Guy MASAVI - Lettre ouverte à Mr Geoffroy Guichard - texte intégral

In Libro Veritas

Lettre ouverte à Mr Geoffroy Guichard

Par Guy MASAVI

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Table des matières
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    Il fait un temps de Toussaint dans le cimetière de Saint Étienne.
 
Si vous saviez ce que je tiens dans les mains.
 
Je ne sais pas si votre tombe, Mr Geoffroy, est là.
Si je connaissais, j'irai m'y recueillir, vous parler, vous dire que l'on ne sait plus de vous et de votre oeuvre  que le stade qui porte votre nom. Un stade où les ouvriers et les petits gérants d’épiceries stéphanois venaient acclamer leur équipe dans ce que l’on appelle le chaudron.
Si l’on demande à un enfant :
Qui était Geoffroy Guichard ?
Il vous répondra :
— Un grand footballeur !
Ou bien :
— Un grand chaudronnier !
 
Les ouvriers, ils vous aimaient, Mr Geoffroy, je le sais, je tiens dans ma main la preuve.
 
Il fut un temps, où l'on savait que vous avez créé une chaîne d'épiceries, au début du siècle dernier, qui, peu à peu, du massif central au reste de la France, se développa.
Aujourd'hui c'est un immense groupe agroalimentaire qui contrôle des dizaines d'hypermarchés avec leurs galeries marchandes dans toute la France.
     Mr Geoffroy, vous n’êtes plus là, depuis longtemps, vos fils et petits-fils ont pris la suite ou l'ont abandonnée. Des milliers de salariés travaillent dans les rayons gigantesques pour faire tourner cette maison plus que centenaire, plus que milliardaire, grâce aux labeurs de millier d'autres travailleurs qui se sont succédés, des épiceries de quartier aux supers puis hypermarchés d’aujourd’hui.
Et à quel prix, cela je le sais, je le tiens dans la main.
 
Votre entreprise ne vous ressemble plus Mr Geoffroy .
 
Demain je serai au chômage, licencié pour insubordination, paraît-il.
Il serait difficile de dire que j'ai dû m'absenter quelquefois pour m'occuper de ma fille de trois ans,  handicapée.
Il serait difficile de comprendre que porter une enfant  qui n’a pas l’usage de ses membres, ça fait mal au dos.
Il serait difficile d’avouer l’inhumanité qui règne en maître dans votre entreprise,d’imaginer ce que représente un licenciement pour le père d’une enfant handicapée.
Il serait difficile de dire qu'un cadre aux dents longues ne m'aimait pas, et voulait que je parte.

 
J'ai dans mes mains la lettre, signée de votre main, Mr Geoffroy , que vous avez envoyée à mon arrière-grand-mère veuve de guerre  et gérante de l'une de vos épiceries.
Vous lui assuriez toute votre assistance à elle et à mon grand père, alors, âgé  de 4 ans. J'ai aussi dans mes mains la photo jaunie de l'épicerie où elle pose avec son petit orphelin dans les bras
C'était en 1919.
J'ai aussi, dans les mains, ma dernière feuille de paye : 900 euros, et mon préavis de licenciement.
Voilà,
Monsieur Geoffroy ce que je souhaiterai vous dire si je trouvais votre tombe.
Je voulais vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour mon grand-père qui était si fier d’être votre pupille et de faire partie de votre entreprise.
Pour Moi et mes enfants, désormais,  ce sera la nausée quand je penserai à votre enseigne.