Vincent Cuomo - Lateralus - texte intégral

In Libro Veritas

Lateralus

Par Vincent Cuomo

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Table des matières
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Nicolas déposa son verre. Son coude commençait à le faire souffrir. Il est vrai qu’il était passé minuit aussi, la mécanique commençait à être grippée. Jadis, sa passion pour le rock alternatif lui avait fait découvrir les joies d’une écoute sous influence. « God bless vermouth » aurait-il dit s’il avait été président des States comme disent les jeunes. Mais, aux dernières nouvelles, il ne l’était pas…

Il éteignit sa télévision pour aller se balader et rejoindre le monde réel. Les nombreux tapis de feuilles brunâtres qu’il foulait en léger zigzag  montraient à suffisance que dame nature avait définitivement donné quartier libre à l’automne. Cette période de l’année avait toujours éveillé en lui de nombreux fantasmes… Ce conflit entre la vie et la mort ne verrait son épilogue qu’après le passage des frimas parfois accompagnés de leur si jolie maîtresse blanche. Qui parmi tous ces arbres plantés dans le parc le long du boulevard ne résisterait pas aux assauts de l’envahisseur ? Qui parmi eux parviendrait à vaincre la mort, à survivre jusqu’à l’apocalypse ? Qui aurait l’honneur de voir passer le maillot jaune en juillet ? 

 
Ce serait dommage d’avoir vécu si vieux pour louper cet événement… D’un autre côté, vu leur âge avancé, ils devaient en avoir des histoires à raconter ces ancêtres ! Ah ça, c’est certain qu’ils en ont vu défiler des manifestants en rouge et vert, des supporters bariolés aux couleurs de leur équipe fétiche, des petites vieilles en noir promenant leur chien…

La police paierait probablement cher pour pouvoir faire parler ces témoins discrets… Ils avaient dû en apercevoir des conciliabules, des vols, des magouilles, … Mais le plus beau des uniformes bleus, en personne, n’arriverait jamais à faire parler le plus frêle de ces arbres, même contre une petite aventure sans lendemain. Ainsi, les représentants de la loi voudraient tant savoir ce qui a poussé cet homme à tuer cette jeune fille pour lui voler sa chaîne le mois dernier. En effet, un drame effroyable s’était passé dans ce parc à la nuit tombée, pas loin d’où se trouvait Nicolas en ce moment justement. Cette nuit-là, les conditions climatiques étaient exécrables, la pluie redoublait et le brouillard était relativement épais de sorte qu’on ne parvenait pas à distinguer les néons mauves des nombreux bistros situés sur le boulevard. Dehors, il ne devait pas y avoir grand monde hormis les drogués et les sans abris. Mais visiblement, ces derniers étaient au moins accompagnés de deux autres êtres humains… Une erreur fatale pour l’un d’eux !
 
Le lendemain matin, un joggeur avait découvert le corps sans vie d’une jeune fille, une certaine Catherine, au style bourgeois bien que ses chaussures rouges à la mode tendaient à infirmer cet avis… Elle avait été étranglée et seule sa chaîne en or lui avait été dérobée… Un bijou qui n’avait d’ailleurs qu’une valeur sentimentale d’après les parents de la victime. Il s’était donc agi d’un crime crapuleux, totalement gratuit comme il s’en passe parfois hélas. Les experts étaient formels sur le fait que le coupable était seul et qu’il était un homme.

La communauté locale avait été très choquée, la presse avait fait ses choux gras de l’affaire : l’assassin était considéré comme un véritable salopard, l’ennemi public numéro un, la réincarnation de Satan, un fou sans cœur pour qui on rétablirait bien la peine de mort.
 
Nicolas était bien d’accord là-dessus, il fallait être une sacrée ordure pour commettre un tel acte.
Perdu dans ses pensées, il poursuivit sa route et alla jeter un coup d’œil à la vitrine d’un photographe. Ses clichés de mariage en noir et blanc étaient purement fantastiques, il avait dû être touché par la grâce à la naissance pour avoir un tel talent. Encore une injustice de la vie… Si cela se trouvait, le gars qui dormait à terre cinquante mètres plus loin aurait pu aussi effectuer un tel boulot mais au lieu de ça, il finirait sa vie en vidant des bouteilles de rouge.

 
 
C’est la vie, comme le lui avait souvent répété son grand-père, elle n’est pas rose mais nous avons déjà eu la chance de naître au bon endroit alors il faut profiter de ce don du ciel.

« Va seulement demander à ce sans abri ou aux africains qui meurent de faim si ils sont contents de ton cadeau » pensa-t-il soudain au plus profond de lui-même. 

Au vu de l’heure tardive, Nicolas se décida tout doucement à rentrer dormir. Allongé dans son lit, il ouvrit le tiroir de sa table de nuit et en sortit une chaîne en or. Il s’imaginait déjà le jour où il offrirait ce présent à sa dulcinée et où elle mettrait le pendentif en bouche…
 
 

Ah oui, vous ne le saviez peut-être pas mais Nicolas est un beau salopard…