LE NAUFRAGEUR
Si ce n'était pas vrai-Que je crève !* * * * *
J'ai vu dans mes yeux, dans mon rêve,
La NOTRE-DAME DES BRISANS
Qui jetait à ses pauvres gens
Un gros navire sur leur grève...
Sur la grève des Kerlouans
Aussi goélands que les goélands.
Le sort est dans l'eau : le cormoran nage,
Le vent bat en côte, et c'est le Mois Noir ...
Oh ! moi je sens bien de loin le naufrage !
Moi j'entends là-haut chasser le nuage.
Moi je vois profond dans la nuit, sans voir !
Moi je siffle quand la mer gronde,
Oiseau de malheur à poil roux !...
J'ai promis aux douaniers de ronde,
Leur part, pour rester dans leurs trous...
Que je sois seul !-oiseau d'épave
Sur les brisans que la mer lave...
* * * * *
Oiseau de malheur à poil roux !
-Et qu'il vente la peau du diable ! Je sens ça déjà sous ma peau.
La mer moutonne !...-Ho, mon troupeau !
-C'est moi le berger, sur le sable...
L'enfer fait l'amour.-Je ris comme un mort-
Sautez sous le Hû ! ... le Hû des rafales,
Sur les noirs taureaux sourds, blanches cavales !
Votre écume à moi, cavales d'Armor !
Et vos crins au vent !...-Je ris comme un mort-
Mon père était un vieux saltin [pilleur d'épaves] ,
Ma mère une vieille morgate [pieuvre.] ...
Une nuit, sonna le tocsin :
-Vite à la côte : une frégate !-
... Et dans la nuit, jusqu'au matin,
Ils ont tout rincé la frégate...
-Mais il dort mort le vieux saltin ,
Et morte la vieille morgate ...
Là-haut, dans le paradis saint
Ils n'ont plus besoin de frégate.
( Ranc de Kerlouan.-Novembre .)
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