In Libro Veritas

Un ange passe...

Par Lucie Aidart

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Table des matières
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Chapitre 5

            Mathilde lut avec fébrilité les dernières pages de ses cahiers et revint rapidement à la réalité. A peine deux heures s’étaient écoulées depuis le début de sa lecture et la maison était toujours silencieuse. Seule une forte odeur de café trahissait le réveil de quelqu’un. C’était Emilie qui s’était levée, préparant le petit-déjeuner pour son époux et pour Anne-Laure qui ne s’éveillerait sans doute que tard dans la matinée pour profiter de son repos du samedi.
        Mathilde rangea soigneusement la malle conservant les cahiers avec la ferme intention d’aller les poser dans un endroit où ils attireraient l’attention. La jeune femme descendit par la petite échelle et soudain l’étrange parfum qui  l’avait saisi dans la nuit vint à nouveau effleurer ses narines. Charmée et curieuse de savoir à qui il appartenait, elle le suivit et  fébrile, elle pénétra dans son ancienne chambre. Tout était changé bien évidemment et seul son miroir trônait encore dans le coin le plus lumineux de la pièce en face de la grande baie vitrée.
        Quelqu’un dormait dans des draps blancs, et le parfum ne pouvait émaner que de cette personne. Mathilde s’approcha et constata que l’orange et les fleurs fanées étaient l’odeur naturelle d’une fillette, ou plutôt d’une adolescente qu’elle avait déjà aperçue. C’était la fille aux yeux mélancoliques, la fillette perturbée, sans doute l’enfant d’Emilie, qu’elle avait pu voir la nuit dernière dans des souvenirs qui ne lui avait jamais appartenu. Mathilde détourna son regard de la jeune fille pour placer ses cahiers sur une commode ; l’adolescente les trouverait sans doute lorsqu’elle voudrait peigner ses longs cheveux bruns. Puis, fascinée par le doux visage de l’enfant, l’Ange s’assit dans le fauteuil qui faisait face au lit pour pouvoir contemplée tout à loisir la fille d’Emilie. Elle ressemblait peu à sa mère et si comme le pensait Mathilde le père était Marc, alors elle n’avait hérité de lui que la couleur de ses cheveux, un noir d’ébène parsemé de quelques étranges reflets roux. Hormis cela rien n’aurait pu laisser deviner qui  étaient vraiment ses parents. En fait, en regardant bien, la jeune femme avait l’impression de voir une image de ce qu’elle avait été dans son adolescence. Le visage plus blanc que celui d’une morte, de grands cils noirs, un nez rieur et retroussé, de fines rides au coin des yeux, et peut-être même que derrière les délicates paupières de l’enfant se cachaient de  grands yeux gris et énigmatiques. D’une minceur exagérée, la jeune fille semblait avoir une silhouette élégante, mais sous les draps, on devinait que la fée nature n’avait pas encore donné un corps de femme à cette adolescente.
            Ses paupières commençaient à s’entrouvrir et sous les chauds rayons du soleil, un sourire de contentement se dessina sur son visage. Puis elle ouvrit grand les yeux et une bouffée de joie envahit Mathilde. Elle avait des yeux gris qui semblaient refléter une tristesse infinie, mais pour Mathilde, sans savoir  vraiment pourquoi, ces yeux étaient le reflet de l’espoir et du bonheur. L’étau qui enserrait son cœur s’était tout à coup relâché et elle ne ressentait plus aucun manque. Bien au contraire un sentiment de plénitude s’emparait d’elle. Tout cela n’avait duré que quelques secondes, et Mathilde finit par se rendre compte que le comportement de la fille n’était absolument pas normal. Elle ne bougeait plus et fixait avec intensité l’endroit où l’Ange était assis.
        -Qui êtes-vous ? dit-elle brusquement. N’êtes-vous pas Mathilde ? Mais comment pouvez-vous l’être puisque vous êtes morte ?
            Et sentant la peur la gagnée, la fille d’Emilie, Anne-Laure, sortit précipitamment de sa chambre sans se soucier de sa nudité. Elle dévala les escaliers, laissant derrière elle un Ange stupéfait… Comment avait-elle pu la voir ? Elle ne portait pas de vêtements, elle n’avait déplacé aucun objet. Les humains ne pouvaient pas voir les Anges…Comment ce prodige était-il possible ? Comment Mathilde pourrait-elle agir si tout le monde la voyait… ?

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