurait eu tout le loisir de marquer la femme s'il l'avait voulu, non ?
— Le légiste est droitier, il me semble, commente Cotence.
— Je n'en sais rien ! Je crois ! On lui demandera quand il arrivera. T'as encore des griefs contre moi, Février ?
— J'ai rien contre vous, j'essaie seulement de démontrer que rien n’est plus simple que de douter de tout et de tout le monde !
— Si je te dis que le tueur fait partie de la Maison, à un niveau ou un autre, je ne le sors pas de mon pouce. Déjà, je t'ai démontré la latitude dont devait disposer l'agresseur pour officier. Tu admettras qu'une autonomie comme celle-là nécessite de pouvoir montrer patte blanche aux collègues au moment d'entrer sur les lieux des forfaits. Et regarde, pas plus tard que tout à l’heure : on arrive sur place, on investigue, et on trouve un poinçon. Très bien ! Ce qui l'est moins, c'est quand ce dernier est archi sec alors qu'il a plu comme vache qui pisse une heure avant ! Je sais pas ce que ça t'inspire, mais, à moi, ça me donne l'impression qu'il vient de sortir d'une poche ! »
Ébahissement des collaborateurs. Le Divisionnaire se ragaillardit rudement. Que peut-on objecter à cette preuve éclatante ? Février s'est soudain calmé, convaincu par la démonstration.
« Et Woërms était sur place ! » conclut-il.
Le Commissaire mordille le tuyau de sa pipe. Ses yeux pétillent.
Depuis trois quarts d'heure, Graimet rajeunit bien !
***
« Est-ce qu'on déclenche les recherches sur Woërms, patron ? Il est sept heures. Ce serait peut-être une bonne chose, vu les recoupements qu'on vient de faire, vous ne croyez pas ? propose Lorgnon.
— Tu vas laisser mon vieil ami tranquille, oui ? Lui, c'est le genre à étudier les morts, pas à les confectionner, il n'a jamais été bricoleur. Laisse-le arriver seul. D’ailleurs, il n’était pas dans nos locaux quand j'ai reçu Madame Pivot.
— Ça veut dire que vous ne croyez pas en sa culpabilité ? s’informe Février.
— Pas plus qu'à la tienne, celle de lorgnon, de Cotence ou du planton.
— La mienne ?
— Pourquoi pas ? Toi aussi, tu as eu accès aux scènes de crimes, non ?
— Ben oui !
— Alors, je repose ma question : pourquoi pas ?
— Je vous fais remarquer que c'est moi qui suis allé vérifier la présence ou l'absence de traces sur la tempe de la première victime du double meurtre, et que j'en ai pas trouvé, donc pas mis.
— Peut-être que les collègues de garde étaient trop près de toi pour que tu tentes quoi que ce soit, ou que tu es extrêmement malin. Tu savais qu'en cas de découverte du véritable assassin, comme ça a été le cas, une seconde signature t'aurait quand même un peu désigné.
— C'est infernal d'être soupçonné : j’essaie de raisonner calmement, à priori imparablement, et vous laminez tout, comme ça, méthodiquement. Vous voulez que je vous dise le pire ?
-- T’es là pour ça, garçon.
-- C’est que vous restez logique ! Au plus j’argumente, au plus vous me contrez, et je m’aperçois que je m’enlise inexorablement. C’est une spirale effroyable ! Impossible de se défaire de vos accusations ! Pour un peu, je serais presque persuadé d’être coupable !
— Console-toi, je n’y crois pas, à ta culpabilité, je te l’ai déjà dit.
— J’aime autant. Mais pourquoi ?
— Quel âge tu avais, en 28 ?
— Ah oui, évidemment ! Mais imaginez que mes recherches aux archives m'aient inspiré !
— Tu connais l'histoire de l'œuf et de la poule ? Ben, là, tu joues le rôle de l'œuf ! Tes recherches sont postérieures au premier marquage, triple andouille ! C'est même à cause d'elles que tu as cherché. Et la confection du poinçon date de la période de la grande dépression. Tu es hors course, mon vieux.
— Ah ! Bon sang ! Mais, c’est ben vrai, ça !
— Par contre, Cotence…
— J'attendais mon tour !
— T'étais déjà bien en âge, en 1928. Combien ? 19, 20, 21 ans ?
— J'allais sur mes 20.
— Où t’as fait tes classes ?
— Heu... A Moulins. Mais vous le savez bien, je vous l'ai dit quand je suis entré dans le service.
— Effectivement, je me le rappelle nettement. Et pour toi, je trouve que l'histoire du double meurtre s'agence on ne peut mieux !
— Comment cela ?
— Souviens-toi : on arrive sur le premier crime. Les collègues sont déjà passés. On ne traîne pas, on file vers le deuxième. Arrivés sur place, c'est ma bourde : je frappe dans un caillou qui va malencontreusement déplacer le chapeau de la dame. Tu te précipites et lui remets en place. Je suis persuadé que c'est à cet instant que tu l'as discrètement estampillée avec le bouchon.
— Pourquoi il n'est pas retourné marquer l'autre ? » demande Lorgnon, semble-t-il convaincu de tenir le coupable, du moment que son patron le laisse entendre.
« Parce que je ne l'y ai pas autorisé. Enfin, pas autorisé, c'est une façon de parler. Au moment de retourner sur le premier des deux meurtres, j'ai été pris ailleurs, et j'ai chargé Février de vérifier à ma place.
