LA PIPE AU POÈTE
Je suis la Pipe d'un poète,Sa nourrice, et : j'endors sa Bête .
Quand ses chimères éborgnées
Viennent se heurter à son front,
Je fume... Et lui, dans son plafond,
Ne peut plus voir les araignées.
... Je lui fais un ciel, des nuages,
La mer, le désert, des mirages ;
-Il laisse errer là son oeil mort...
Et, quand lourde devient la nue,
Il croit voir une ombre connue,
-Et je sens mon tuyau qu'il mord.
-Un autre tourbillon délie
Son âme, son carcan, sa vie !
... Et je me sens m'éteindre.-Il dort-
* * * * *
-Dors encor : la Bête est calmée,
File ton rêve jusqu'au bout...
Mon Pauvre !... la fumée est tout.
-S'il est vrai que tout est fumée...
( Paris-Janvier )
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