Tristan Corbière - Les Amours Jaunes - texte intégral

In Libro Veritas

Les Amours Jaunes

Par Tristan Corbière

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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AURORA

APPAREILLAGE D'UN BRICK CORSAIRE
« Quand l'on fut toujours vertueux
L'on aime à voir lever l'aurore ... »
Cent vingt corsaires , gens de corde et de sac,
A bord de la Mary-Gratis , ont mis leur sac.
-Il est temps, les enfants ! on a roulé sa bosse...
Hisse !-C'est le grand foc qui va payer la noce.
Etarque !-Leur argent les fasse tous cocus !...
La drisse du grand-foc leur rendra leurs écus...
-Hisse hoé !... C'est pas tant le gendarm' qué jé r'grette !
-Hisse hoà !... C'est pas ça ! Naviguons, ma brunette !
Va donc Mary-Gratis , brick écumeur d'Anglais !
Vire à pic et dérape !..-Un coquin de vent frais
Largue, en vrai matelot, les voiles de l'aurore ;
L'écho des cabarets de terre beugle encore...
Eux répondent en choeur, perchés dans les huniers,
Comme des colibris au haut des cocotiers :
« Jusqu'au revoir, la belle,
Bientôt nous reviendrons ... »
Ils ont bien passé là quatre nuits de liesse, Moitié sous le comptoir et moitié sur l'hôtesse...
«... Tâchez d'être fidèle,
Nous serons bons garçons ... »
-Évente les huniers !... C'est pas ça qué jé r'grette ...
-Brasse et borde partout !... Naviguons, ma brunette !
- Adieu, séjour de guigne ! ... Et roule, et cours bon bord...
Va, la Mary-Gratis ! -au nord-est quart de nord.-
... Et la Mary-Gratis , en flibustant l'écume,
Bordant le lit du vent se gîte dans la brume.
Et le grand flot du large en sursaut réveillé
A terre va bâiller, s'étirant sur le roc :
Roul' ta bosse, tout est payé
Hiss' le grand foc !
* * * * *

Ils cinglent déjà loin. Et, couvrant leur sillage,
La houle qui roulait leur chanson sur la plage
Murmure solidement, revenant sur ses pas :
-Tout est payé, la belle !... ils ne reviendront pas.