Tristan Corbière - Les Amours Jaunes - texte intégral

In Libro Veritas

Les Amours Jaunes

Par Tristan Corbière

Oeuvre du domaine public.

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Table des matières
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PARIS

Bâtard de Créole et Breton,
Il vint aussi là-fourmilière,
Bazar où rien n'est en pierre,
Où le soleil manque de ton.
-Courage ! On fait queue... Un planton
Vous pousse à la chaîne-derrière !-
... Incendie éteint, sans lumière ;
Des seaux passent, vides ou non.-
Là, sa pauvre Muse pucelle
Fit le trottoir en demoiselle ,
Ils disaient : Qu'est-ce qu'elle vend ?
-Rien.-Elle restait là, stupide,
N'entendant pas sonner le vide
Et regardant passer le vent...
Là : vivre à coups de fouet !-passer
En fiacre, en correctionnelle ;
Repasser à la ritournelle,
Se dépasser, et trépasser !...
-Non, petit, il faut commencer
Par être grand-simple ficelle-
Pauvre : remuer l'or à la pelle ;
Obscur : un nom à tout casser !...
Le coller chez les mastroquets, Et l'apprendre à des perroquets
Qui le chantent ou qui le sifflent...
-Musique !-C'est le paradis
Des mahomets et des houris,
Des dieux souteneurs qui se giflent !
* * * * *

« Je voudrais que la rose,-Dondaine !
Fût encore au rosier,-Dondè ! »
Poète.-Après ?... Il faut la chose  :
Le Parnasse en escalier,
Les Dégoûteux, et la Chlorose,
Les Bedeaux, les Fous à lier...
L'Incompris couche avec sa pose,
Sous le zinc d'un mancenillier ;
Le Naïf « voudrait que la rose,
Dondé ! fût encore au rosier ! »
« La rose au rosier, Dondaine ! »
-On a le pied fait à sa chaîne.
« La rose au rosier »...-Trop tard !-
... « La rose au rosier »...-Nature !
-Ou est essayeur, pédicure,
Ou quelqu'autre chose dans l'art !
J'aimais ...-Oh, ça n'est plus de vente ! Même il faut payer : dans le tas,
Pioche la femme !-Mon amante
M'avait dit : «Je n'oublierai pas...»
... J'avais une amante là-bas
Et son ombre pâle me hante
Parmi des senteurs de lilas...
Peut-être Elle pleure...-Eh bien : chante,
Pour toi tout seul, ta nostalgie,
Tes nuits blanches sans bougie ...
Tristes vers, tristes au matin !...
Mais ici : fouette-toi d'orgie !
Charge ta paupière rougie,
Et sors ton grand air de catin !
C'est la bohême, enfant : Renie
Ta lande et ton clocher à jour,
Les mornes de ta colonie
Et les bamboulas au tambour.
Chanson usée et bien finie,
Ta jeunesse... Eh, c'est bon un jour !...
Tiens :-C'est toujours neuf-calomnie
Tes pauvres amours ... et l'amour.
Evohé ! ta coupe est remplie ! Jette le vin, garde la lie ...
Comme ça.-Nul n'a vu le tour.
Et qu'un jour le monsieur candide
De toi dise-Infect ! Ah splendide !-
... Ou ne dise rien.-C'est plus court.
Evohé ! fouaille la veine ;
Evohé ! misère : Éblouir !
En fille de joie, à la peine
Tombe, avec ce mot-là.-Jouir !
Rôde en la coulisse malsaine
Où vont les fruits mal secs moisir,
Moisir pour un quart-d'heure en scène...
- Voir les planches, et puis mourir  !
Va : tréteaux, lupanars, églises,
Cour des miracles, cour d'assises :
-Quarts-d'heure d'immortalité !
Tu parais ! c'est l'apothéose ! ! !...
Et l'on te jette quelque chose :
-Fleur en papier, ou saleté.-
Donc, la tramontane est montée :
Tu croiras que c'est arrivé !
Cinq-cent-millième Prométhée,
Au roc de carton peint rivé. Hélas : quel bon oiseau de proie,
Quel vautour, quel Monsieur Vautour
Viendra mordre à ton petit foie
Gras, truffé ?... pour quoi-Pour le four !...
Four banal !...-Adieu la curée !-
Ravalant ta rate rentrée,
Va, comme le pélican blanc,
En écorchant le chant du cygne,
Bec-jaune, te percer le flanc !...
Devant un pêcheur à ta ligne.
Tu ris.-Bien !-Fais de l'amertume,
Prends le pli, Méphisto blagueur.
De l'absinthe ! et ta lèvre écume...
Dis que cela vient de ton coeur.
Fais de toi ton oeuvre posthume,
Châtre l'amour ... l'amour-longueur !
Ton poumon cicatrisé hume
Des miasmes de gloire, ô vainqueur !
Assez, n'est-ce pas ? va-t'en !
Laisse
Ta bourse-dernière maîtresse-
Ton revolver-dernier ami...
Drôle de pistolet fini !
... Ou reste, et bois ton fond de vie,
Sur une nappe desservie...

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