moreau antoine - Une dent dans la rue d'en face. - texte intégral

In Libro Veritas

Une dent dans la rue d'en face.

Par moreau antoine

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Table des matières
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...

M'a tiré sous les pieds, comme un glissement, presqu'une musique. Les sons viennent aux oreilles et
le tapis rapide bruit d'un coup. Juste la cour à traverser, un silence pour tout dire, un silence ample
pour atteindre le pilier qui trône au centre comme totem balayé par les vents contraires qui viennent
et re-partir de la boîte aux lettres, vous suivez ?... La destination imaginée, ce visage avec un trou,
avec la molaire fameuse, arrachée à la gencive mais mise dessous l'oreiller le soir pour la petite souris
aussi, trois tonnes de lettres presque ouvertes... Pas encore lues, justes parcourues quelques-unes ici sous le bras... La destination au pied levé, le courrier avec dedans des lettres envoyées, se précise.

Petit monsieur mâche du bubble-gum l'air de rien. Petit chemin qui mène d'un point à l'autre, il se demande au dos d'une pensée, pas de celles qui se tiennent à l'arrière, ce qui va pouvoir se passer là :
« S'il vous plaît, qu'est-ce qu'il y a là dedans les enveloppes ? Les rats grignotent les livres et ça : « qu'est cela ?... Une souris, un sourire ? » La lecture du courrier fait découvrir deux rangées de dents,
elle sursaute et sourit au vent. Il s'y trouve des creux, des trous, des vides, des manques et là, mon
visage en demi-tour, le corps encore dans l'autre sens...

Le sien à hauteur... de bulle. Une rose, énorme. Ballon sonde qui vole et va là haut s'éclater et choir.
Lui, continue à souffler. Il respire à travers manques, à travers failles, à travers vides et vers elle montre de l'index le mot qui danse. Valse la dentition et les paroles de la bouche, le verbe est...
tenu des deux côtés... Rien ne sort qu'une bulle qui éclate quand il gonfle les joues et souffle distrait.
Sans ennui, elle veut bien répondre, et clair même, la petite souris habituée des fromages à trous,
cherchant les simples mots pour une chose aussi vide, vidée par le manque et le besoin de mâcher,
un peu complexe... pour tout dire... le labyrinthe... elle s'y perd à vouloir comprendre, tout savoir.

« Mais non-non dit-il en riant (il continue son parcours), vous n'en savez rien du chewing-gum sucré,
c'est juste la rue là du docteur savez-vous ? » Les mots se mêlent à l'intérieur de sa bouche, éclatent
et d'un nom, il situe... La rue peut-être... Bordée par les platanes qui pèlent, des feuilles sur le bitume,
gomme « Aptinence » tendue en travers du passage, un prétexte, vraiment... Mettre la gomme et...

« La rue là est celle de droite la première à bras droit raccourci. Faut pas foncer du chewing, il y a
un peu dans la descente... des mâcheurs à pied gauche... qui traversent n'importe comment... »

Le soleil de dix heures déjà chaud, tâche d'ombre sous les arbres, le bitume fume et floutte l'horizon,
les feuilles au sol dans la cour poussiéreuse, s'envolent et retombent, en morceaux éparpillés là-bas
et dansent les petits graviers blanchis par le soleil de plomb du bleu du ciel sec. Il sue gros l'édenté
à presque les sentir grincer chauds dans la bouche... Ses dents qui branlent, elles vont toutes tomber ?

« Le docteur habitait donc cette maison d'angle aigu, à la croisée des rues qui s'éloignent du centre,
y recevait-il ses visites et en quel temps? » C'est la question qu'il se pose, c'est celle qui se pose.

« Je ne sais dit-elle mais j'ai bien connu sa femme, elle était, et là, personne ne pourra me contredire,
un peu grasse, la langue bien pendue... Je la voyais de temps en temps quand on se croisait parfois au
magasin marchandant un jour le vélo d'une roue, très certainement pour s'acheter une pompe à air et
de l'autre attaché à la terre comme si elle voulait conserver ses racines et se planter. Elle allait, oui, en
vélo pour faire croire au voyage, immobile mais pédalant souvent le vent en face, courbée de la tête,
à toutes forces... »

« Morte alors ou depuis ? » dit le Petit monsieur qui, sans réfléchir aux Conséquences, lance un Coup
d'oeil gourmand qu'elle reçoit en pleine face comme un coup de poing. Nullement ébranlée elle sourit
et sans rien lâcher du sourire... Sa dentition... Blanche à aveugler comme neige éternelle au soleil.

« Connue vivante, mais à présent que l'eau est passée, la fonte des glaces, vous savez, en été, c'est
pour moi comme pour elle, je ne sais plus qu'en dire... Comme qui dirait un souvenir qui se perd et
plus qu'en dire... Je ne sais... J'ai un trou vous savez, la mémoire c'est passoire, l'eau coule, je ne sais
ni plus quand dire... Ni une ni deux, ça fait un bail même, heureusement mon dentier tient la route
et ce n'est pas pour dire, mais si, c'est pour ne dire que ça, vous ne savez pas qui elle était, elle vivait
sans rendre d'autres comptes qu'à elle-même qu'elle s'en rendait pas compte des histoires... » Elle
pivote lentement des talons vers la cour, fini de parler qu'elle a, ferme la bouche maintenant, puis elle
re-vient dans le soleil, pile face, s'y mettre en contre-jour, s'y chauffer en entier la peau bronzée, elle
avale la salive qu'elle a encore au fond de la gorge. Un vent se lève, nul nuages, elle poursuit la route
et oublie le monsieur qui mâche à côté de ses dents. Avait-il rendez-vous ? Elle est maintenant déjà
presque loin, déjà presque à droite, on dirait qu'elle disparaît de la circulation. Sûrement, est-ce alors
ressorti de la vie d'un instant qu'il la reverra tête de rat. Et qu'il sera, lui, déjà re-v'nu d'chez lui, oui,
et certainement perdu aussitôt... Tiré du lit de bon matin, remet ça sur le tapis, il rêvait ou quoi ?... Et
re-partant dent plate sous le bras, il mâche une gomme toute neuve, sucrée à souhait. Là !... Il la voit,
souriante des autres... Celles qui manquent, qui sont blanches comme nuages. Elle suit la voie vers le
retour vers la maison vers tout est vers, l'aimant pointe le nord, nous nous retrouvons hors hasard au
fond du jardin, derrière la maison, là où la porte est dérobée.
Un autre état... Elle est... Dans... Elle rit !... Ah ah !... Ses gencives mâchent de la gomme rose fraise.


Une dent dans la rue d'en face.
Copyright : Antoine Moreau, août 2006, d'après Jivezi « 05|07|02. Une dent la rue d'en face va chercher le courrier du matin. », lettres de corridor, publié le 30 juin2002 sur le site Jijijacasse http://www.jijijacasse.free.fr/pages/portsept.html
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