— Ouais, et illico, Cotence m'a proposé d'y aller pour moi ! Vous avez refusé, pour qu'il puisse vous payer un verre.
— Tu vois que tout se recoupe.
— Ah ! On rentre directement dans les accusations, à présent ! On passe un cap, là ! On ne me ménage pas !
— C'est parce qu'il y a d'autres choses qui plaident en ta défaveur. Par exemple, quand j'ai vu Bernard Pivot, je lui ai trouvé un air de famille avec toi, mais j'ai conclu à la coïncidence marrante. Tu m'étonnes qu'il te ressemble drôlement, ton
fils !
— Vous dites n'importe quoi, Patron.
— Arrête les ''Patron'', tu veux bien ! Je pense que vous vous êtes croisés, Madame Pivot et toi. Tu l'as reconnue. Elle, peut-être pas tout de suite. Elle était tellement préoccupée par son petit voyou ! Elle a dû faire le rapprochement ensuite. Elle aura voulu te revoir. Je ne pense pas que tu l'aies repoussée, pour finir par la tuer. Il me manque quelques menus détails, mais tu compléteras les trous. Tu connais la procédure…
— C'est pas à vous que je vais apprendre ce qu'est une preuve, Pat… Commissaire. »
Graimet prend sur son bureau l'un des deux sachets superposés. Il en sort le poinçon.
« Laissez-moi deviner : il y a mes empreintes là-dessus, je parie ? Vous avez bien vu pourquoi, et je m'en suis excusé, il me semble !
— Ce n'est qu'un élément de plus. C'est toi qui l'as trouvé, qui as attiré notre attention dessus. C'est ce que je retiens. Tu as eu peur qu'on passe à côté. Il valait d’ailleurs mieux que ce soit toi qui le découvre : ça te permettait d'expliquer facilement les éventuels reliquats d'empreintes qui auraient pu y traîner. Tu l'as ramassé et manipulé ouvertement, sans protection : la meilleure dissimulation que tu pouvais faire.
— Mais c'est du grand n'importe quoi ! Dis-lui, toi, Février !
— C'est pas toi qui as dit, ce matin même, que ses intuitions retombaient toujours en équilibre ?
— Il me semble qu’une perquisition chez toi, Cotence, serait la bienvenue. Ne serait-ce que pour te laver de tout soupçon. Qu'en penses-tu ?
— Vous n'avez pas le droit !
— Si tu n’avais rien à te reprocher, tu reconnaîtrais toi-même que j'ai raison, ne serait-ce que pour te disculper. Je suis sûr que l'arme du crime, dont tu supputais innocemment que ça pourrait être une canne avec un pommeau assez particulier, on la trouvera dans ta maison. Et, pour avoir vécu avec tes sales histoires pendant tout ce temps - sans parler de tout ce que l'on ne sait pas encore, mais que je devine foisonnant - t'as dû compenser ton manque de célébrité par autre chose. Je pencherais pour des coupures de journaux relatant tes exploits… »
L'accusé dégaine son arme de service.
Réaction immédiate des hommes qui portent la main vers la leur.
« On stoppe, les gars ! » intime Graimet.
Cotence braque le Divisionnaire.
« Non, pas les journaux : un journal, intime. Dans ma chambre, dans un tiroir de la penderie. Ne vous réjouissez pas Commissaire. Si vous avez à peu près tout bon jusque-là, c'est que je vous ai bien mâché le travail. Sans moi, vous croupiriez encore dans vos cogitations vaporeuses.
— Sans toi, on n’aurait pas ces questions à se poser. Lâche ton pistolet !
— Je vous dis que vous êtes à côté de la plaque. Par exemple, je suis certain que vous êtes persuadé que c'est par pure coïncidence que la mère Pivot est venue vous voir avec le gamin et qu'on s'est rencontrés ?
— Ne me dis pas qu'elle qu’elle voulait te montrer ton gosse ?
— Ben si ! Franchement, la connaissant un peu, je peux vous dire que son gosse, qu'il vire voyou ou pas… Passer par vous pour m’atteindre lui évitait de se faire rembarrer d'office. La porte était ouverte.
— Et moi qui ai joué les bons samaritains ! Continue !
— Le reste, vous le découvrirez par vous-même. Par contre, dites-moi, rien que pour savoir. Il y a quoi dans le second sachet ? On dirait un bouquin ? Ce serait pas "Pietr le Léton", de Simenon ? Parce que si vous l'avez retrouvé, là je vous tire mon chapeau !
— Non, rien d’autre qu’une flasque de rhum. Mais tu peux me tirer ton chapeau, je t'ai coincé. Et fais pas de connerie, pose-moi cette arme !
— Ah ! Je vous promets que vous en découvrirez ! Oui, il y en a du consistant, du croustillant et du juteux pour les journalistes. Mais j'ai gagné !
— Arrête tes bêtises : tu as perdu, c'est fini !
— Je suis un génie ! Plus fort que vous !
— Sois raisonnable !
— Je le suis. Je savais que ça se finirait aujourd'hui. Ça aussi, je l'ai noté dans mon cahier, vous verrez… Vous croyez que vous aurez le dernier mot ? C'est moi qui l'aurai ! Et c'est toujours moi qui vous ferai descendre de votre piédestal !
— Celui qui m'en fera desc…. »
Le coup de feu éclate. Cotence vient de se tirer une balle dans la bouche.
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